Chambres à 23 degrés, compléments de vitamines dans le placard, chauffage au sol et doudounes techniques : tout semble réuni pour passer l’hiver sans encombre, et pourtant, chaque année, les virus font la tournée des foyers. À l’inverse, beaucoup gardent le souvenir de grands-parents dormant dans des pièces glaciales, sans double vitrage ni pharmacie pleine, mais qui disaient rarement tomber malades.

Cette impression de “santé de fer” chez les générations d’avant ne tient pas seulement à la nostalgie. Elle reflète surtout un mode de vie où le corps restait au contact du froid, de la nature et d’une nourriture simple, même en plein mois de janvier 2026, où le sujet revient sur le devant de la scène. Derrière ce contraste, une question : et si certaines habitudes modernes faisaient, sans le vouloir, le jeu des microbes d’hiver ?

Mode de vie de nos grands-parents : un entraînement naturel pour l’immunité

Aujourd’hui, la température moyenne des logements dépasse souvent les vingt degrés, au point de pouvoir rester en t-shirt alors qu’il fait deux degrés dehors. Le passage brutal d’un salon chauffé à une rue glaciale impose au corps des variations de plus de vingt degrés, plusieurs fois par jour. Cette succession de dilatations et de contractions des vaisseaux demande énormément d’énergie à l’organisme, qui en a alors moins à consacrer à la défense immunitaire.

Le chauffage central assèche aussi l’air ambiant. Dans une atmosphère trop sèche, le mucus qui tapisse les muqueuses du nez et de la gorge s’épaissit, les cils microscopiques chargés de balayer les intrus deviennent moins efficaces et les muqueuses se fissurent. Ces micro-brèches laissent un passage plus facile aux virus. À l’époque des poêles, une simple casserole d’eau posée dessus maintenait un taux d’humidité plus favorable à la santé respiratoire, sans que cela soit vraiment conscientisé.

Chauffage, sommeil, alimentation : ce qui a vraiment changé depuis nos grands-parents

L’hiver est une saison de repos pour le vivant, mais l’être humain moderne essaie de maintenir le même rythme toute l’année grâce à l’électricité et aux écrans. La lumière bleue des téléphones, tablettes et télévisions signale au cerveau qu’il fait encore jour et freine la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil. Résultat : des nuits plus courtes, fragmentées, moins profondes, alors que c’est pendant le sommeil profond que le système immunitaire se régénère et fabrique des cytokines, ces protéines essentielles pour combattre les infections.

Autre différence majeure : la chambre à coucher. Les pièces n’étaient souvent pas chauffées, on se glissait dans des draps glacés, enfoui sous d’épaisses couvertures, en laissant juste dépasser le nez dans un air très frais. Ce contraste entre un corps bien au chaud et un air froid favorisait l’endormissement, un sommeil très réparateur et l’activation de la graisse brune, un tissu qui brûle de l’énergie pour produire de la chaleur et stimule le métabolisme. Dans l’assiette, l’absence de supermarché imposait bouillons d’os, pot-au-feu et légumes racines, complétés par des aliments fermentés comme la choucroute, les cornichons lacto-fermentés, le kéfir ou les yaourts maison. Ces probiotiques naturels nourrissaient le microbiote intestinal, où environ 70 % de notre immunité prennent racine, tandis que la cuisson longue des os libérait collagène, acides aminés et minéraux qui apaisent l’inflammation et renforcent la barrière intestinale.

Comment s’inspirer de nos grands-parents sans renoncer au confort ?

Le confort moderne a aussi réduit l’effort physique hivernal. Le système lymphatique, chargé de transporter les globules blancs, ne dispose pas de pompe propre : il circule grâce aux contractions musculaires. Passer ses journées assis dans un air peu renouvelé favorise une lymphe paresseuse et un air intérieur chargé en particules virales. À l’inverse, couper du bois, marcher, déneiger ou s’occuper des animaux en extérieur, comme le faisaient nos aïeux, associait effort modéré, oxygénation et exposition raisonnable au froid, avec un effet anti-inflammatoire. À cela s’ajoute une hygiène devenue parfois obsessionnelle, entre gels hydroalcooliques et nettoyants surpuissants, qui réduit la diversité microbienne à laquelle le système immunitaire se frotte, alors qu’il a besoin de ces stimulations régulières pour rester alerte. L’accès plus restreint aux médicaments amenait aussi à laisser la fièvre jouer son rôle, le corps apprenant à se défendre plutôt que de faire taire immédiatement chaque symptôme.

Sans copier à l’identique la rudesse d’autrefois, quelques ajustements inspirés de ce “bon sens” ancestral peuvent redonner de la marge de manœuvre à l’organisme en hiver :

  • baisser légèrement le thermostat, d’un ou deux degrés, et compenser avec des vêtements plus chauds plutôt qu’avec une pièce à 23 degrés ;
  • aérer la chambre chaque matin, même s’il gèle, et viser une température de nuit autour de 17-18°C avec une bonne couette ;
  • remettre des aliments vivants et fermentés au menu, comme la choucroute, les cornichons lacto-fermentés ou les yaourts maison, pour nourrir le microbiote intestinal ;
  • préparer régulièrement des bouillons ou plats mijotés à base d’os et de légumes racines, au lieu de miser sur des produits ultra-transformés ;
  • respecter davantage les signaux de fatigue en hiver, en acceptant de se coucher plus tôt lorsque la nuit tombe et que le corps réclame un vrai repos.

En bref

  • Alors que nos logements sont chauffés en permanence, beaucoup se souviennent de grands-parents dormant dans des chambres froides tout en affirmant tomber rarement malades l’hiver.
  • Écarts de température extrêmes, air sec, sommeil écourté par les écrans, alimentation ultra-transformée, sédentarité et hygiène excessive fragilisent aujourd’hui le microbiote, les muqueuses et les défenses naturelles.
  • En s’inspirant de leurs habitudes — pièces moins chauffées, nuits plus longues, bouillons et aliments fermentés, mouvement quotidien et asepsie modérée — il devient possible de renforcer son immunité hivernale sans renoncer au confort.