Voici longtemps qu’elle tire la sonnette d’alarme. Le 13 mai 2025, la déléguée syndicale CGT du CHU de Nantes et ses collègues alertaient une nouvelle fois sur l’état de la pédopsychiatrie en Loire-Atlantique et demandaient à l’État « de prendre ses responsabilités », dénonçant une mise en danger réelle des patients. La pédopsychiatrie ne compte plus que 14 lits en Loire-Atlantique. Les 11 lits de l’unité nazairienne pour adolescents Shado sont toujours fermés, faute de pédopsychiatre. Certains mineurs en souffrance sont orientés en pédiatrie : mais le personnel se retrouve avec des tentatives de suicide alors qu’ils gèrent des détresses de nourrissons, déplorait Élise Le Bail.
En 2024, 159 mineurs en psychiatrie adulte
Les mots de l’infirmière en psychiatrie résonnent douloureusement après le suicide d’une collégienne de 14 ans, samedi 3 janvier 2026, dans le service pédiatrie du centre hospitalier de Saint-Nazaire. C’est dramatique, souffle-t-elle sous le choc.
Pour les professionnels, cela réveille un triste constat : avec 4,3 lits en pédopsychiatrie pour 100 000 habitants, le département est quatre fois moins doté que la moyenne nationale qui en compte 16.
Si l’on prend l’exemple du CHU de Nantes, la fréquentation des urgences médico-psychologiques pédiatriques, pour les moins de 15 ans et 3 mois, a doublé en trois ans, passant de 750 patients en 2021 à 1500 en 2024. Faute de place, 162 patients ont été renvoyés à leur domicile en 2024. Y compris pour des motifs de tentatives de suicide, ce qui est gravissime.
La même année, 159 mineurs ont été hospitalisés en psychiatrie adulte. C’est totalement inadapté : nous n’avons pas les effectifs pour ça, les jeunes se retrouvent souvent dans des chambres d’isolement pour être protégés des autres. C’est extrêmement choquant pour eux et leurs familles. Avant Noël 2025, un enfant de 9 ans a été accueilli en psychiatrie adulte : c’est inadmissible, regrette Élise Le Bail. Les patients peuvent aussi être envoyés dans d’autres régions : Il est arrivé qu’ils aillent jusqu’au nord de la France, regrette la déléguée CGT.
« On met en insécurité les jeunes »
Reste alors la solution des services de pédiatrie générale. Mais les locaux et les effectifs sont inadaptés pour protéger les patients des passages à l’acte. On met en insécurité les jeunes mais aussi les équipes soignantes pour qui ces situations sont traumatisantes. Nous avons une collègue qui a quitté il y a quelque temps la psychiatrie à cause de ça. Elle ne supportait plus de voir des enfants dans l’unité adultes.
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Le département sous doté en pédopsychiatrie
Avec deux fois moins de lits que la moyenne régionale et quatre fois moins que celle nationale, la Loire-Atlantique est sous-dotée en pédopsychiatrie. Pour les mineurs de moins de 15 ans et 3 mois, on ne compte que 14 lits au centre hospitalier Georges-Daumézon, de Bouguenais. Les 11 lits de l’unité nazairienne Shado, créée en 2021 pour les 11-18 ans, ont fermé en 2023, faute de pédopsychiatre, regrette Élise Le Bail, déléguée CGT au CHU de Nantes. Les hôpitaux se heurtent en effet à un problème de recrutement de professionnels, le nombre de pédopsychiatres ayant diminué de 35 % entre 2010 et 2023 en France. À horizon 2028, deux unités d’hospitalisation en pédopsychiatrie, représentant un total de 16 lits, ouvriront au CH Daumezon à Bouguenais. Une nouvelle unité de 8 lits portée par le CHU de Nantes est annoncée également à horizon 2027. Mais, pour les équipes, c’est encore trop peu pour absorber les jeunes patients en souffrance.