Par

Chrismaël Marchand

Publié le

23 janv. 2026 à 19h18

On ne va pas se le cacher, c’est compliqué de savoir où en est le programme des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de 3e génération. Tentons néanmoins d’y voir plus clair sur le plus important programme militaire français du XXIe siècle.

1. Les secrets

Lancé officiellement en 2021 par la ministre des Armées de l’époque Florence Parly, après une longue phase préparatoire, le projet demeure sous les radars.

Mis à part un éclairage lors de la découpe de la première tôle en mars 2024 sur le site Naval Group de Cherbourg (Manche), on ne connaît ni le coût, ni le design, ni la longueur exacte, ni les noms des quatre unités appelées à remplacer la classe Triomphant, mise en service en 1997.

Cela ne devrait pas changer. La DGA (direction générale de l’armement), le maître d’ouvrage, et Naval Group, l’un des maîtres d’œuvre avec TechnicAtome, limitent au possible leurs communications sur le dossier. Voire préfèrent botter en touche.

Il faut donc parfois ruser pour dénicher quelques informations sur ce qui sera le plus grand submersible jamais construit en France.

Le plus grand secret, au-delà des caractéristiques techniques, est évidemment le coût de ce programme. À titre de comparaison, les SNLE Le Triomphant auraient coûté près de 4 milliards d’euros l’unité.

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Autre exemple plus récent, celui des SNA Suffren. Le programme était annoncé à 10 milliards d’euros, soit 1,7 milliard d’euros par exemplaire. Alors, combien de milliards pour ces quatre nouveaux SNLE ?

2. Les indiscrétions

Au fil des mois, quelques informations ont pu malgré tout filtrer. Selon nos informations, on sait notamment que la longueur du futur SNLE a évolué.

En 2021, le ministère des Armées avait annoncé une longueur supérieure à 140 mètres (pour un diamètre de 12,5 mètres), soit au moins deux mètres de plus que les SNLE de la précédente génération de la classe Le Triomphant (138 mètres).

Toujours pas de noms…

C’est une annonce qui est évidemment scrutée. Seulement, elle traîne… Et pour l’instant, pas d’annonce à l’horizon. Elle émanera, selon toute vraisemblance, du président de la République en personne. Ce que confirme le chef d’état-major de la marine : « On a un processus très particulier pour les noms de bateau. En amont, on fait travailler des historiens de la Marine, qui nous fournissent des propositions. On leur donne des principes, et ils fournissent des noms. Le chef d’état-major que je suis retient alors une catégorie, la propose au chef d’état-major des armées et au ministre, qui valident ou pas. Il y a évidemment une exception avec les bâtiments les plus importants, comme les SNLE ou le porte-avions. Dans ces cas-là, c’est le président de la République qui décide ».

Seulement, selon nos informations, il se pourrait que le prochain fleuron de la Marine nationale puisse être « rallongé » et atteindre 150 mètres, voire plus, en raison de la modification de la tranche missile et de l’intégration du M51.4, le futur missile de type Mer-Sol Balistique Stratégique (MSBS) pouvant contenir jusqu’à dix têtes nucléaires.

3. Les informations

Malgré les secrets entourant le projet, quelques informations fiables sont parvenues jusqu’à nous. Notamment la date de livraison de la tête de série. En juin 2025, Laurent Espinasse, directeur de la branche « sous-marins » chez Naval Group, évoquait ainsi « 2037 ».

Alors qu’une date de livraison en 2035 avait été initialement annoncée en 2021, cette dernière a finalement et logiquement reculé en raison du « glissement » d’un programme qui vient tout de même de rentrer dans sa phase industrielle sur le site Naval Group de Cherbourg.

C’est le chef d’état-major de la marine Nicolas Vaujour en personne, lors d’une récente visite à Cherbourg, qui le confie à La Presse de la Manche. « La phase industrielle a commencé. Le programme a été lancé en réalisation, c’est une bonne chose. Ici à Cherbourg, l’industrie s’est mise en ordre de marche avec des capacités qui sont objectivement remarquables ».

Le programme S3G en chiffres

150 mètres : Une chose est sûre, les futurs S3G seront plus longs que leurs prédécesseurs de classe Triomphant, mesurés à 138 mètres. La longueur de 140 mètres (pour un diamètre de 12,5 mètres) avait été dévoilée en 2021, avant que celle-ci ne gagne dix mètres. Selon nos informations, il se pourrait que les 150 mètres soient légèrement dépassés afin, notamment, de pouvoir intégrer une future version (plus imposante ?) du missile M51 (NDLR : missile mer-sol balistique stratégique français dont l’ogive peut contenir jusqu’à dix têtes nucléaires) qui équipera les quatre SNLE 3G.

 

15 000 tonnes : Le S3G sera un véritable «  monstre  » des mers. Ceux qui ont déjà vu ou visité le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français, à La Cité de la Mer, peuvent d’ailleurs faire la comparaison : 15 000 tonnes de déplacement en plongée pour le S3G, 8 900 tonnes pour le bateau-musée.

 

100 millions : L’ensemble du programme va globalement représenter 100 millions d’heures de travail sur les 30 prochaines années, dont 15 millions en ingénierie et une moyenne de 20 millions d’heures en production pour chaque sous-marin. La maîtrise d’ouvrage a été confiée à la DGA (Direction générale de l’armement) et la maîtrise d’œuvre à Naval Group et TechnicAtome.

 

100 personnes : L’équipage des futurs S3G sera composé d’environ 100 personnes. Peut-être un peu plus. Les SNLE de classe Triomphant embarquent, par exemple, un équipage de 112 hommes et femmes pour des missions qui durent en moyenne deux mois.

 

2090 : Si le planning est respecté, le dernier SNLE de 3e génération sortira des chantiers cherbourgeois de Naval Group en 2050. Il sera amené à naviguer pendant une quarantaine d’années, soit jusqu’en 2090.

 

300 mètres : À combien de mètres de profondeur, les S3G pourront plonger ? Cette information demeure évidemment confidentielle. On peut, en revanche, imaginer qu’ils pourront plonger aussi profond que leurs prédécesseurs de la classe Triomphant, soit 300 mètres. Une donnée officielle mais qui cache peut-être des performances meilleures…

La question du timing lui a également été posée alors que le premier de série de la classe Triomphant affichera 40 ans de service au compteur en 2037.

Nous avons encore un peu de temps. La génération de la classe Triomphant a encore de beaux jours devant elle. Le moment venu, on procédera comme pour les Barracuda avec un biseau. Quand le premier de la nouvelle classe arrivera, on désarmera le premier Triomphant, et ainsi de suite.

Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la marine

C’est finalement sur le chiffrage du programme industriel que l’on a le plus d’indices. Pêle-mêle, les futurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins représenteront 100 millions d’heures de travail sur les 30 prochaines années et 3000 emplois directs de très haute qualification non délocalisables.

Ils impliqueront également plus de 400 entreprises et 400 compétences réparties sur tout le territoire français.

Vous l’aurez compris, c’est un projet global de plus d’un demi-siècle auquel s’est attaquée la France. Cela vaut peut-être bien quelques cachotteries…

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