Laurent Vinatier (photographié le 23 janvier 2026  en région parisienne) raconte dans « Le Monde » sa « peur de mourir » pendant sa détention en Russie.

JOEL SAGET / AFP

Laurent Vinatier (photographié le 23 janvier 2026 en région parisienne) raconte dans « Le Monde » sa « peur de mourir » pendant sa détention en Russie.

Il voulait maintenir le dialogue « entre l’Ouest et la Russie », mais il a « fini par être le messager qu’on décapite ». Chercheur spécialiste de l’espace postsoviétique, Laurent Vinatier est revenu sur ses 19 mois de détention en Russie dans une interview parue ce vendredi 23 janvier dans Le Monde. Arrêté en juin 2024 à la terrasse d’un café de Moscou, le Français n’a été libéré que le 8 janvier dernier.

Après s’être fait condamner pour son non-enregistrement comme « agent de l’étranger », le chercheur risquait d’autres poursuites pour espionnage. Cette cabale politico-judiciaire lui faisait risquer jusqu’à 20 ans de prison et l’a plongé dans un profond désarroi. « C’est à ce moment-là que je me suis effondré », a-t-il confié au Monde, se décrivant « plongé » dans « un univers carcéral où les jours passaient moins vite que les semaines ».

« J’ai été un pion, un objet, un otage, un prisonnier politique », estime aujourd’hui le chercheur qui voit dans sa détention la marque du durcissement des relations entre la Russie et la France – et plus largement l’Occident – depuis le début de la guerre en Ukraine. Auprès du Monde, Laurent Vinatier revient sur les craintes qui ont été les siennes lors de sa détention, notamment sa « peur de mourir » quand il a été isolé dans un hôpital pénitentiaire de province pendant deux semaines.

« Les détenus ressemblaient à des cadavres qui marchent »

Le chercheur décrit aussi la violence des prisons russes, où « régnait » parfois « cet élément concentrationnaire ». « On ne pouvait pas parler, on ne pouvait rien dire, nous étions tous avec nos blouses grises, rasés à la tête, réduits à descendre chercher notre pitance », a-t-il raconté dans le journal du soir. Évoquant une prison régionale où il a été enfermé en avril 2025, Laurent Vinatier mentionne aussi des détenus qui « ressemblaient à des cadavres qui marchent ».

Sur place, le Français craint un empoisonnement et préfère manger la ration alimentaire de son voisin de cantine. Dans ce centre de détention, puis à la forteresse des services de sécurité de Lefortovo à partir de mai 2025, le chercheur tient bon malgré la peur et le désespoir.

« La littérature m’a sauvé », assure-t-il, expliquant avoir lui en français, mais aussi en anglais et en russe, des chefs-d’œuvre qui vont d’Ulysse de James Joyce au Comte de Monte-Cristo de Dumas en passant par À la recherche du temps perdu de Proust. En plus de la lecture – une « manière » pour lui de s’« évader » – le chercheur s’est consacré à l’écriture, ne rédigeant pas moins de 500 pages au cours de sa détention. Désormais, c’est la relecture et la réécriture qui l’aident à faire face à son passé douloureux et à construire l’avenir.