La question territoriale reste centrale alors que des discussions tripartites vont débuter ce vendredi entre la Russie, l’Ukraine et les Etats-Unis à Abou Dhabi.
C’est tard dans la nuit que l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, accompagné de Jared Kushner, gendre du président américain, et Josh Gruenbaum, ont quitté le Kremlin après une longue réunion avec le président russe Vladimir Poutine et ses conseillers.
Après la rencontre Trump-Zelensky de Davos organisée un peu plus tôt, jeudi, la réunion de Moscou était très attendue.
À l’issue de cette réunion, la Russie a déclaré qu’elle participerait bien, ce vendredi, à une réunion trilatérale entre représentants ukrainiens, russes et américains à Abou Dhabi, mais qu’une paix durable ne pourrait être conclue sans que les questions territoriales ne soient réglées.
L’émissaire spécial Steve Witkoff, Jared Kushner et Josh Gruenbaum, nouvellement nommé au poste de conseiller du président américain pour son « Conseil de la Paix », avaient été accueillis à Moscou peu avant minuit jeudi (21 h 00 GMT) par Vladimir Poutine, avait dit le Kremlin.
Le président russe était entouré de son conseiller en politique étrangère Iouri Ouchakov et son émissaire spécial Kirill Dmitriev, avait-il été précisé.
Iouri Ouchakov a déclaré que ces discussions, qui ont duré près de quatre heures, avaient été utiles et très franches.
L’amiral Igor Kostioukov sera à la tête de la délégation russe lors de la réunion qui se tiendra à Abou Dhabi, et Kirill Dmitriev discuterait séparément avec Steve Witkoff des questions économiques, a indiqué Iouri Ouchakov.
« La Russie sincèrement intéressée »
« Il a été rappelé durant ces discussions entre notre président et les Américains que sans résoudre la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage, il n’y a aucun espoir de parvenir à un règlement à long terme », a-t-il toutefois déclaré, faisant référence à la rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump organisée l’an dernier en Alaska.
La Russie est « sincèrement intéressée » par une solution diplomatique, a indiqué Iouri Ouchakov, ajoutant toutefois que Moscou continuerait de « poursuivre sans relâche les objectifs de son opération militaire spéciale » d’ici là.
La rencontre entre le dirigeant russe et les représentants américains intervenait alors que Donald Trump a estimé mercredi qu’un accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine était « raisonnablement proche ». Mais lors de cette rencontre avec Zelensky, le président ukrainien a également évoqué l’avenir des territoires annexés de force par la Russie que ce soit en Crimée et au Donbass.
La Crimée et le Donbass au cœur des enjeux
Pour rappel, la Russie a lancé une invasion à grande échelle le 22 février 2022 mais elle occupe depuis 2014 la Crimée et le Donbass, deux régions du sud-est de l’Ukraine.
Dans le Donbass, le front reste extrêmement violent, marqué par une stratégie russe de « grignotage » territorial. En ce début d’année, les forces russes ont accentué la pression sur ce front. L’objectif russe reste la prise totale des oblasts de Donetsk et Louhansk, mais la progression est lente (quelques dizaines de km² par mois) et extrêmement coûteuse en vies humaines.
La Crimée n’est plus une zone arrière sûre pour Moscou. L’Ukraine utilise ses drones et missiles de longue portée pour frapper systématiquement les infrastructures logistiques, les dépôts de carburant et la flotte de la mer Noire.
Au total, on estime que la Russie contrôle désormais environ 19,3 % du territoire ukrainien global. Une situation inacceptable pour l’Ukraine et une partie des pays occidentaux qui refusent de laisser Poutine diriger des régions acquises par la force.
Sur la base du plan de paix américain, le statut de la Crimée est le point le plus sensible. Si certains scénarios évoquent un « gel » de la situation où la Russie conserverait le contrôle de fait, Kiev maintient officiellement son objectif de libération totale. Les pays de la coalition des volontaires, menés par la France et le Royaume-Uni, ont proposé de déployer sur place une force internationale neutre.