Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a vivement critiqué ses alliés européens jeudi pour leur réponse à l’invasion russe qu’il juge lente, fragmentée et inadéquate.

S’adressant au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, M. Zelensky a énuméré une litanie de griefs et de critiques à l’égard de l’Europe qui, selon lui, ont laissé l’Ukraine à la merci du président russe Vladimir Poutine alors que les États-Unis continuent de faire pression pour un règlement pacifique.

«L’Europe semble perdue», a déclaré M. Zelensky dans son discours, exhortant le continent à agir comme une force mondiale. Il a mis en opposition la réponse de l’Europe aux mesures audacieuses prises par Washington au Venezuela et en Iran.

L’ancien comédien a fait référence au film «Le jour de la marmotte», dans lequel le personnage principal doit revivre la même journée encore et encore.

«L’année dernière, ici même à Davos, j’ai conclu mon discours par ces mots: l’Europe doit savoir se défendre. Un an s’est écoulé. Et rien n’a changé. Nous sommes toujours dans une situation où je dois répéter les mêmes mots», s’est plaint M. Zelensky.

Il a ajouté que les Ukrainiens semblaient eux aussi pris dans cette réalité avec la guerre, «répétant la même chose pendant des semaines, des mois et, bien sûr, des années. Et pourtant, c’est exactement comme cela que nous vivons actuellement. C’est notre vie.»

Rencontre avec Trump

Son discours a été prononcé après une réunion à huis clos d’environ une heure à Davos avec le président américain Donald Trump, qui a qualifié les discussions de «très bonnes». M. Zelensky a affirmé qu’elles avaient été «productives et significatives».

Les pays européens, qui voient leur propre défense future menacée par la guerre sur leur flanc oriental, ont apporté un soutien financier, militaire et humanitaire à Kyiv, mais tous les membres de l’Union européenne, qui compte 27 pays, ne lui viennent pas en aide.

L’Ukraine est également frustrée par les désaccords politiques au sein de l’Europe sur la manière de traiter avec la Russie, ainsi que par les réactions parfois lentes du bloc.

L’armée russe, plus importante, a réussi à conquérir environ 20 % du territoire ukrainien depuis le début des hostilités en 2014 et son invasion à grande échelle de 2022. Les gains le long de la ligne de front d’environ 1000 kilomètres ont coûté cher à Moscou, et l’économie russe subit les conséquences de la guerre et des sanctions internationales.

L’Ukraine manque d’argent et, malgré une augmentation significative de sa propre production d’armes, elle a toujours besoin de l’armement occidental. Elle manque également de personnel sur la ligne de front. Son ministre de la Défense a signalé la semaine dernière quelque 200 000 désertions et environ 2 millions d’Ukrainiens ayant échappé à la conscription.

M. Zelensky s’efforce également de maintenir l’attention du monde sur l’Ukraine malgré d’autres conflits.

Inaction sur des décisions clés

Le dirigeant ukrainien a reproché à l’Europe d’être lente à agir sur des décisions clés, de dépenser trop peu pour la défense, de ne pas avoir réussi à arrêter la «flotte fantôme» de pétroliers russes qui enfreignent les sanctions internationales, et de refuser d’utiliser ses avoirs gelés en Europe pour financer Kyiv, entre autres.

Selon lui, l’Europe «ressemble encore à une géographie, une histoire, une tradition, plutôt qu’à une véritable force politique, une grande puissance ».

«Certains Européens sont vraiment forts, c’est vrai, mais beaucoup disent de tenir bon, puis ils demandent toujours que quelqu’un d’autre leur dise combien de temps ils doivent tenir bon, de préférence jusqu’aux prochaines élections».

L’administration Trump tente d’encourager un accord de paix. Ses émissaires font la navette entre Kyiv et Moscou dans une série de négociations qui, selon certains, pourraient contraindre l’Ukraine à accepter un accord défavorable.

Réunion à Moscou

Le gendre de M. Trump, Jared Kushner, et son envoyé spécial, Steve Witkoff, sont arrivés à Moscou jeudi soir et se sont assis à la table des négociations avec M. Poutine, a indiqué le Kremlin.

Une question majeure reste à résoudre dans les négociations, a affirmé M. Witkoff à Davos, sans préciser de quoi il s’agissait. M. Zelensky a déclaré que le statut futur des terres de l’est de l’Ukraine actuellement occupées par la Russie n’était pas encore déterminé, mais que les propositions de paix étaient «presque prêtes».

Les garanties de sécurité d’après-guerre, si un accord est conclu, sont convenues entre les États-Unis et l’Ukraine, mais elles devront être ratifiées par chaque pays, a-t-il ajouté.

Le président Zelensky a affirmé que deux jours de réunions trilatérales entre les États-Unis, l’Ukraine et la Russie devaient commencer vendredi aux Émirats arabes unis.

«Les Russes doivent être prêts à faire des compromis, car, vous savez, tout le monde doit être prêt, pas seulement l’Ukraine, et c’est important pour nous», a-t-il déclaré.

MM. Trump et Zelensky ont eu des relations tendues, et le président américain a parfois également réprimandé le dirigeant russe.

M. Zelensky a remercié M. Trump d’avoir fourni des systèmes de défense aérienne Patriot fabriqués aux États-Unis pour aider à arrêter les missiles russes. Ces derniers frappent régulièrement le réseau électrique ukrainien, causant des difficultés aux civils privés d’électricité, de chauffage et d’eau courante. Le dirigeant ukrainien a demandé à M. Trump de lui en fournir davantage.

Après que M. Trump eut réduit son soutien à l’Ukraine, d’autres pays de l’OTAN ont commencé à acheter des armes aux États-Unis pour les donner à Kyiv dans le cadre d’un accord financier.

___

Kamila Hrabchuk a rendu compte depuis Kiev, en Ukraine.