C’est un contrôle comme les aiment les douaniers : judicieusement ciblé et fructueux. Un faux docker qui s’apprêtait à sortir du terminal roulier du Grand Port Maritime de Marseille vendredi dernier 16 janvier, avec près de 10 000 paquets de cigarettes fourrés dans des sacs plastiques, a sans doute dégluti lorsqu’il a vu les agents cerner l’utilitaire à bord duquel il pensait quitter les lieux tranquille comme Baptiste.

Mais voilà, cela faisait déjà plusieurs semaines que la douane de Marseille avait l’individu dans le collimateur. Délesté de 9 620 paquets de cigarettes, soit plus de 190 kg de tabac d’une valeur de 110 000 € sur le marché licite après la fouille complète de son fourgon, ce quadragénaire « n’en était a priori pas à son coup d’essai » euphémise le directeur des douanes Michael Lachaux. Depuis la fin de l’année 2025, la cellule de surveillance et de ciblage de la brigade du port de Marseille avait repéré le curieux manège de cet homme aux horaires baroques, allant au contact des marins et circulant de manière aussi abusive que répétée au sein de l’enceinte portuaire, arborant sur son pare-brise, tels d’infaillibles sésames, un gilet de docker et des documents qui se sont bien entendu révélés faux.

Au total, ce sont 9620 paquets de cigarettes en provenance d’Afrique du Nord qui ont été saisis.Au total, ce sont 9620 paquets de cigarettes en provenance d’Afrique du Nord qui ont été saisis. / Photo Douanes de MarseilleFaux gilet de docker et faux documents

S’il s’imaginait avoir trouvé la martingale pour faire sortir du port du tabac de contrebande en jouant le manutentionnaire au gré des chargements et déchargements de cargaisons, les agents des douanes eux, ont patiemment resserré les mailles du filet durant plusieurs semaines. C’est qu’il fallait s’assurer que dans ce ballet logistique portuaire, où rentrent et sortent des centaines de gens tous les jours, celui-là n’avait décidément rien à faire…

Le 16 janvier, alors qu’un navire en provenance d’Afrique du Nord, dûment identifié comme servant à faire transiter du tabac de contrebande, fait escale à Marseille, il est temps de signifier au faux docker qu’on ne circule pas impunément dans le Grand Port Maritime de Marseille, pas plus qu’on ne le quitte, comme on serait passé au drive, avec des marchandises illicites.

Le faux docker s’apprêtait à sortir du terminal roulier du port avec une cargaison de cigarettes de contrebande.Le faux docker s’apprêtait à sortir du terminal roulier du port avec une cargaison de cigarettes de contrebande. / Photo Douanes de Marseille

« Il avait un système bien rodé, très bien préparé son coup et bénéficiait sans doute de la complicité de marins de ce bateau étranger, mais on rentre au port de Marseille au petit bonheur la chance » insiste Michael Lachaux.

« La marchandise était destinée au trafic local »

Manifestement destiné au trafic local pour irriguer les ventes à la sauvette ou les épiceries de nuit qui sont régulièrement contrôlées positivement par la douane, la marchandise a été saisie et le parquet de Marseille s’est saisi des faits.

Grâce à leur savoir-faire, mais aussi à l’utilisation de moyens de détection non-intrusifs, notamment des scanners, les agents des douanes déjouent régulièrement des trafics sur le port de Marseille.Grâce à leur savoir-faire, mais aussi à l’utilisation de moyens de détection non-intrusifs, notamment des scanners, les agents des douanes déjouent régulièrement des trafics sur le port de Marseille. / Photo Douanes de Marseille

Sur le port de Marseille comme à l’aéroport de Marignane, l’année 2026, déjà marquée par la découverte la semaine dernière, de 67 kg de cocaïne estampillés au nom de « Maradona » découverts à Marseille dans un conteneur à bananes, semble devoir se poursuivre sur le même rythme qu’en 2025 pour ce qui concerne les cigarettes illicites. L’année passée avait en effet été marquée par plusieurs affaires qualifiées d' »impactantes » en matière de lutte contre la contrebande de tabac. « Des trafics régulièrement déjoués grâce au savoir-faire des agents, à des capacités de ciblage qui se développent et à l’utilisation de moyens de détection non intrusifs, en particulier les scanners sur le port de Marseille », insiste le directeur des douanes.