La Russie renforce progressivement son influence en Afrique centrale, en particulier en République centrafricaine. Cette présence ne se limite plus au domaine militaire, visible aussi bien en Centrafrique que dans les pays du Sahel, membres de l’AES.
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Moscou déploie également une stratégie de soft power, combinant culture, médias, entreprises écrans et désormais religion. Parmi ces leviers, figure l’implantation de l’Église orthodoxe russe, placée sous l’autorité du patriarcat de Moscou, dont le développement accompagne la présence russe sur le territoire centrafricain.
Paroisse Saint-André de Bimbo
Depuis trois ans, les Centrafricains découvrent l’Église orthodoxe russe à travers la paroisse Saint-André de Bimbo, dirigée par le père Marcel Voyémawa. Ancien prêtre de l’Église orthodoxe byzantine, ce dernier a rejoint l’Église orthodoxe russe, marquant ainsi un tournant symbolique dans le paysage religieux local.
Dans cette église où le russe est également utilisé comme langue liturgique, le père Voyémawa multiplie les interventions, notamment sur Radio Lengo Songo, l’un des instruments de l’influence russe à Bangui. Il y défend l’authenticité théologique de son Église: « Ici, dit-il, c’est la vraie théologie dogmatique. L’Église orthodoxe est composée d’Églises autocéphales, chacune avec sa tradition locale. Ce qui les différencie, c’est principalement la langue du culte : Constantinople, Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Russie… »
Selon lui, le fondement de l’Église orthodoxe russe repose sur des valeurs apostoliques universelles. Il évite donc de parler d’influence russe : « Aller partout, c’est l’universalité de l’Église, l’apostolat. C’est cela qui fait la foi orthodoxe et le credo de Nicée-Constantinople, que l’Église et les Pères de l’Église ont fidèlement conservé. »
Derrière ce discours théologique, se dessine toutefois un positionnement stratégique, notamment face à l’Église catholique romaine, très implantée en Centrafrique depuis plus d’un siècle. Cette rivalité se manifeste parfois de manière indirecte, voire polémique.
Une radio pour défendre les droits des femmes en RCA
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Dénigrement de l’Eglise catholique romaine
Dans le film Touriste, réalisé par les mercenaires du groupe Wagner, la Russie est présentée comme le sauveur de la République centrafricaine face aux groupes rebelles. Certaines scènes montrent des prêtres de l’Église catholique accueillant des rebelles, suggérant une collusion avec les ennemis du pays.
Ces représentations s’inscrivent dans une rhétorique plus large visant des responsables religieux perçus comme proches de l’Occident ou de la France.
Interrogé sur ces attaques, le cardinal Dieudonné Nzapalaïnga a fermement rejeté toute logique de division :
« La Centrafrique est un pays laïc où chacun peut venir apporter sa contribution. Nous, leaders religieux, ne devons pas nous considérer comme des rivaux. Ce serait envoyer un message contraire à l’Évangile. Dans l’Évangile selon Saint-Jean, chapitre 17, le Christ a prié pour que ses disciples soient un. L’unité fait la force. Chaque division fragilise le corps. »
Malgré ces tensions, l’Église orthodoxe russe poursuit son implantation en République centrafricaine, consolidant ainsi l’influence culturelle de la Russie dans le pays. À travers la religion, Moscou ajoute une nouvelle dimension à sa stratégie, inscrivant son action dans la durée au cœur de la société centrafricaine.