Harvard met en garde : l’habitude discrète qui sabote notre
bonheur
Vous cherchez le bonheur dans les grandes
décisions, vous le perdez parfois dans un geste anodin. Une alerte
venue de Harvard pointe une habitude si banale
qu’on ne la remarque plus. Elle s’insinue entre deux stations de
métro, dans une file d’attente, au bord du lit. Et c’est là qu’elle
agit, comme un coupe-circuit émotionnel. L’ironie, c’est qu’elle
donne l’impression d’occuper l’esprit alors qu’elle lui retire une
ressource rare.
Derrière ce signal, il y a Arthur Brooks,
professeur à la Harvard Kennedy School, spécialiste de la recherche
sur le bonheur. Dans une interview donnée en
novembre 2024, il rappelle que le bonheur n’est pas un état figé
mais une direction, une progression. Il invite à protéger des
plages de réflexion, quand l’esprit vagabonde et pose les grandes
questions. La suite surprend.
Le réflexe smartphone qui tue l’ennui, selon Harvard
Le coupable tient dans la main. Le réflexe de sortir son
smartphone à la moindre seconde libre efface
l’ennui de nos journées, prévient Arthur
Brooks. « Le meilleur moyen de ne pas progresser sur le
plan du sens est de regarder son téléphone, assure-t-il. Regarder
son téléphone est parfois amusant, je ne suis pas contre cela. Mais
si vous ne vous ennuyez jamais, vous n »accéderez jamais aux parties
du cerveau dont vous avez besoin pour répondre à ces questions. »
Arthur Brooks s’exprimait dans une interview à Today en novembre
2024.
Il ne diabolise pas l’outil. Le problème survient quand ce geste
automatique neutralise tout face-à-face intérieur, tout moment
d’introspection. Et il élargit le tir aux autres distractions qui
nous sur-occupent, du travail aux loisirs pratiqués à l’excès.
« Nous avons été conditionnés à croire que ce qui est inconfortable
est mauvais, poursuit-il. Nous comprenons tous que la douleur en
salle de sport est en réalité bénéfique, mais nous pensons que
l’inconfort émotionnel, mental ou spirituel est la preuve d’une
maladie mentale. »
Ce que l’ennui fait à notre cerveau et à notre créativité
Pourquoi cette micro-habitude pèse-t-elle tant sur le
bonheur ? Les neurosciences décrivent un
réseau du mode par défaut activé quand l’attention
n’est pas happée par une tâche. Dans ces moments, le cerveau
revisite le passé, imagine l’avenir, relie les points. Le
psychiatre Patrick Lemoine y voit aussi un tremplin créatif :
« L’esprit s’envole, des brèches s’ouvrent entre les cerveaux gauche
et droit… et l’éclair de génie peut apparaître », indiquait Patrick
Lemoine au Figaro en 2022.
Autre indice marquant issu de Harvard : en
2014, lors d’une expérience pilotée par Dan
Gilbert, des volontaires laissés 15 minutes seuls dans une
pièce, avec pour seule option de s’infliger une légère décharge,
ont été une majorité à appuyer sur le bouton plutôt que de rester
avec leurs pensées. Notre intolérance à l’ennui a
grimpé, au point d’écarter ce temps d’introspection où se fabrique
le sens.
Concrètement, comment réapprendre à
s’ennuyer sans écran ?
Il propose une marche simple. « Cessez d’être distrait. Commencez
à vous ennuyer. Acceptez le malaise, recommande-t-il. Prenez le
temps de vous asseoir dans le silence, puis commencez à poser des
questions, et le reste se fera tout seul. » Consacrer 10 minutes
sans smartphone au réveil, un trajet quotidien
sans écran, aucun appareil à table ou dans la chambre le soir sont
autant de moyens de restituer à l’ennui sa place
productive.
La psychothérapeute Odile Chabrillac, autrice du Petit éloge
de l’ennui, abonde : « La frénésie de nos vies nous empêche
d’accéder au bonheur. Nous ne nous laissons pas d’espace pour le
questionnement. Ce questionnement existentiel qui permet de trouver
notre route pour être heureux. L’ennui génère un espace pour ce
questionnement », a-t-elle expliqué à Psychologies. Elle suggère de
regarder sa montre pendant cinq minutes, de se passer de téléphone
une journée ou au moins dans les transports.