Par
Julien Sournies
Publié le
24 janv. 2026 à 6h26
Il souhaite « faire bouger les choses » après douze ans de mandat d’un « grand diviseur » à Grenoble (Isère). Après avoir échoué à déposer une liste sous ses couleurs en 2020, le Rassemblement national sera bel et bien présent aux élections municipales cette année, avec Valentin Gabriac à la tête de la liste « Grenoble capitale des Alpes ».
Lutte acharnée contre l’insécurité, rétablissement d’un éclairage public « plus intense » ou encore développement d’une politique « pro-business » pour les commerçants : le candidat de 33 ans s’est livré à actu Grenoble.
« La sécurité, c’est nous qui l’avons imposée dans le débat public »
Actu : Historiquement, le RN n’a jamais vraiment eu la cote auprès des électeurs à Grenoble. D’ailleurs, aux élections précédentes, il n’y avait pas de liste RN…
Valentin Gabriac : On veut être acteur plutôt que spectateur. On a la nette impression que la ville se dégrade. Je suis convaincu qu’avec une volonté politique, il est possible de changer ça. Cette élection, c’est clairement 50 nuances de gauche, c’est-à-dire qu’il y a énormément de listes à l’extrême-gauche, de gauche, de centre-gauche ou des listes qui courent après la gauche sans le dire.
Donc, nous, on incarne une rupture. On part avec un projet nouveau, des idées clés et il y a une volonté de rupture avec la municipalité précédente et un projet axé sur la sécurité, propreté, attractivité.
Vous faites de la sécurité votre cheval de bataille pour ces élections municipales. La situation est alarmante à Grenoble ?
V.G. : Déjà, la sécurité, c’est nous qui l’avons imposée dans le débat public. Il y a 30 ou 40 ans, on nous prenait pour des fous à parler de sécurité. Mais aujourd’hui, tout le monde en parle, même Eric Piolle.
Si tout le monde en parle aujourd’hui, c’est parce que le Rassemblement national progresse dans les sondages. Et à Grenoble, il ne s’agit pas d’un simple ressenti : l’insécurité est avérée, avec des chiffres supérieurs à la moyenne nationale. Atteintes aux personnes et aux biens, règlements de comptes, coups de couteau, vols de vélos ou trafics de drogue font partie des problèmes majeurs de la ville, auxquels il faut répondre fermement.
300 caméras de vidéoprotection et 150 policiers municipaux supplémentaires
Quels moyens comptez-vous mettre en œuvre pour endiguer cette problématique d’insécurité ?
V.G. : La sécurité est la priorité pour la ville. Déjà, il faut monter à 300 le nombre de caméras de vidéoprotections (contre 118 actuellement, NDLR) avec des postes opérationnels 24h sur 24, 7 jours sur 7. On compte également engager 150 agents supplémentaires au sein de la police municipale, tout en armant cette dernière. On se doit de mettre fin aux zones de non-droit et rassurer habitants, familles et commerçants.

Valentin Gabriac veut engager 150 policiers municipaux supplémentaires. (©Ugo Maillard / actu Grenoble)
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Il s’agit de mesures qui nécessitent un certain budget. Comment comptez-vous financer tout cela ?
V.G. : La première mesure sera de lancer un audit financier, en raison d’une opacité sur les comptes de la Ville de Grenoble. Il s’agira d’évaluer précisément la dette, les recettes et les dépenses courantes, afin de pouvoir réorienter le budget vers les priorités du mandat, au premier rang desquelles figure la sécurité. Mais, en tout cas, vous pouvez être sûrs que l’on ne mettra pas en place une hausse des impôts locaux pour financer ce plan.
Beaucoup s’accordent à dire que le propositions des candidats RN relèvent plutôt du discours national que des qualifications municipales. Que répondez-vous à cela ?
V.G. : Je mène une campagne locale et municipale, mais Grenoble n’est pas une ville isolée. Elle dépend des décisions de la Métropole, du Département, de la Région, de l’État et même de l’Union européenne. Je considère d’ailleurs que les Métropoles ont aujourd’hui trop de poids face aux communes, et je défends l’idée de leur redonner davantage de pouvoir.
Je mène une campagne locale, autour de priorités locales, à savoir la sécurité, l’attractivité économique et le rétablissement de l’ordre.
Du côté de LFI notamment, on mise beaucoup sur les quartiers populaires, là où le sentiment d’insécurité est particulièrement pointé du doigt. Que comptez-vous entreprendre dans ces quartiers ?
V.G. : Il ne faut pas oublier les quartiers populaires, où le Rassemblement national réalise d’ailleurs ses meilleurs scores, notamment dans le secteur Mistral lors des dernières élections européennes. Nous voulons répondre aux préoccupations des habitants, en priorité la sécurité, mais aussi l’insalubrité et le sentiment d’abandon. L’objectif est de mener une politique de fermeté pour protéger les habitants de la délinquance, améliorer la propreté, favoriser l’installation de commerces et rendre ces quartiers plus sûrs et plus attractifs.

Valentin Gabriac souhaite aider les commerçants du centre-ville de Grenoble, en baissant notamment la taxe foncière. (©Ugo Maillard / actu Grenoble)Une politique « pro-business » pour les commerçants
Que faire pour aider le centre-ville commerçant de Grenoble ?
V.G. : Pour les commerçants, nous défendons une politique clairement pro-business, avec une baisse de la taxe foncière et des mesures pour lutter contre la vacance commerciale. La Ville pourrait louer certains locaux vacants et les sous-louer à des loyers réduits de 20 à 30 % les premières années afin de faciliter l’installation de nouveaux commerces.
Nous voulons aussi relancer l’activité par des animations et des fêtes commerciales régulières, comme la fête du Dauphiné ou celle des Italo-Grenoblois, en lien avec les communautés locales.
La gratuité des transports « n’est pas réalisable »
Que pensez-vous de la gratuité des transports ?
V.G. : Les décisions politiques, comme les choix individuels, sont guidées par la réalité économique. Dans ce cadre, la gratuité des transports en commun n’est pas réalisable financièrement et ne fait donc pas partie de nos mesures. En revanche, nous souhaitons réétudier la grille tarifaire de la TAG, notamment les dispositifs de gratuité existants, afin d’éviter des inégalités et des tarifs à deux vitesses. L’objectif est de mettre en place des mesures plus incitatives en faveur des travailleurs et des actifs, en examinant la situation au cas par cas.

Valentin Gabriac ne souhaite pas mettre en place la gratuité des transports pour tous à Grenoble. (©Julien Sournies/actu Grenoble)
Si vous étiez élu maire de Grenoble, quel projet d’aménagement amorceriez-vous en priorité ?
V.G. : Nous voulons rétablir un éclairage public plus intense à Grenoble, pour trois raisons : la sécurité, l’attractivité et la beauté de la ville. Aujourd’hui, de nombreuses rues et places sont trop sombres, et cela nuit à l’image et à la praticité de la ville.
Nous envisageons de mettre en valeur certains monuments ou espaces publics avec des jeux de lumière, tout en utilisant des ampoules LED pour réduire l’empreinte énergétique, comme cela se fait à Hénin-Beaumont ou Perpignan. L’objectif est un éclairage judicieux, adapté rue par rue, avec éventuellement des détecteurs pour limiter l’impact environnemental.
Que comptez-vous faire pour la jeunesse ?
V.G. : Pour la jeunesse, je souhaite mettre en place un pass sport afin de favoriser la pratique sportive. Grenoble compte trois grands clubs professionnels et nous voulons redonner aux Grenobloises et Grenoblois le goût de soutenir leurs clubs locaux, notamment via des sorties scolaires. Les clubs sont, selon moi, des vecteurs essentiels du rayonnement de la ville et du sentiment d’appartenance.
« Je suis ouvert à un dialogue avec M. Gerbi et M. Carignon »
Après votre exclusion d’un débat culturel, comment convaincre que, demain, un maire RN ne remettrait pas en cause les subventions à des structures/associations qui lui sont hostiles ?
V.G. : Il n’y aura pas de baisse générale des subventions sous ma mairie. En revanche, les associations idéologiques ou militantes qui ne servent pas l’intérêt général, qui ne respectent pas les principes de laïcité, qui encouragent le communautarisme ou qui sont dans des dérives idéologiques woke verront leurs subventions réévaluées, voire supprimées.
Ces fonds seront réorientés vers des associations d’utilité publique, principalement dans quatre domaines : seniors, santé, éducation et jeunesse. Vous pouvez être sûr que nous allons arrêter certaines dingueries culturelles, je n’ai pas peur de dire le mot, notamment les spectacles de théâtre sur « comment cohabiter avec un dealer en bas de chez soi ».

Valentin Gabriac se dit prêt « à dialoguer » avec Alain Carignon et Hervé Gerbi dans un éventuel second tour. (©Lisa Rodrigues/actu Grenoble/Montage)
Jusqu’à présent, les résultats des sondages ne vous ont pas hissé au second tour. Pensez-vous pouvoir inverser la tendance ?
V.G. : Comme je l’ai répété, quand on parlait de sécurité à Grenoble, il y a 30 ans, on vous prenait pour un malade ou un facho. Aujourd’hui, même Mme Ruffin reprend mes thèmes, notamment la sécurité. C’est déjà une première victoire : nous avons imposé ce débat. Nous pensons jouer un rôle décisif dans ces élections, car aucune autre liste n’incarne une véritable rupture. Nous pouvons représenter la colère de milliers de Grenoblois face aux deux mandats d’Éric Piolle. Je suis convaincu que nous serons au second tour.
D’après les derniers sondages, l’élection du prochain maire est quand même fortement pressentie pour se jouer entre Laurence Ruffin et Alain Carignon. Si tel est le scénario au second tour, apporteriez-vous votre soutien à Alain Carignon ?
V.G. : Je ne me mets pas dans cette hypothèse de ne pas être au second tour. On sera probablement la première force face à Mme Ruffin au mois de mars. En tout cas, je suis ouvert à un dialogue avec M. Gerbi et M. Carignon. Je pense qu’un dialogue peut être possible, puisqu’il peut y avoir des points de convergence, notamment au niveau de la sécurité et de l’attractivité.
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