Par
Julie Bossart
Publié le
23 janv. 2026 à 7h20
Moins connue que Vuitton ou Goyard, mais tout aussi luxueuse, Maison Moreau retient son souffle. Le vénérable malletier et maroquinier, situé au 49, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris, a été placé en redressement judiciaire le 8 juillet 2025, a appris actu Paris. Dans sa boutique écrin signée Jeff van Dyck, à deux pas du Palais de l’Élysée, nos questions s’opposent à un sourire imperturbablement gracieux : « Tout est en cours, je ne peux rien vous dire, nous ne pouvons qu’espérer que les nouvelles seront bonnes. »
Selon nos informations, la période de dépôt des offres de reprise auprès du tribunal des affaires économiques de Paris est close, et au moins trois candidats se sont positionnés pour faire perdurer l’institution. Il leur revient dès lors d’améliorer leurs propositions en vue de l’audience, dont la date n’est pas connue à cette heure.
Histoire et savoir-faire
Fondée en 1882 et établie alors au 283, Saint-Honoré, en plein âge d’or des maroquiniers de luxe, Maison Moreau a fourni en robustes malles en cuir et en toile les grands bourgeois en vue de leur Grand Tour, ce long voyage en Europe effectué alors par les jeunes hommes, plus rarement par les jeunes femmes, des plus hautes classes de la société européenne. À l’instar de ses concurrents, Maison Moreau s’est distinguée par son imprimé, un cannage sérigraphié et inspiré du tressage des malles en osier. Bien que possédant une histoire, un savoir-faire et une adresse prestigieuse en plein cœur de Paris, la marque est peu à peu tombée dans l’oubli, retraçait le journaliste spécialisé Hervé Dewintre en 2011.
Cette année-là, précisément, la belle endormie serait sortie de son sommeil à la faveur d’une vente aux enchères, qui aurait permis à Veronika Rovnoff de mettre la main sur une vieille malle de diligence de la Maison. La jeune femme d’affaires ukrainienne et son frère, Fedor Georges Savchenko, ont relancé la marque, le diplômé de l’Académie Textile de Kiev et du Studio Berçot à Paris en en prenant la direction artistique. Après s’être plongé dans les archives du maroquinier, il a su repimper les pièces (sacs, cabas, pochettes, malles) et les formats tout en conservant les savoir-faire.
Passée sous le contrôle d’ Onward Luxury Group (filiale européenne du groupe japonais Onward) en 2016, Maison Moreau a installé l’année suivante son vaisseau amiral rue du Faubourg-Saint-Honoré. Elle a été reprise par Marco Scarpella en 2021. Elle « s’inscrit dans la lignée de ses fastes années avec un ADN resté unique, mais aussi un désir insatiable de produire et de raconter des histoires de son époque », expliquait-il à Marie Claire. L’histoire s’arrêtera-t-elle en 2026, cent quarante-quatre ans après ses débuts ?
Le marché du luxe s’essouffle
Malgré un savoir-faire mondialement reconnu, le marché du luxe, fleuron français, a subi la pression une pression géopolitique et économique, qui a occasionné une baisse des ventes en 2024, a relevé le cabinet KMPG. Ce contexte a-t-il nui à Maison Moreau ou alors faut-il pointer le contrat qui a été conclu « dans des conditions économiques ne permettant pas à la société de dégager une rentabilité autonome », comme il est avancé dans un document que nous avons pu consulter ? Secret de l’accord de non-divulgation et infructueuses sollicitations auprès du P.-D.G. obligent, il est difficile d’en savoir davantage sur les raisons qui ont précipité ce placement en redressement judiciaire. Une ornière de laquelle sont toutefois prêts à la sortir les candidats à sa reprise.
Leur profil ne manque pas de solidité. L’un est français, ancien président international d’une célèbre marque de vêtements et qui est à « la recherche ciblée d’opportunités de reprise de maisons de luxe françaises disposant d’un ADN fort ». L’autre est un homme d’affaires tunisien, qui a travaillé plusieurs décennies dans la mode et qui s’est déjà positionné sur la reprise d’entreprises en difficulté, comme Kookaï. Le dernier, dont nous avons eu connaissance, est une société de gestion d’actifs basée à Hong Kong, spécialisée dans l’acquisition et la relance d’entreprises de luxe en difficulté.
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