Il ne l’aurait lui-même pas imaginé une seconde il y a encore un an et pourtant, voilà Baptiste “Athit” Poulard nouveau double Champion de Thaïlande, route et chrono. Contraint de trouver nouvelle chaussure à son pied après l’arrêt de la structure Arkéa-B&B Hôtels, il a opté pour un retour aux sources. “Le directeur sportif Peter (Pouly) m’a proposé ce projet. Jusque-là, je ne l’avais pas envisagé. Je pensais que la nationalité thaïlandaise serait plus difficile à obtenir que ça ne l’a réellement été. Puisque ma mère est Thaï, ça l’a fait assez vite”, raconte-t-il après coup auprès de DirectVelo, avant de prendre le départ de la première étape du Tour de Sharjah aux Emirats arabes unis. “J’ai pris le temps de discuter avec pas mal de monde dans mon entourage et il s’est avéré que c’était la solution la plus intéressante pour moi, une très belle opportunité. Sportivement, mais aussi pour mon bonheur personnel. Je suis très heureux de ce choix”.

SUR LE POINT DE PORTER LE MAILLOT DE L’AVC AIX

L’ancien vice-Champion de France Amateurs l’assure, il ne s’agit certainement pas d’un choix par défaut. “J’avais des opportunités avec des Conti étrangères et avec des équipes amateurs en France”, promet celui qui était parti pour s’engager avec l’AVC Aix Provence Dole. “Jean-Michel (Bourgouin) a été très compréhensif et bienveillant. Il avait laissé la porte ouverte si j’avais une propo en Conti et a tenu parole”.

Peu de propositions auraient pu faire pencher la balance de l’autre côté. “Même avec une belle offre d’une équipe pro, je pense que je serais parti quand même. Ou alors, il aurait vraiment fallu que ce soit une top team. Et encore… J’avais vraiment envie de me lancer dans cette aventure, j’ai écouté mon coeur”, synthétise celui qui gardera tout de même “de très beaux souvenirs” de ses années de vélo en métropole, tout en souhaitant d’ailleurs remercier chaleureusement son entraîneur Frédéric Blanchon “pour tout ce qu’il [lui] a apporté”.

FIDÈLE À SES ATTENTES

Baptiste Poulard est très satisfait de ce qu’il a trouvé en arrivant en Thaïlande cet hiver dans la formation Roojai Insurance Winspace. “Ce n’est pas une WorldTeam, c’est sûr, mais ce n’est pas si différent de ce que l’on a en France ou en Europe. Il y a un peu moins d’argent mais il est super bien utilisé dans l’équipe. C’est très bien structuré, on n’est pas lâchés dans la nature. Je m’attendais à ce que ce soit bien, carré, et c’est le cas, je n’ai pas été déçu de ce que j’ai trouvé en arrivant”. Désormais, il va tâcher d’apprendre la langue pour s’intégrer au mieux. “Je faisais des caprices quand j’étais gamin et du coup, je n’ai pas appris à la maison, rigole-t-il. Je le regrette un peu car c’est plus difficile à apprendre maintenant mais je pense que d’ici un an, ce sera bon”.

Alors qu’il avait fait le voyage en Thaïlande deux fois durant ses jeunes années, le voilà qui renoue avec les racines de sa mère. “Toute la famille du côté de la branche maternelle est toujours ici. Mes grand-parents, mes cousins etc sont là. Mais mes parents, mes amis et ma copine sont en France alors je compte rentrer de temps en temps, bien sûr, notamment en février après les Championnats d’Asie”. Ce sera peut-être aussi, d’ailleurs, à l’occasion d’une compétition. “On aimerait faire quelques courses en Europe. On a les Champions de Mongolie, de Corée du Sud et donc de Thaïlande dans l’équipe, ça peut être intéressant pour des organisateurs”.

L’ENVIE DE PARTICIPER AUX GRANDS CHAMPIONNATS… ET AUX JEUX OLYMPIQUES

Le Champion de Thaïlande qui n’est donc autre que Baptiste Poulard lui-même. L’athlète de 22 ans s’est imposé le 16 janvier dernier sur le chrono, avant de doubler lors de l’épreuve en ligne avec un succès en solitaire. “C’était particulier car nous n’étions qu’une trentaine au départ et on ne courrait pas avec nos équipes habituelles, mais ça l’a fait et c’est le plus important”. Désormais, il a un but bien précis pour les mois et les années à venir. “Je veux représenter la Thaïlande sur les compétitions majeures, dont les Jeux Olympiques. C’est mon projet principal à moyen terme”. Dès la première quinzaine de février, il espère briller sur les Championnats d’Asie, en Arabie Saoudite, et visera également les Jeux d’Asie en fin d’année, au Japon. “Ce qui est dommage, c’est que ça tombe pratiquement en même temps que le Mondial alors il sera sûrement compliqué d’aller à Montréal”.

En attendant, c’est donc à Sharjah qu’il a posé ses valises pour la semaine. “Je vais viser l’étape difficile avec l’arrivée au sommet. Pour les autres journées, je vais aider nos sprinteurs. Je n’ai pas trop de pression, je veux simplement profiter de la première course avec le maillot et prendre un maximum de plaisir”.