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Aurélien Delavaud

Publié le

22 janv. 2026 à 18h10

C’est un arrêté qui pourrait avoir des conséquences importantes, pour toute l’agglomération d’Elbeuf (Seine-Maritime). Le vendredi 9 janvier 2026, le préfet de la région Normandie, en s’appuyant sur de nombreuses études, documentations techniques, avis d’experts, mais aussi sur les doutes des associations et des habitants, a approuvé un nouveau Schéma régional des carrières. Sur le papier, il s’agit, comme le précise l’arrêté préfectoral, d’un document qui « doit définir les conditions générales d’implantation des carrières dans la région et orienter les modalités d’approvisionnement en matériaux de carrières pour les 12 ans à venir ». Plus concrètement, il s’agit d’établir une cartographie complète des endroits où il y a des ressources que les carriers peuvent prétendre à exploiter. Évidemment, dans la vallée de la Seine, de Tourville-la-Rivière à Criquebeuf-sur-Seine, l’agglo d’Elbeuf et ses environs sont particulièrement concernés. Mais ce nouveau schéma pourrait surtout avoir des conséquences sur le projet d’extension de la Seraf, le site d’enfouissement des déchets dangereux, à la limite entre Freneuse, Cléon et Tourville.

Des opposants pas entendus

« On ne s’attendait pas vraiment à un autre avis, mais oui, c’est un feu vert du préfet pour l’extension de la Seraf », dénonce Marie-Laure Baron, la présidente du Codef, l’association qui lutte contre ce projet.

Pour rappel, le site actuel ne sera plus exploitable après 2030. Autoriser à exploiter les sols de l’autre côté de la route, dans le bois des Coutures, à Cléon, serait donc un gros pas de fait en direction de la Seraf, qui pourrait ensuite combler les trous avec des déchets impossibles à valoriser.

« Ce que je trouve vraiment dommage, c’est qu’il n’y a pas eu de vraie concertation, ils n’ont pas tenu compte des avis. Pourtant, presque 900 personnes ont répondu à la consultation. C’est un nombre important pour des communes comme Cléon et Freneuse, c’est un vrai signe d’opposition », poursuit Marie-Laure Baron.

Aux questions et aux doutes exprimés, la préfecture ne répond pas sur le fond, mais sur la forme. Dans un document où elle justifie sa décision administrative, la préfecture répond aux opposants à l’extension de la Seraf que le Schéma régional des carrières « n’est pas le bon document, ni le bon outil réglementaire, ni la bonne échelle pour traiter le sujet ».

À ceux qui s’interrogent sur le stockage de futurs déchets dangereux, elle objecte que « le sujet des installations de stockage de déchets dangereux n’est donc pas de la compétence du SRC ».

Priorité aux intérêts économiques

Pour mieux comprendre ce qui a décidé le préfet, Jean-Benoît Albertini, à approuver ce schéma, il vaut mieux se pencher directement sur son arrêté. Pas seulement pour le cas de l’agglomération elbeuvienne, mais à l’échelle de toute la région, il en ressort que c’est l’intérêt économique qui domine.

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En effet, la préfecture considère que les matériaux extraits des carrières « répondent à des besoins fondamentaux comme se loger, se déplacer, aménager le territoire, qu’ils alimentent des industries de première nécessité et contribuent au maintien des filières patrimoniales et ornementales ».

Seraf Cléon Freneuse enfouissement déchets
Si toutes les autorisations sont accordées à l’avenir, la Seraf, filiale de Veolia, pourrait continuer à enfouir des déchets dans l’agglomération elbeuvienne. ©Sarpi-Veolia

Selon les services de l’État, le nouveau Schéma régional des carrières « contribue aux ambitions régionales en termes d’économie circulaire et de préservation du patrimoine environnemental », tout en assurant « la protection des paysages, des milieux naturels sensibles et la préservation de la ressource en eau ».

Emmener le combat devant la justice

Une vision que ne partagent pas vraiment le Codef et sa présidente, Marie-Laure Baron, toujours aussi déterminés à empêcher l’agrandissement de la Seraf qui pourrait découler de ce schéma.

Ce n’est pas fait, en tout cas on fera tout pour que ce ne soit pas le cas. Il reste la bataille juridique, on sait qu’elle sera longue, mais on ne va pas lâcher.

Marie-Laure Baron, présidente du Codef

Depuis quelques mois, le Codef a d’ailleurs pris un avocat, qui leur a déjà permis d’accéder à des documents et qui « se tient prêt à intervenir dès qu’il y aura matière à le faire ».

Mais surtout, pour aller au bout de son combat, l’association compte toujours sur le soutien des habitants et des élus locaux. « Il faut que nous restions tous mobilisés. L’avocat, c’est une chose, mais le soutien populaire en est une autre. Il faudra être tous derrière si on veut gagner ce combat », conclut Marie-Laure Baron.

Un « impact sur la plaine agricole » de Saint-Pierre-lès-Elbeuf

« On est absolument contre, c’est un non-sens, une aberration. » Les mots de Nadia Mezrar résument assez bien son opposition à ce nouveau Schéma régional des carrières, dont les effets seraient « clairement néfastes », selon la maire de Saint-Pierre-lès-Elbeuf. Tout en réaffirmant son soutien au Codef et son opposition à l’extension de la Seraf, l’élue ne voit pas du tout d’un bon œil l’avancée des carriers de Martot vers Saint-Pierre.

« Le schéma s’est fait sans concertation avec la commune. Pour nous, c’est un refus, car il impacte la plaine agricole en identifiant des gisements d’intérêt régional, explique Nadia Mezrar. On s’est battu pour avoir des maraîchers, qui produisent de la nourriture locale, il y a les paysages… On nous parle de zéro artificialisation des sols, on reconstruit la ville sur la ville, et à côté de ça l’État est prêt à laisser partir des hectares entiers de plaine agricole. »

Déjà, en novembre 2024, la Ville avait symboliquement voté une délibération pour marquer son opposition au Schéma régional des carrières. Un document qui pourrait peser sur l’urbanisme à l’avenir, car « il y a incompatibilité avec le PLU et avec le Scot ».

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