106 ans après le naufrage du paquebot, une association bordelaise veut remonter son épave pour raviver la mémoire de la plus grande catastrophe maritime française.
Le 12 janvier 1920, un paquebot de 120 mètres sombrait dans l’Atlantique, disloqué par une violente tempête. Bilan : 568 morts et seulement 38 rescapés. Un drame d’une ampleur comparable à celui du Titanic, et pourtant largement méconnu en France. Plus d’un siècle plus tard, l’association Mémoires et partages ambitionne de faire émerger cette tragédie enfouie.
Parti de Bordeaux, le paquebot français l’Afrique coule à une quarantaine de kilomètres au large des côtes de Nouvelle-Aquitaine, entre Les Sables-d’Olonne et l’île de Ré. «C’est la plus grande catastrophe maritime française. Le paquebot qui partait du quai des Chartrons pour rejoindre Dakar a coulé au large de la Nouvelle-Aquitaine», rappelle Karfa Diallo, président de l’association.
Une tragédie éclipsée par l’Histoire
À l’époque, la France panse encore les plaies de la Première Guerre mondiale. Le naufrage, malgré son bilan humain considérable, ne s’inscrit pas durablement dans la mémoire nationale. «Le contexte de l’après-guerre a contribué à invisibiliser cette catastrophe, pourtant très marquante dans l’époque moderne», souligne Karfa Diallo.
Aujourd’hui, l’association porte un projet ambitieux : renflouer l’épave, dont la position est précisément connue. L’épave du paquebot l’Afrique repose toujours au large des côtes vendéennes, dans le golfe de Gascogne, à environ 40 km au large des Sables-d’Olonne (Vendée), gisant par 44 à 48 mètres de fond au nord-est du plateau de Rochebonne.
Recherche de mécènes
Les plongeurs qui l’ont localisée indiquent que l’épave est bien identifiable, avec l’étrave encore visible et inclinée sur tribord, entourée de restes de chaudières et de structures métalliques. «Il y a une part d’utopie dans le fait de vouloir la récupérer, mais c’est une utopie réalisable. On sait où elle se trouve exactement. Le coût financier est important, mais c’est faisable si l’on trouve un mécène sensible à la dimension historique et au patrimoine français», estime le président de Mémoires et partages. L’épave serait alors un «objet de médiation concret», selon lui.
L’initiative bénéficie déjà de nombreux soutiens, comme les députés girondins Loïc Prud’homme (LFI) et Nicolas Thierry (Les Écologistes) et des historiens reconnus comme Pascal Blanchard et Martin Mourre, spécialistes de l’empire colonial français. L’Afrique transportait en effet de nombreux passagers liés à l’administration coloniale : 192 tirailleurs africains faisaient partie des victimes. «On se rend compte que beaucoup de Français s’intéressent à ce sujet», observe Karfa Diallo. «Une romancière, qui a écrit un roman sur le naufrage, nous a contactés. Elle pourrait reverser des droits à l’initiative», ajoute-t-il, preuve que le drame de l’Afrique commence, lentement, à refaire surface.