Premier arrêt, Ben Storms (Objects With Narratives, stand 82). À la frontière de l’art et du design, l’artiste métamorphose des matériaux bruts en volumes sculpturaux, comme façonnés par une force naturelle. Avec Ex Hale (table basse, 2024), une forme « gonflée », née d’une expansion de métal, est scannée en 3D puis fraisée dans l’onyx. Soudain, la pierre paraît souple. Son paravent Crushed, en acier inoxydable et feuille d’or, brouille la fonction : sa sculpture recompose l’espace plus qu’elle ne le sépare. Une merveille.
À la frontière de l’art et du design, Ben Storms métamorphose des matériaux bruts en volumes sculpturaux, comme façonnés par une force naturelle.
Même sensation d’élévation avec Gragama de Berta Fischer (Bernier/Eliades, stand 14). La structure translucide et opalescente du plexiglas capte la lumière jusqu’à la rendre tangible. Malgré le caractère industriel du matériau, ses pièces monumentales – accrochées ou suspendues – semblent fluides, flottant en apesanteur. À quelques pas, Il meridiano delle campane (1979) de Fausto Melotti (PRON, stand 17) joue des équilibres et des vides : une architecture aérienne, presque musicale, qui condense élégance et légèreté.
Dans une veine plus narrative, Hans Op de Beeck (Almine Rech, stand 94) signe l’un des temps forts de la foire : Crow, sculpture cinétique d’un corbeau grandeur nature battant mécaniquement des ailes. Une pièce poétique et mélancolique qui installe un calme méditatif. L’artiste apparaît également chez Templon (stand 33) avec une grande aquarelle panoramique, The Musicians and the Moon. Côté peinture, Water Drops de Kim Tschang-Yeul (Boon Gallery, stand 34) impose une méditation d’une précision presque irréelle : la goutte d’eau, peinte et repeinte comme une apparition, devient motif de concentration, de silence et de durée.
La relève déjà incontournable
La jeune génération est également représentée par des artistes qu’on ne présente déjà plus. Léa Belooussovitch (MEESSEN, stand 28) signe une œuvre intitulée Langue de Barbarie (Sénégal) : au crayon de couleur sur feutre de laine, elle déplace une image d’actualité, souvent violente, vers une abstraction qui en absorbe la brutalité. Chez Sanam Khatibi (rodolphe janssen, stand 42), les petits formats fonctionnent comme des « scènes » séduisantes et inquiétantes : décor presque classique, traversé par l’animalité, l’excès, la perte de contrôle. L’artiste interroge les rapports de pouvoir (domination/soumission), les dynamiques de désir et de peur, et cette zone où le fantasme bascule en menace. Dans une démarche syncrétique croisant peinture flamande ancienne, folklore, pensée médiévale et musique expérimentale, Joris Van de Moortel (Galerie Nathalie Obadia, stand 97) réalise des « bricolages » sophistiqués mêlant peinture, installation, néon, collage, dispositifs sonores et instruments recyclés. Chez lui, la musique n’est pas un thème : c’est une méthode dictée par l’idée de créer, de détruire, puis d’en réinjecter les résidus dans de nouvelles formes.
Portée par Betty De Stefano et sa passion communicative, Collectors Gallery s’est spécialisée dans les bijoux et objets d’artistes des XXe et XXIe siècles.
Claude Wesel, Pectoral, 1970, or, perle, diamant et acier, pièce unique. ©COLLECTORS GALLERY / ALPHAS STUDIO 2025Œuvres de poche
Dernière escale incontournable, Collectors Gallery (stand 13). Portée par Betty De Stefano et sa passion communicative, cette enseigne au charme de boudoir (nichée au cœur du Sablon) s’est spécialisée dans les bijoux et objets d’artistes des XXe et XXIe siècles. On y scrute les sertissages comme on lirait une phrase. Parmi les pièces les plus marquantes, un pectoral signé Claude Wesel déploie une esthétique intensément sculpturale : l’or y dialogue avec l’acier, une perle et un diamant. Sa sélection rappelle qu’à la BRAFA, l’art ne se limite pas aux murs et aux socles. Il peut se fixer sur la peau et provoquer, malgré l’intimité de son échelle, un coup de foudre puissant et fulgurant.
BRAFA Art Fair
Foire Où Brussels Expo (Palais 3 & 4), Place de Belgique 1, 1020 – Laeken www.brafa.be Quand le vendredi 23 et le samedi 24 janvier sur invitation ou tickets exclusifs. Du dimanche 25 janvier au dimanche 1er février, de 11h à 19h (sauf le lundi : sur invitation). Le jeudi 29 janvier, ouverture jusque 22h.