Dans la nuit du 25 octobre 2023, cet intérimaire fêtait ses 30 ans. Depuis moins d’un mois, il travaillait comme nettoyeur de nuit à la Cooperl, sur le site de Lamballe, premier employeur du département.
Chargé de nettoyer une machine servant à désosser les groins – une opération qui doit être effectuée lorsque l’engin est en fonctionnement -, le jeune homme a remarqué « un bout de gras » qui dépassait. Il a tendu le bras gauche pour l’enlever. Son vêtement a été immédiatement happé et, quand il est parvenu à atteindre le bouton d’arrêt d’urgence, il est déjà trop tard. Sa main et une partie de son avant-bras ont été broyées.
Les conséquences sont irréversibles. Après plusieurs opérations et une longue convalescence, son membre n’est plus fonctionnel. À la barre, désormais âgée de 33 ans, la victime fait part de sa souffrance : « J’ai du mal à faire mes lacets. Je dors mal. Je n’arrive pas à retrouver du travail. Ça ne va pas bien. »
Une formation en question
Après cet accident, la Cooperl a été poursuivie pour blessures involontaires par violation manifeste d’une obligation de sécurité. La question étant désormais pour le tribunal de savoir si la formation dispensée à la victime était-elle suffisante ?
Oui, pour le directeur du site, qui se défend de tout manquement : « Depuis 1992, nous n’avons eu qu’un seul accident sur cette machine. » Son avocat détaille les « trois niveaux » de formation : un test réalisé par l’agence d’intérim, puis une formation générale et spécifique à l’arrivée dans l’entreprise, puis un accompagnement au poste par des responsables.
La « ligne de vie », symbole du doute
La victime raconte une autre réalité : « J’ai dû demander à un autre intérimaire comment nettoyer la machine. Il m’a renvoyé vers un manager. » « Il a été obligé de chercher les informations à droite et à gauche », ajoute son avocate.
Autre point sensible : la présence ou non de la « ligne de vie », ce câble censé permettre l’arrêt immédiat de la machine en cas de danger. Un autre intérimaire a affirmé aux enquêteurs qu’elle aurait été ajoutée après l’accident. Une accusation reprise par le ministère public : « On ne voit pas pourquoi cette personne aurait menti. »
Une version contredite par les autres salariés. « Il n’y a aucune preuve », reprend la défense.
Le ministère public rappelle que la Cooperl compte seulement huit condamnations inscrites à son casier judiciaire entre 2006 et 2015. C’est peu pour une entreprise qui emploie près de 7 000 salariés. Pour autant, il estime que la formation « n’était pas suffisante pour mettre ce salarié en sécurité ». Une amende de 25 000 € est requise.
Le jugement sera rendu le 12 mars.