Une semaine pour deux annonces d’ampleur. Jeudi 22 janvier, la Société générale a annoncé la suppression de 1 800 postes en France d’ici à fin 2027, sur un effectif de 40 000 salariés. « La digitalisation a pris une telle ampleur, je peux comprendre qu’il y ait besoin de moins de personnes physiques », pour Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, qui donnait son avis sur cette annonce, le même jour, sur BFMTV.
La « digitalisation », encore, est au cœur du plan présenté deux jours plus tôt par Capgemini. Le géant français du conseil informatique a annoncé la suppression de 2 400 postes dans l’Hexagone, invoquant « la nécessité de se transformer face à l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle ». Bastions de l’emploi qualifié, la banque et le conseil sont donc en première ligne des suppressions de postes dictées par l’intelligence artificielle (IA) et la technologie.
La digitalisation de la banque pèse sur l’emploi
La Société générale a confirmé ce jeudi un plan de réorganisation visant à réduire ses effectifs en France d’ici à 2027. Dans un communiqué, la banque précise que ces suppressions concerneront « plusieurs activités et fonctions centrales au siège, ainsi que l’organisation régionale de la Banque de détail », mais assure que « le réseau d’agences n’est pas concerné ». Pour limiter l’impact social, le groupe mise sur « des départs naturels et de la mobilité interne ».
Face à la montée en puissance des néobanques comme Revolut, qui vise les 10 millions de clients en France d’ici fin 2026, les banques traditionnelles n’ont d’autre choix que de repenser leur modèle. Dès 2024, Grégoire Dupiellet, directeur du digital et de la banque à distance chez Société générale, constatait déjà une accélération de cette tendance : « Une ouverture de compte sur cinq se fait désormais en ligne ».
Une évolution qui met sous pression les banques traditionnelles, les forçant à s’adapter à une clientèle désormais habituée à gérer ses opérations bancaires de manière autonome sans passer systématiquement par une agence physique.
Capgemini : l’activité freinée par la prudence des clients
Après des années de croissance soutenue, le secteur des services numériques traverse, comme la banque, une phase brutale de recomposition de ses effectifs. Mardi dernier, Capgemini annonçait la suppression de 2 400 postes en France. Afin d’expliquer sa décision, le géant français du conseil en informatique précisait dans un communiqué :
« Dans un environnement économique marqué par une croissance modérée et des défis majeurs pour certaines industries, Capgemini en France doit se transformer pour répondre aux challenges et opportunités créés par l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle ».
Selon ce même communiqué, les emplois concernés sont « les filières fortement impactées par l’évolution de la demande client et les mutations technologiques ». Cela concernerait 7 % des 35 000 postes du géant informatique dans l’Hexagone. Ce ralentissement de l’activité de Capgemini est notamment lié à la « faiblesse persistante du secteur de l’industrie », y compris automobile, avait déjà indiqué le groupe en octobre.
Le modèle du conseil remis en question par l’IA
Capgemini n’est pas un cas isolé. L’ensemble du secteur du conseil voit son modèle, historiquement basé sur le volume de consultants, remis en question par l’intelligence artificielle.
Pour la même raison que Capgemini aujourd’hui, l’américain Accenture, numéro un mondial des services informatiques, avait annoncé mi-2025 la suppression de près de 12 000 emplois dans le monde en trois mois, sur un effectif total de près de 800 000 personnes. « La reconversion professionnelle n’est pas une solution viable pour acquérir les compétences dont nous avons besoin », rappelait Julie Sweet, la PDG, le 25 septembre 2025 lors de l’annonce des résultats trimestriels du groupe. Un signe que l’IA remet en question l’utilité même de la fonction de consultant proposée par les géants du conseil en services numériques.
En France, cette tendance se confirme. Entre 2022 et 2024, Capgemini a réduit ses effectifs de 2 600 personnes, et en 2025, ils auraient encore diminué de 5 %, selon la CGT. Avec l’annonce, mardi, de 2 400 suppressions de postes supplémentaires, cette lente décrue des postes dans le conseil en services numériques risque de s’intensifier en 2026.