20 Minutes TV propose ce jeudi de 20 heures à 22 heures une émission spéciale Nuit de la Solidarité préparée en partenariat avec la Mairie de Paris, la Métropole Grand Paris et UNCCAS. Emission que vous pouvez suivre en direct sur 20 Minutes TV et en live sur notre site Internet 20minutes.fr, sur les comptes Facebook, YouTube et TikTok de 20 Minutes.
Deux mille personnes de plus dans les rues de Paris ce jeudi soir. Ces bénévoles, membres d’associations et professionnels, coordonnés par l’Union nationale des Centres communaux d’action sociale (UNCCAS) vont sillonner les rues de la capitale et de la petite couronne à l’occasion de la 9e édition de la Nuit de la Solidarité. Créée en 2018, cette opération, organisée par la Ville de Paris et la métropole du Grand Paris, a pour objectif de compter le nombre de personnes sans-abri afin de connaître leurs profils et leurs besoins dans le but d’« adapter les politiques publiques ».
Malgré la « promesse » d’Emmanuel Macron en 2017, 3.507 personnes sans-abri à Paris ont été décomptées lors de la nuit du 23 au 24 janvier 2025. Un chiffre en augmentation par rapport à 2018 (3.035). À l’exception de la parenthèse « Covid-19 », durant laquelle de nombreux hôtels avaient été transformés en hébergements, ce chiffre est en constante augmentation à Paris ou dans les trente communes de la proche banlieue participant à l’opération en 2025 (768).
Grande variété de profils
Selon Emilie Moreau, urbaniste et directrice des études pour l’Apur, et Clement Boisseuil, sociologue, qui ont publié en novembre dernier un rapport « Errance et marginalités dans le Grand Paris », si le nombre de places en hébergement influe sur ces chiffres, un tiers des personnes sans-abri le sont depuis moins d’un an, ce qui signifie l’arrivée régulière dans la rue de nouvelles personnes.
Originaires d’Île-de-France, d’ailleurs en France ou de l’étranger, elles présentent de manière générale une très grande variété de profils (âge, origine, genre) et de raisons qui les ont conduites à la rue (séparations, décès, sorties d’institutions comme la détention ou l’aide sociale à l’enfance) similaires d’années en années.
Plusieurs acteurs de terrain nous signalent tout de même une augmentation des personnes venues de l’Est, et notamment des Ukrainiens qui fuient la guerre dans leur pays.
Une présence autour des lieux de centralité
De la même manière, ces personnes présentent une forme de « permanences territoriales ». « Contrairement à l’idée de personnes qui s’invisibilisent, qui se mettent toutes à l’écart, en réalité, c’est plutôt les lieux de centralité qui ressortent, comme des lieux de rencontres », nous explique Emilie Moreau qui prend pour exemple le secteur des Halles à Paris, les gares, et les arrondissements centraux de Paris. « Et plus généralement Paris, par rapport aux territoires du Grand Paris », précise-t-elle.
Clément Boisseuil ajoute que « ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas également des lieux périphériques ou de mise en retrait, comme les stations de métro, de RER, les salles d’urgence des hôpitaux, les talus du boulevard périphérique… ».
« Disparition des femmes le soir »
L’étude montre d’ailleurs une légère tendance des personnes sans-abri à se diriger vers des zones d’isolement comme les bois de Vincennes et de Boulogne, les canaux (Ourcq ou Saint-Denis) et les bretelles d’autoroute (A86). Une tendance constatée par Romain, un bénévole de l’association La Balade des Lucioles qui vient en aide aux personnes de la rue : « On a beaucoup de gens qui vivaient en communauté dans des camps installés, qui aujourd’hui se retrouvent plutôt seules. Parfois par méfiance, par peur de l’insécurité de la vie en communauté. Elles se protègent des vols de duvets, de tentes, de paires de chaussures, de téléphone… Des choses vitales pour eux. On les retrouve dans des lieux très isolés, comme on peut avoir sous la dalle d’Olympiades [13e arrondissement] par exemple, où on a des gens qui se cachent un peu les uns des autres. »
Les lieux de présence des personnes sans-abri dans la capitale. - Apur
De la même manière, plusieurs associations signalent une « disparition des femmes le soir ». Si elles représentent 14 % des personnes comptées en 2025 (contre 12 % en 2018), les femmes ont tendance à se cacher une fois la nuit tombée. « C’est un véritable phénomène grandissant qu’on constate, explique Romain, on ne les voit quasiment jamais dans les groupes. Ce sont des personnes très isolées parce que particulièrement vulnérables à la violence de la rue. Elles semblent en prendre davantage conscience. »
Violences envers les personnes sans-abri
Ces violences qui sont aussi, et de plus en plus, selon les associations, du fait de riverains, « peut-être encouragés par le climat politique actuel », qui s’en prennent aux sans-abri mais aussi aux associations comme le signalent ces dernières. Romain cite un exemple : « Récemment, deux bénéficiaires très réguliers qui dormaient dans une cage d’escalier avec des couvertures de survie qu’on leur avait fournies, ont été aspergées d’essence pour y mettre le feu par des riverains. Heureusement, ils s’en sont sortis, mais on voit cette violence monter. Même lorsque nous sommes présents, les bénéficiaires se font insulter, et nous avec. D’autant plus lorsque les sans-abri sont des personnes étrangères. »
Cette tendance à l’isolement peut expliquer la présence grandissante de sans-abri dans les communes de la métropole. À Alfortville (Val-de-Marne) par exemple, le nombre de personnes comptées est passé de 3 à 8, puis 11 en 2025. « Certes, pour un statisticien, ce n’est pas significatif, explique Etienne Fillol, adjoint au maire en charge des solidarités, mais c’est à mettre en parallèle de l’embauche par la ville d’un référent à l’hébergement qui traite les dossiers de 150 personnes en réalité. »
33 villes participent à la Nuit de la Solidarité
En effet, outre les personnes comptées dans la rue, beaucoup sont en « errance résidentielle » entre l’hébergement ponctuel chez un ami, dans un squat, un campement ou dans différents centres d’hébergement et quelques nuits à la rue. « Nous avons même des gens qui dorment dans leur voiture. Parfois des couples, qui travaillent et qui ne peuvent, pour de multiples raisons, pas trouver de logement », ajoute l’élu. « C’est peut-être pour cela qu’elles viennent dans une ville comme Alfortville, pour trouver un peu de sérénité pour la nuit, parce qu’elles se disent qu’elles seront moins dérangées. Qu’elles risquent moins. »
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Cet engagement, de plus en plus de villes le prennent. Selon Michaël Szames, directeur de la communication chez l’UNCCAS, 33 villes (plus Paris) participeront à l’opération ce jeudi soir. C’est deux de plus (Epinay-sur-Seine et Noisy-Le-Grand) que l’année dernière. « On est parti de neuf communes, on progresse chaque année. Peut-être parce que les élus constatent aussi qu’il y a un vrai problème de sans-abrisme sur leur territoire. Parfois, c’est en fonction des moyens des mairies. Mais plus globalement, il s’agit de la volonté des élus. Pour certains, il suffit de les appeler pour qu’ils répondent présent. Pour d’autres, il y a aussi une question idéologique à ne pas vouloir le faire. »