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Rédaction Lyon

Publié le

24 janv. 2026 à 7h08

Cet article est publié dans le magazine « nouveau Lyon » de janvier-février 2026 dans les kiosques depuis vendredi 19 décembre 2025 dont actu Lyon est partenaire.

Présidente de l’association commerçante My Presqu’île et de la boutique Les Poupées, Johanna Benedetti décrit les difficultés actuelles de la Presqu’île de Lyon. Elle va proposer un plan d’actions à destination des candidats aux élections municipales.

« La situation du commerce n’est pas bonne en général »

Actu : Est-ce que le commerce en Presqu’île se porte aussi mal qu’on le dit ?

Johanna Benedetti : La situation du commerce n’est pas bonne en général. La Presqu’île n’échappe pas au contexte, même si elle est plus résiliente qu’ailleurs en France. La vente en ligne continue de progresser, que ce soit par les plateformes internationales (Amazon, Temu, Shein…) ou par le drive… Le consommateur se dit très favorable au commerce de proximité, mais il multiplie ses achats sur Internet. Il y a un confort à commander de chez soi. Depuis le Covid, on a du mal à accepter la baisse de la mobilité des clients. Cela pose d’ailleurs un gros problème pour le prêt-à-porter.

Comment les commerçants peuvent-ils y résister ?

JB : La montée en puissance de la vente en ligne questionne le produit que l’on offre au client. Aujourd’hui, on peut même prendre en photo un article en boutique et trouver le même ou un produit similaire au meilleur prix sur Internet. Le commerce indépendant a intérêt de repositionner son produit. Ensuite, venir en boutique doit être synonyme de contact, d’un lien convivial, de conseils, ce que n’apporte pas Internet. Il faut que l’expérience en ville soit aussi agréable qu’en magasin.

Que pensez-vous de la taxe sur les petits colis ?

JB : J’attends de voir. Il faudrait interdire les produits qui ne respectent pas les normes européennes. C’est une concurrence déloyale pour les artisans et les productions locales. Comment peut-on concevoir deux économies parallèles ?

Quels sont les secteurs les plus en difficulté et ceux qui se portent mieux ?

JB : Les soins à la personne s’en sortent bien : on ne peut pas être massé ou se faire couper les cheveux à distance. Le consommateur s’oriente vers le bien-être. Le secteur du loisir se porte aussi bien. Un certain type de restauration connaît plus de difficultés. Peut-être à cause du télétravail qui fait que certains bureaux sont à moitié vides. Le prêt-à-porter est le secteur qui souffre le plus.

« Qui a envie de s’installer au bord d’une 2×2 voies ? »

Quels sont les secteurs géographiques, à l’intérieur de la Presqu’île, qui résistent le mieux ?

JB : Le cœur de la Presqu’île, entre Bellecour et Cordeliers, va bien. En revanche, il y a un vrai manque de fréquentation dans les Pentes et au sud de Bellecour. Il n’y a que le cœur de la Presqu’île qui a bénéficié de plantations et d’aménagements. Il faudrait davantage intégrer la notion de parcours marchands. Pourquoi ne pas imaginer un carré piéton autour de la rue Victor-Hugo ?

Quant aux Pentes, on nous a identifiés comme aire piétonne il y a deux ans, mais il n’y a pas eu de signalisation ni de reprise de la chaussée. Rien ne caractérise visuellement un espace piéton. Il faudrait matérialiser une porte d’entrée et penser les cheminements depuis la fin de la rue de la République et de la rue du Président-Herriot.

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Que pensez-vous de la Zone à trafic limité (ZTL) ?

JB : Ce qui n’a pas aidé, c’est le manque de clarté du dispositif. Par exemple, les deux horaires de relèvement des bornes : 11 h 30 pour les aires piétonnes, 13 heures pour les autres rues. Le projet n’a peut-être pas été assez ambitieux. Nous sommes le deuxième coeur économique de France. Les commerçants de rues réaménagées, comme Émile-Zola ou Ancienne-Préfecture, sont satisfaits. J’ai toujours pensé que les piétonnisations étaient favorables au commerce. Qui a envie de s’installer au bord d’une 2×2 voies ?

Les bancs en forme de serpentins vont être déployés sur le reste de la rue de la République.
La rue de la République devenue piétonne dans le centre de Lyon. (©Ludivine Caporal/actu Lyon)« C’est une profession où l’on se sent très seul »

Pourtant les commerçants expriment un attachement à la voiture…

JB : La période de transition qui inclut la phase de travaux a été très difficile. C’est une profession où l’on se sent très seul. Je comprends les colères.

Comment évoluent les valeurs locatives ?

JB : Elles sont élevées, les loyers sont majorés au rythme de l’inflation. Alors que les commerçants paient plus cher leurs charges d’électricité sans pour autant pouvoir augmenter leurs prix.

Que pèse le commerce indépendant face aux grandes enseignes ?

JB : De 40 à 48 %, dans le secteur compris entre Perrache et le début des Pentes. La vraie force de la Presqu’île, c’est de conserver cette variété. D’ailleurs, les grandes enseignes tiennent à la présence des indépendants. Il faut les deux. Il faut aussi conserver des lieux de production, comme des boulangeries et des créateurs. C’est un enjeu de souveraineté. Pendant le confinement, nous avons fabriqué, avec la boutique Rose Carbone, plus de 10 000 masques parce que nous avions de la matière première en stock. Nous avons pu les offrir au personnel hospitalier.

Au sommaire de Nouveau Lyon de janvier-février 2026

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