Par

Dorine Goth

Publié le

24 janv. 2026 à 8h24

L’essentiel

  • En mars 2026, Paris aura un ou une nouvelle maire, Anne Hidalgo (PS) ayant décidé de ne pas briguer de troisième mandat. L’enjeu majeur est identifié : la capitale basculera-t-elle à droite, après vingt-cinq ans de gouvernance socialiste ? À trois mois du scrutin, la gauche a entériné un accord inédit pour une union (hors LFI) dès le premier tour (15 mars) en se rangeant derrière Emmanuel Grégoire ; la droite apparaît toujours divisée.
  • Un élément plus technique pourrait aussi redistribuer les cartes à l’issue du second tour (22 mars) : la réforme de la loi PLM, contestée, mais validée par le Conseil constitutionnel (lire l’encadré), et qui introduit pour la première fois depuis quarante ans un double scrutin.
  • Avant que les électeurs parisiens se prononcent, actu Paris a cherché à prendre la température auprès d’eux. En allant à leur rencontre dans les allées des hauts lieux de la vie locale que sont les marchés, et en leur demandant ce qu’ils attendent vraiment des élections municipales, ce qu’elles doivent changer dans leur vie de tous les jours. Dans le sixième épisode de notre série, direction le 7e arrondissement.

Il est un peu moins de 10 heures, rue Cler dans le 7e arrondissement de Paris, lorsque les premiers clients s’arrêtent devant les étals. Située à deux pas du Champ-de-Mars, la rue piétonne incarne le Paris de carte postale : une petite rue pavée, des commerces de bouche, des cafés et restaurants et une douce animation. Une tranquillité jalousement préservée, alors que le prix du m² se situe autour de 18 000 euros et plus globalement à 14 000 euros dans l’arrondissement. « On vit dans le meilleur quartier de Paris », fanfaronne Jean-Claude, septuagénaire, ce mardi 20 janvier 2026. Le retraité est installé depuis plus de 30 ans à quelques rues de l’artère commerçante. Son arrondissement, il ne le quitterait pour rien au monde.

Un quartier très résidentiel

Quand il s’agit de chercher les points à améliorer, l’homme prend un certain temps à réfléchir. « On a les commerces, la propreté, le calme », commence-t-il à lister. Peut-être faire attention à l’offre de restauration. « On a de plus en plus de fast-foods », lâche-t-il en pointant du doigt un petit restaurant de burger de l’autre côté de l’avenue.

Mais l’arrondissement n’est-il pas trop calme. Selon l’atelier parisien de l’urbanisme (Apur), près d’un tiers des logements est inoccupé, c’est-à-dire qu’ils sont soit utilisés comme des résidences secondaires, des logements occasionnels ou encore vacants.

Sonia, 19 ans, a emménagé en septembre dernier dans une chambre de bonne pour ses études. À la sortie du Aldi qui ne désemplit pas ce mardi matin, elle dresse le portrait d’un quartier où il ne fait pas forcément bon vivre quand on est jeune. « Au début, j’étais trop heureuse. Le quartier est beau, c’est le cœur de Paris. Mais dès que je veux sortir avec mes amis, je dois aller ailleurs et le soir quand je rentre tard, il n’y a pas grand monde dans la rue », dresse-t-elle.

Pour elle, il faudrait une offre de commerces « plus modernes » et surtout des vraies adresses de quartier accessibles pour son budget. Elle réfléchit déjà à déménager pour s’installer en colocation avec une amie dans un autre quartier. « Peut-être le 14e ou le 15e ? », projette-t-elle.

La sécurisation du Champ-de-Mars

Il y a aussi la question du Champ-de-Mars. De prime abord, cette vaste étendue d’herbe avec vue sur la tour Eiffel est le poumon verre idéal. Mais ces dernières années, le lieu a été au cœur de polémiques. Événements trop fréquents, herbe mal entretenue, insécurité… En cette matinée, l’aire de jeux idéalement située est désertée et seuls quelques touristes prennent la pose. Les promeneurs de chiens sont soit des touristes ou des expatriés américains. Le Champ-de-Mars fait-il vraiment le bonheur de ses riverains ? « J’y vais peu, c’est vrai que c’est moins bien qu’avant. C’est plus pour les touristes que les habitants », concède Jean-Claude.

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Sonia, elle, l’évite le soir. « J’ai entendu parler des histoires de viols et agressions sexuelles. Il faudrait plus de sécurité », appelle la jeune femme. Les pelouses des Invalides, situées au nord de l’arrondissement, ont davantage ses faveurs pour traîner aux beaux jours et les pique-niques entre amis. « Ça, c’est vraiment le point cool du quartier », ajoute-t-elle.

Rachida Dati en terrain conquis

Sans être aveugle, le soutien à la maire sortante reste majoritaire dans ce quartier traditionnellement ancré à droite. En 2020, Rachida Dati (déjà candidate à la mairie de Paris) avait été réélue dès le premier tour avec plus de 50 % des suffrages. « Elle est présente, on la voit sur le terrain », assure Françoise, retraitée. Elle-même l’a déjà croisée « trois ou quatre fois ». L’est-elle toujours autant depuis qu’elle est devenue ministre de la Culture ? Difficile à dire pour Françoise. « Mais on n’a pas vu de différence. C’est toujours très bien géré », salue-t-elle. Jean-Claude n’imagine pas d’autre maire pour le 7e arrondissement. « Quand on voit ce qui se fait ailleurs… », souffle-t-il.

Un tournant dans la vie municipale

Depuis 1982, les élections municipales se déroulaient (à Paris, Lyon et Marseille) par arrondissement, et non pas à l’échelle de la ville. Les électeurs votaient pour une liste de conseillers d’arrondissement : une partie d’entre eux devenaient conseillers de Paris, et étaient alors chargés d’élire le premier édile. Avec cette réforme, les électeurs devront désigner séparément leurs conseillers d’arrondissement, qui éliront ensuite leur maire d’arrondissement, et leurs conseillers de Paris, qui éliront, eux, le premier édile. Le véritable changement sera en réalité l’abaissement de la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête à l’issue des municipales. En clair : elle remportera non plus 50%, mais 25% des sièges au Conseil de Paris, le reste des sièges sera réparti quant à lui à la proportionnelle. Les différentes tendances politiques seront mieux représentées, mais la majorité peut s’en retrouver affaiblie.

Dans la rue Cler, les attentes pour les municipales de 2026 tiennent finalement à un équilibre délicat : préserver un cadre de vie jugé exemplaire, tout en corrigeant ses failles.

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