La rade de Toulon n’offrait pas son plus beau décor pour la démonstration des drones navals encore à l’état de prototypes. Sous un ciel bas et gris, près de sept d’entre eux se sont néanmoins succédés à la surface, commentés par leurs industriels concepteurs.
Une séquence suivie avec attention par la ministre des Armées et des Anciens combattants, Catherine Vautrin, visiblement curieuse des capacités opérationnelles présentées, au cœur d’un déplacement le 21 janvier placé sous le signe de l’innovation et du retour de la haute intensité.
Le Var au coeur de la stratégie de défense
C’est au centre d’expertise et d’essais de la Direction générale de l’armement (DGA) Techniques navales, à Toulon, que la ministre a ensuite donné le ton. Devant les équipes de la DGA et plusieurs industriels de la défense, elle a rappelé le rôle central du Var dans la montée en puissance des capacités navales françaises.
« Vous incarnez le cœur battant d’un héritage exceptionnel », lance-t-elle soulignant que « la puissance ne se proclame pas, elle se construit », à travers « des savoir-faire d’excellence et une volonté politique inscrite dans la durée ».
Des drones de surface pour protéger et escorter la Marine
Temps fort de la visite : la présentation du projet Danae, pour Drone de surface autonome naval avec capacité d’armement embarqué, lancé par la Marine nationale avec l’appui de la DGA et de l’Agence de l’innovation de défense (AID).
© A. Assante – La ministre a rencontré plusieurs industriels présents pour l’occasion dans un des hangars de la DGA de Toulon.
Objectif : doter rapidement la Marine de drones de surface armés, capables d’assurer d’une part la protection des ports et bases navales, avec des moyens non létaux en environnement sensible (laser éblouissant, dissuasion). Et d’autre part, l’escorte et la protection des navires en mer, avec une capacité d’armement embarquée.
Pensé comme un projet d’accélération de l’innovation, Danae s’appuie sur un constat opérationnel : si les drones aériens ont atteint une forte maturité, les drones sous-marins restent plus contraints en termes d’endurance et de robustesse. Le drone de surface apparaît ainsi comme une solution pragmatique pour répondre rapidement aux menaces émergentes.
Projet Danae : sept industriels en concurrence, un lauréat à l’arrivée
La première phase du projet réunit sept entreprises de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) : Keys4sea, Exail, SeaOwl Group, Marine Tech, Thales, SIREHNA (filiale de Naval Group) et SEAir. Leurs systèmes seront évalués sur leurs performances de navigation, d’endurance et d’autonomie décisionnelle.
À l’issue de cette phase, trois projets seront retenus pour développer des prototypes, avant la sélection finale d’un modèle promis à une production en série, à l’horizon de 12 à 18 mois.
Un dispositif compétitif assumé, pensé pour aller vite sans renoncer à l’exigence opérationnelle.
© A. Assante – Le DriX O-16, drone naval de la société Exail, en démonstration sur la rade de Toulon. Catherine Vautrin : « Nous devons avoir une DGA de combat »
Dans un contexte international marqué par le réarmement généralisé, l’ancienne ministre du Travail a insisté sur la nécessité d’accélérer.
« Le monde a changé. La DGA doit accélérer pour rester souveraine dans un monde qui se réarme », déclare-t-elle, évoquant le « retour de la haute intensité ».
En rappelant que les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, parlant d’une véritable « économie de guerre ».
« Depuis 2017, le budget des armées a quasiment doublé », souligne-t-elle, assumant une ligne claire : garantir la supériorité réelle des forces françaises et leur capacité à dissuader avant même de combattre.
© A. Assante – Le drone naval de la société Sirehna décrypté par un ingénieur. La DGA, entre excellence technique et impératif de vitesse
Présent aux côtés de la ministre, le délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, a rappelé les fondamentaux de l’institution : « Il faut être en capacité de maîtriser techniquement notre avenir pour créer la dissuasion et aider la France à se défendre. »
La DGA, ce sont 10 500 personnes, dont les deux tiers affectés aux centres d’essais, un maillage essentiel pour transformer les besoins des armées en capacités concrètes. « La France sait concevoir, mais nous devons aussi être capables d’aller vite », insiste-t-il.