Dans un monde en pleine rupture, face aux attaques frontales de compétiteurs assumés, comme la Russie, mais aussi de prétendus partenaires tels que les États-Unis, la France a durci le ton, ces derniers jours. Bien qu’encore loin de la diplomatie combative des « loups guerriers » chinois, Paris rend des coups, ne se contentant plus de subir. Lunettes d’aviateur vissées sur le nez, Emmanuel Macron a ainsi mené la fronde face à Donald Trump, lors du sommet de Davos, dénonçant ses attaques répétées contre l’Europe, tout en menaçant Washington de rétorsions économiques en cas d’instauration de nouveaux droits de douane.
En Suisse, le chef de l’État français a dénoncé une « concurrence » américaine visant à « affaiblir et subordonner l’Europe ». Et d’ajouter : « Ne nous divisons pas, n’acceptons pas un ordre mondial qui serait dicté par ceux qui ont la plus grosse voix, le plus gros bâton ». Une prise de parole remarquée derrière laquelle se sont rangés les Européens en dépit de désaccords profonds.
De fait, le milliardaire a depuis reculé sur ses menaces d’annexion du Groenland, assurant qu’il n’aurait pas recours à la force. Un succès majeur pour l’Élysée. « Cette attitude du Président donne un signal fort de prise de conscience au sommet de l’État », souffle un ancien diplomate. Un message martelé par Emmanuel Macron lors de son discours à la conférence des ambassadeurs, le 8 janvier. Il avait alors appelé la diplomatie française à défendre son influence dans la « bataille des récits » et à lutter contre la désinformation.
Diplomatie numérique
C’est dans cette logique qu’est né « French response », un compte officiel lancé sur X par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Objectif : répondre aux attaques sur les réseaux sociaux, notamment celles venant du clan Maga (Make America great again). Ainsi, après qu’Elon Musk a accusé plusieurs gouvernements, dont la France, d’être « fascistes », la diplomatie du web a réagi en repliant une photo virale de Musk ou il est accusé d’avoir fait un salut nazi. Cette réaction s’avère d’autant plus nécessaire que la France et ses représentants font en permanence face à des attaques virulentes sur les réseaux, venant aussi bien d’acteurs institutionnels que de nébuleuses.
En 2024, l’ambassadeur en Arménie a été accusé de pédophilie, sur fond de tensions avec l’Azerbaïdjan qui ne supporte pas le soutien de Paris à ce petit pays chrétien. En Afrique, où Paris est régulièrement accusé de néocolonialisme, les attaques pleuvent depuis des années. « Avant, certains influenceurs diffusaient de façon permanente la propagande russe et le narratif anti-occidental, et il a été prouvé que certains étaient rémunérés par la Russie pour le faire », explique Nicolas Normand, ancien ambassadeur en Afrique.
Dans ce moment où la coupe est pleine vis-à-vis de Trump, on revient aux réflexes gaullo-mitterrandien de la diplomatie française qui n’accepte pas cette vassalité implicite.
Toutefois, sur le continent noir, la réaction française a été plus que tardive. « Les questions diplomatiques remontent désormais à l’Élysée plus que jamais », ajoute Nicolas Normand. Mais beaucoup de flottements subsistent. Comme après l’enlèvement du président Maduro par la Delta force, le 3 janvier. Emmanuel Macron s’était alors félicité de voir les États-Unis se débarrasser d’un dictateur sans vraiment alerter sur les potentielles conséquences géopolitiques. Le ministre des Affaires étrangères, Jean Noël Barrot, était alors venu corriger cette première réaction, en condamnant l’usage arbitraire de la force, en violation du droit international. Quoi qu’il en soit, nous vivons un moment de sursaut, selon Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie. Et d’ajouter : « Dans ce moment où la coupe est pleine vis-à-vis de Trump, on revient aux réflexes gaullo-mitterrandien de la diplomatie française qui n’accepte pas cette vassalité implicite ».