Debout derrière la grille, le regard penché vers la grosse pelle qui gratte la Vilaine, Philippe Laclie, 71 ans, s’intéresse de près au chantier de déconstruction du parking de la dalle Vilaine. Entre deux photos des travaux capturées avec son smartphone à l’horizontale, cet ingénieur à la retraite explique simplement. Ce n’est pas très compliqué comme chantier. Il suffit d’avoir du gros matériel , estime celui qui est arrivé à Rennes en 1982.

« Une ouverture pas très pertinente »

Après avoir travaillé dix ans dans l’industrie, il a passé une grande partie de sa vie à enseigner la construction mécanique à un niveau lycée à Cesson-Sévigné. Un passé et des connaissances qui rendent le septuagénaire toujours aussi curieux face à un quelconque chantier.  Je ne trouve pas cette ouverture sur la Vilaine très pertinente pour les commerces. Après, j’ai lu que ça devrait permettre au centre-ville de mieux respirer. Je veux bien le croire , tempère-t-il.

Véritable passion chez de nombreux hommes à la retraite, la contemplation des chantiers, allant de pair avec des conseils non sollicités parfois balancés aux ouvriers sur place, a été conceptualisée par Danilo Masotti un écrivain italien, originaire de Bologne. Ce dernier les nomme les  umarells . Lorsque ceux-ci expriment des avis en dehors de leurs domaines de compétence, cela s’appelle de l’ultracrépidarianisme (en français).

« On va respirer »

Aux abords du chantier de la dalle Vilaine, ce sont, chaque jour, des dizaines d’umarells qui s’arrêtent. Sur le quai Duguay-Trouin, Cathou Oudin et Henri Ancelly portent un regard différent de celui de l’umarell type. Ces deux jeunes retraités sont plus fascinés qu’autre chose :  Avant le lancement, je n’arrivais pas à imaginer comment cela pouvait se dérouler. Je trouve ça tellement bien organisé. Tout est pensé. Même pour les oiseaux et les chauves-souris qui vivaient sous le parking, évacués en amont , confie Cathou Oudin.  On se plaint souvent qu’on détruit. Et là, pour une fois, je me réjouis de voir qu’on redonne la place à la nature, conclut Henri Ancelly. On va respirer en centre-ville.