Vous avez grandi face à un frère ou une
sœur toujours cité en exemple ? À partir des études sur le
favoritisme parental, ce texte explore la phrase récurrente qui
trahit votre place dans la fratrie… sans juger vos parents.
Vous avez grandi avec la sensation diffuse de ne jamais être
tout à fait à la hauteur d »un frère ou d’une sœur ? Cette
impression peut venir d’une phrase répétée encore et encore à
table, dans le salon ou devant la famille élargie. La psychologie
familiale montre aujourd’hui que ces petites phrases orientent la
place que chacun occupe dans la fratrie. Et certaines sont
fortement liées au fait de ne pas être le chouchou.
Favoritisme parental : ce que dit la science
Les recherches sur le favoritisme parental ne
parlent plus d’exception, mais de norme discrète. Dans une étude
publiée dans le Journal of Family Psychology, la
sociologue Katherine Conger a suivi 384 fratries et montré que 65 %
des mères et 70 % des pères reconnaissent avoir un enfant préféré.
Une méta-analyse menée par Alexander Jensen à l’Université Brigham
Young, compilant une trentaine d’études et près de 20 000
participants pour l’American Psychological Association dans la
revue Psychological Bulletin, confirme ce schéma dans
environ deux tiers des familles. Le chouchou est souvent une fille,
décrite comme consciencieuse, organisée, et parfois l’aîné.
Pourquoi certains basculent-ils du côté chouchou et d’autres du
côté enfant bouc émissaire ? Les cliniciens parlent d’un mécanisme
de projection narcissique : le parent valorise
l’enfant qui lui ressemble ou qui réussit là où lui-même a échoué.
L’autre, jugé moins conforme aux attentes, encaisse davantage de
critiques et reçoit moins de compliments. Ce traitement
différentiel abîme l’estime de soi, augmente les risques de
symptômes dépressifs et fragilise la santé mentale, tableau souvent
rapproché du Syndrome de Cendrillon.
Cette phrase qui révèle que vous
n’étiez pas le chouchou
Les chercheurs rappellent que le vrai marqueur n’est pas le
nombre de cadeaux mais la fréquence des comparaisons négatives. Si,
enfant, vous entendiez plus de trois fois par semaine une phrase du
type « Regarde comme ton frère/ta sœur… », vous étiez
souvent relégué à la place d’enfant bouc émissaire plutôt qu’à
celle d’enfant préféré. La version la plus frontale reste
« Pourquoi tu ne prends pas exemple sur… », qui fait de
votre frère ou votre sœur la référence absolue.
D’autres phrases en disent long, comme « Ta sœur, au moins,
elle range sa chambre. » ou « Arrête de faire ton
cinéma », souvent lancées à l’enfant non favori. Elles
banalisent la dévalorisation et nourrissent l’idée que vous devez
mériter l’amour. Aujourd’hui, plutôt qu’un reproche frontal du type
« Avoue que tu préférais Thomas ! », des praticiens
conseillent de revisiter ces scènes en thérapie ou par l’écriture
afin de vous réapproprier votre histoire.