Par

Cédric Nithard

Publié le

24 janv. 2026 à 11h25

Après son meeting jeudi soir au Rockstore, Michaël Delafosse inaugure ce samedi 24 janvier  2026,à 15h, son local de campagne pour les municipales à Montpellier. Désormais directeur de campagne, Sébastien Cote a mené pendant six ans la difficile politique de sécurité en étant sous le feu des critiques des opposants, qu’ils soient sur sa gauche ou sur sa droite. Un sujet dont il défend la méthode et les actions. Moins enclin à faire le dos rond face aux attaques que son candidat, le socialiste passe à l’offensive.

Je vais commencer avec un peu d’ironie. La semaine dernière avec votre rassemblement de la gauche et des écologistes vous lanciez un appel à votre « capitaine » Michaël Delafosse, j’imagine que vous êtes soulagé qu’il y ait répondu favorablement ?

Je suis très heureux qu’il s’engage. Ce qui est important, et qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il a vraiment réfléchi avant de se représenter. Évidemment il en avait envie et, on le voit, il a encore des projets pour Montpellier dont il veut poursuivre la transformation sociale et écologique mais son premier mandat a été assez dur avec des attaques personnelles très dures sur les réseaux sociaux. On peut caricaturer bien sûr mais à l’ère de l’intelligence artificielle il y a des vidéos complètement fausses et très agressives, très humiliantes. Ce n’est pas simple. Il est père de deux jeunes garçons au collège et au lycée, qui ne sont pas des années simples, donc il avait besoin d’en discuter en famille. Évidemment, on savait qu’il avait envie mais il fallait bien mettre les choses au point. Donc je suis ravi qu’il soit candidat car il a encore beaucoup de choses à apporter à cette ville. Il a beaucoup fait. Le mandat qui vient ne sera pas aussi intense en termes de travaux et de mutations structurelles mais nous avons encore des choses à faire, des quartiers à travailler et des projets à mener à bien.

Vous inaugurez votre local de campagne (35 boulevard de l’aéroport international) ce samedi, quel est son rôle ?

C’est un lieu qui est ouvert tous les jours du lundi au vendredi de 10h à 18h et tenu par des bénévoles. Il a plusieurs fonctions. La première est d’accueillir les citoyens et les citoyennes qui passent, se renseignent, posent des questions, prennent des tracts… et qui ont parfois des doléances que l’on reçoit. La deuxième est d’être un lieu de travail et de réunion pour les équipes. Nous ne confondons pas les moyens de la collectivité et les moyens de la campagne. Donc le candidat, qu’il ne faut plus appeler le maire, se réunit avec ses équipes ou reçoit des gens au local de campagne. Évidemment, il est encore maire pour une partie de son agenda mais cela reste institutionnel. La troisième est d’être un lieu de stockage pour tout le matériel de la campagne.

Et vous, quel est votre rôle en tant que directeur de campagne ?

Il y a trois rôles. Le premier est un rôle technique et administratif que d’avoir mis en place une organisation et un organigramme de campagne avec différents pôles : financement et suivi juridique, mobilisation des militants, communication, presse, agenda… Évidemment, il faut les animer et les faire travailler ensemble. Le deuxième rôle est la gestion politique de la campagne, c’est à dire la relation avec nos partenaires. Neuf organisations de gauche sont autour de Michaël Delafosse, donc il faut les faire se rencontrer, organiser des événements ensemble, discuter politique, répondre à leurs attentes… Le dernier rôle, c’est la relation avec le candidat. Évidemment, je suis beaucoup en relation avec lui pour son agenda, les gens qu’il va rencontrer, préparer les événements…

La majorité municipale était par ailleurs en campagne depuis un moment. Il y avait ce besoin de défendre le bilan face aux attaques des candidats déjà déclarés ?

Oui, parce que ce j’ai constaté depuis six ans, c’est que l’on a beaucoup transformé cette ville, évidemment cela a beaucoup bouleversé et sans doute changé des habitudes et contrarié les Montpelliérains et Montpelliéraines. Cela a été très dimensionnant et très impactant pour les gens. Ça, on le comprend bien. Après, il y a quand même beaucoup de critiques, beaucoup de dénigrements, beaucoup d’attaques, notamment issues de notre gauche, de l’extrême gauche et notamment de La France Insoumise. Donc, je pense effectivement qu’il fallait réaffirmer, d’abord qu’on est une gauche rassemblée et écologiste. C’était vraiment le sens de ce moment de défense du bilan que de dire que l’on est fidèle à ce rassemblement de la gauche, fidèle à 2020 quand nous affirmions « La gauche qui nous rassemble ». Non seulement on est fidèle, mais on a agrandi le périmètre. Et il y a cette adverbe « fièrement », car on peut être fier d’avoir végétalisé cette ville, d’avoir sécurisé le chemin des écoliers avec des parvis devant les écoles, d’avoir réaménagé l’esplanade Charles de Gaulle, la place des Martyrs de la Résistance et la place Max Rouquette, d’avoir réalisé la ligne 5, d’avoir mis en place la gratuité… On ne met pas notre drapeau dans notre poche. On avait été élu sur des promesses, on les a tenues, et je pense que l’on peut être fier de tenir ses engagements. C’était effectivement le premier temps, car on a un bilan. Tout le monde ne pouvait pas dire ça en 2020 et d’ailleurs peut-être qu’ils n’ont pas défendu leur bilan, parce qu’ils n’en avaient pas. Nous, on en a un, donc on le défend. Maintenant, on passe évidemment à un deuxième temps. Un bilan c’est important car c’est la preuve qu’on tient ce que l’on a dit mais on n’est pas élu que sur un bilan. On est élu sur un projet et c’est pour ça qu’on est passé à la seconde phase de la campagne.

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Les Écologistes pour Montpellier ont aussi fait campagne. Les frais de celle-ci, comme celle de la majorité municipale, seront-ils intégrés au compte de campagne de Michaël Delafosse ?

Bien sûr. À partir du moment où la campagne des Écologistes pour Montpellier a démarré en septembre et où, dans un second temps, ils nous rejoignent, on va considérer que tout ce qu’ils ont fait, du point de vue de la commission de contrôle des comptes de campagne, était fait pour, in fine, apporter des suffrages au candidat Michaël Delafosse. Donc, bien évidemment, tout ce qui a été fait est intégré au compte de campagne.

Il y a la campagne sur le terrain et celle sur les réseaux sociaux. Quelles différences faites-vous entre les deux ?

Il y a à la fois une différence et pas de différence au sens où, aujourd’hui, les réseaux sociaux et le web sont un espace démocratique, un espace de débat où il faut être présent. Évidemment, le candidat a des comptes de campagne où nous invitons, nous partageons ce qu’il fait, des vidéos… On a un site internet sur lequel on diffusera le programme et c’est d’ailleurs très important. Le programme sera dévoilé à la mi février, mais de manière imprimé. Michaël Delafosse a beaucoup d’idées, donc les faire tenir dans un programme imprimé, c’est compliqué (rires). La version web sera ainsi beaucoup plus longue. Donc oui, on a besoin de cet espace numérique et des réseaux sociaux pour faire passer des messages, communiquer et avoir un retour. Après, tout le monde le sait, il y a la partie sombre des réseaux sociaux. J’avais appelé à une campagne digne lors de la présentation de notre rassemblement, car on sait ce qu’a été la campagne de 2020 avec des attaques scandaleuses. On a vécu de 2020 à 2026 avec des faux comptes sur les réseaux sociaux agressifs, mensongers et même diffamatoires à certains endroits, au point même que certaines personnes, pas le maire de Montpellier, ont porté plainte et il y a des enquêtes en cours sur un certain nombre de ces comptes. Je savais très bien pourquoi j’appelais à une campagne digne et cela n’a pas manqué. Cela continue de plus belle avec des rumeurs, de fausses vidéos… Mais je crois que le grand risque avec les réseaux sociaux est de s’auto-intoxiquer. On le sait tous, on s’abonne prioritairement à des gens qui nous ressemblent. Je vous confie une anecdote. En 2022 pour la présidentielle, j’avais le sentiment qu’Anne Hidalgo faisait une super campagne. On était mobilisé sur les réseaux sociaux et j’avais l’impression qu’il y avait une belle dynamique. Je suis allé faire des tractages sur les marchés et, là, cela a été très dur. Donc, je sais ce qu’est une campagne très dure et ce ne sont pas les réseaux sociaux qui nous le disent. Ce qui nous le dit, ce sont les tractages, le porte-à-porte, les rencontres avec les gens, les gens qui vous appellent pour vous rejoindre, d’avoir un comité de soutien, la difficulté ou pas à mobiliser pour un meeting… ça c’est la vraie campagne et c’est là la vraie différence que je fais.

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Sébastien Cote, délégué à la protection de la population et à la tranquillité publique, désormais directeur de campagne de Michaël Delafosse.
Sébastien Cote défend son bilan sur le thème de la sécurité. (©CN / Métropolitain)

Vous avez eu la charge du dossier de la sécurité durant ce mandat. C’est difficile quand on est un homme de gauche ?

Ce n’est pas difficile pour ma part. C’est le choix du maire de choisir ses délégations, donc je l’ai appris en juillet 2020. Cela a d’abord été surprenant, car ce n’était pas au départ mon domaine d’expertise, mais je crois en une chose très importante, et j’y crois bien plus globalement. Je pense, et certains vont sans doute polémiquer sur cette phrase, qu’il ne faut pas être un expert technique au départ de la délégation que l’on vous donne. Ce que je veux dire, c’est que mettre un magistrat à la justice, un policier à la sécurité, un professeur à l’éducation… il faut faire très attention, car quand vous connaissez un sujet très bien vous arrivez avec vos amitiés et inimitiés, avec vos préjugés, vos échecs antérieurs, vos certitudes et parfois cela peut vos empêcher d’avoir une vision à 360°. Je crois que la noblesse du politique est de découvrir et de bosser. J’ai beaucoup travaillé et rencontré de personnes pour comprendre les politiques publiques, les assimiler et cela m’a donné ensuite plus de liberté pour choisir, car je ne suis pas enfermé dans un aspect uniquement technicien. Il faut se former et devenir spécialiste, mais il faut conserver cette ouverture d’esprit. Sinon le risque, c’est l’enfermement technicien et technocratique et on perd ainsi le lien avec les habitants. Sur la question de la gauche, je pense que cela a toujours été un vrai problème, parce que la gauche s’est fait enfermée dans une sorte de posture où elle ne s’intéresserait pas aux questions de sécurité, alors que nous avons eu de grands ministres de l’Intérieur comme Pierre Joxe ou Jean-Pierre Chevènement. Aujourd’hui, la gauche doit absolument se saisir des questions de sécurité. Je suis frappé depuis six ans que j’ai cette délégation. Qui vient me voir ? Ce sont des habitants des quartiers populaires qui ne sont pas assurés tout risque pour leur voiture et qui ont peur qu’elle soit incendiée ou vandalisée, ce sont des personnes qui ont un point de deal en bas de chez eux. Quand on regarde les statistiques, les principales victimes de l’insécurité se sont les femmes – majoritairement avec les violences intrafamiliales et les atteintes sexistes et sexuelles – les jeunes et les familles modestes. Si on ne s’intéresse pas à ces gens-là et que l’on essaie pas de se bagarrer pour eux, sincèrement, je ne sais pas pourquoi on est de gauche. Et ce n’est pas avoir une posture. J’entends bien que l’on veut nous enfermer, Michaël Delafosse et moi, dans une posture sécuritaire, mais c’est absolument faux. Je n’ai pas de leçon à recevoir sur la prévention de la délinquance. On a été les premiers a alerter sur le protoxyde d’azote en 2021, on a été les premiers dans cette ville a créé un service de médiation à la Mosson… Aujourd’hui, on a des gens qui sont inquiets et ce sont des gens modestes. C’est à eux que l’on doit parler.

Vous évoquez Pierre Joxe et justement certains dans cette campagne y font référence en faisant une différence entre sécurité et sûreté. Pour vous c’est un vrai sujet ou c’est de la sémantique ?

C’est de la sémantique, car pour moi ce qui est important ce sont les pouvoirs de police du maire. J’invite d’ailleurs beaucoup des candidats à lire le code des collectivités territoriales, cela leur fera grand bien et leur évitera de dire des bêtises. Les pouvoirs de police du maire, c’est la sécurité publique, la tranquillité publique et la salubrité publique. C’est à ça que doit servir la police municipale. Vous avez peut-être remarqué que dans mon intitulé de délégation, je ne suis pas adjoint à la sécurité, je suis adjoint à la protection de la population. On dit souvent que je ne m’occupe que de sécurité, mais je m’occupe aussi de sécurité sanitaire, de la lutte contre le logement indigne, de sécurité environnementale avec par exemple les dépôts sauvages, de prévention de la délinquance, de sécurité civile avec la réserve communale… Le mot sécurité n’est absolument pas un gros mot. La sécurité publique fait partie des pouvoirs de police du maire, donc nous travaillons sur la sécurité. Je pense que c’est vraiment un faux débat. La tranquillité publique est toute aussi importante, car c’est le vrai travail de proximité de la police municipale, et la salubrité publique, avec les ASVP (ndlr : agents de surveillance de la voie publique), qu’il ne faut jamais oublier et sont en uniforme sur l’espace public, non armés, et qui s’occupent de verbaliser les dépôt sauvages dans la ville. Ces deux volets sont aussi absolument fondamentaux, car je crois qu’une ville où on se sent bien est une ville où on se loge bien, qui est propre et où il y a de la sécurité.

La plupart des candidats abordent la question de la sécurité avec des augmentations d’effectifs de la police municipale. Est-ce réalisable selon vous ?

Dire qu’il faut augmenter les effectifs de la police municipale, compte tenu de l’évolution démographique de la ville de Montpellier, bien sûr. Il faut être très attentif, mais je le dirai de la même manière du ratio entre service public et évolution de la population. Montpellier a une forte croissance démographique, c’est une chance pour des tas de points comme le dynamisme fiscal, l’attractivité économique, la jeunesse de la ville, son caractère cosmopolite… C’est très bien, mais c’est une exigence pour l’action publique, car il faut par exemple des écoles. Nous, nous ne fermons pas d’école contrairement à des villes dans le nord ou l’est de la France. Donc, oui, bien sûr, il faut augmenter les effectifs de la police municipale, mais pour leur faire faire quoi ? Aujourd’hui, il faut calibrer ces augmentations d’effectifs à une vraie politique. J’entends on va doubler. Mais pourquoi faire ? J’entends il faut doubler pour être présent 24h sur 24. Mais est-ce que ce qu’il se passe à 4h ou 5h du matin est un travail de police municipale ? À ces heures, c’est plutôt de la sécurité publique dure, donc je ne suis pas persuadé que ce soit un travail pour la police municipale. Alors si c’est pour dire ce genre de choses… J’ai entendu qu’il fallait des postes de police dans tous les quartiers. Mais pour leur faire faire quoi ? On ne dépose pas plainte ou de main courante à la police municipale. Si c’est pour mettre des policiers derrière un guichet qui vont attendre toute la journée et qui ne sortent pas à la rencontre des habitants dans des quartiers où rentrer dans un poste de police peut être regarder de l’extérieur, je ne suis pas persuadé que ce soit une bonne idée. Je crois plutôt à ce que l’on fait nous avec des postes mobiles que l’on déplace en fonction des demandes. On a la chance d’avoir créé trois outils. Il n’y avait aucun policiers municipaux dans les transports avant 2020, on a créé une brigade métropolitaine des transports. Avec l’arrivée de la ligne 5, nous allons devoir augmenter ses effectifs dans le mandat qui vient. Donc oui il y aura une augmentation des effectifs. La brigade du logement social, le GSRI, était une promesse de campagne et est un succès total. 90% des locataires sont satisfaits et la réclament. Un appel locataire sera d’ailleurs bientôt créé qui permettra de répondre directement. Évidemment, on va devoir augmenter les effectifs. Et il y a la police municipale bien sûr avec ses missions, qui ne sont pas des missions de police judiciaire et je ne souhaite pas une police municipale qui se substitue à la police nationale. Vous ne me verrez jamais et vous ne verrez jamais le maire de Montpellier dire qu’il faut une police municipale contre le narcotrafic. On peut essayer d’aider la police nationale dans la mesure de nos moyens, à dissuader l’installation de points de deal par exemple, mais la police municipale n’a pas de pouvoir d’enquête de police judiciaire et n’a pas de compétence en matière de lutte contre le narcotrafic. En revanche, elle a besoin d’être présente dans les quartiers, toujours visible justement pour dissuader, contrôler certains établissements, aller à la rencontre des commerçants, sécuriser le chemin des écoliers… D’ailleurs, on a oublié que lorsque l’on est arrivé en 2020, il n’y avait pas de policiers dans les transports, mais il n’y en avait pas non plus devant les écoles. Alors ce n’est pas facile, il y a 130 écoles, mais depuis 2020, par roulement, il y a des policiers municipaux devant. Et, en complément, nous avons créé des agents de protection des écoles pour aider à traverser la rue. Donc, je crois en une hausse des effectifs, mais avec un rôle précis et chacun dans ses responsabilités, surtout pas de confusion. Enfin, pas non plus de démagogie, car j’entends 400 ou encore doublement, donc cela veut dire 500, mais qu’on m’explique comment on finance ? On ne peut pas nous expliquer, comme le fait Mohed Altrad, que l’on a fait trop de dette parce que l’on a fait la ligne 5, en rappelant qu’il s’agit d’investissement, et dire que l’on va doubler le nombre de logements sociaux ce qui représente tout de même 140M€. Cela ne marche pas.

N’avez-vous pas peur d’être caricaturé quant à vos actions sur les épiceries de nuit ?

Que je sois caricaturé, c’est une évidence. Avec Michaël Delafosse, on l’a déjà été durant tout ce mandat. Évidemment, on va dire que nous n’aimons pas les épiciers de nuit, que c’est scandaleux, que c’est de l’abus de pouvoir… Le constat que je fais est qu’il y avait dans les années 2000 une trentaine d’épiceries de nuit et, aujourd’hui, il y en a environ 180. Montpellier a augmenté en nombre d’habitants, mais certainement pas en ces proportions. On a des rues, comme Eurydice à Celleneuve ou Henri-René derrière la gare, où, en l’espace de 300m, il y a trois ou quatre épiceries de nuit. Je me demande bien quel est le modèle économique de ces épiceries de nuit qui se font concurrence les unes à côté des autres. Ensuite, j’ai les plaintes des riverains qui ont explosé. C’est à dire que les épiceries de nuit sont génératrices de troubles à la sécurité publique quand vous avez des voitures en double file ou qui bloquent la chaussée. Avant que l’épicerie de nuit de Saint-Martin soit incendiée, les riverains m’écrivaient pour me dire qu’ils ne pouvaient pas rentrer chez eux et étaient obligés de négocier pour pouvoir passer. Ce n’est pas possible. Ensuite, il y a des troubles à la tranquillité publique avec des hurlements, des va-et vient, des portes qui claquent, des personnes qui inhalent du protoxyde d’azote et rigolent jusqu’à 4h du matin en bas des habitations… ce n’est pas possible. Et il y a des troubles à la salubrité publique avec du verre cassé, des canettes de bière et des capsules ou des bonbonnes de protoxyde d’azote qui jonchent le sol… ce n’est pas possible. Donc on a fait des contrôles et le nombre de verbalisations a explosé. Je constate juste que l’on a un vrai problème de sécurité publique, de tranquillité publique et de salubrité publique. J’ajoute à cela que dans la période 2024-2025, il y a eu trois morts dans des épiceries de nuit à 3h du matin. Si elle avait été fermée à 3h du matin, peut-être qu’il n’y aurait eu personne dedans au moment où ces épiceries de nuit ont été incendiées. Toutes les villes sont confrontées à ce phénomène. On a un vrai problème avec la prolifération de ce type d’enseignes et je ne dis pas que tous les épiciers de nuit sont des délinquants. Évidemment que non. Mais ce que je dis, c’est qu’on a trop de verbalisations et trop de non respect de nos propres arrêtés. On ne doit pas vendre d’alcool après 22h et ils le font quasiment tous. On ne doit pas vendre de cigarettes de contrebande. La Fédération des Buralistes de l’Hérault a mené une enquête montrant que 80% des épiceries de nuit en proposent. Ce n’est pas un petit phénomène donc, à un moment donné, il faut savoir dire stop, ça suffit, c’est trop et il faut donc réguler. Je ne le fais pas dans toute la ville, c’est dans certains quartiers, où tout ce que je viens de dire est parfaitement documenté, et c’est sur la fin de la semaine où c’est particulièrement agité. Je termine par une chose, et ce n’est pas moi qui le dit, mais c’est la commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic qui avait pointé que les épiceries de nuit, avec également certains barbers et ongleries, étaient un des moyens de blanchiment de l’argent sale. Encore une fois, quel est le modèle économique d’un commerce qui s’installe à 25m d’un commerce identique et qui est capable d’encaisser six mois de fermeture administrative et de rouvrir dans les mêmes conditions ? C’est bien que derrière, il y a autre chose. Je n’ai pas de pouvoir de police judiciaire d’enquête, donc il reviendra à la justice de les mener et le démontrer. Mais c’est juste un secret de polichinelle. On est d’ailleurs la ville où on en ferme le plus administrativement. Et, désormais, les gens ont peur, car on a des règlements de compte avec des personnes qui viennent pour intimider, mettre le feu alors qu’il y a quelqu’un à l’intérieur… Je suis dans la vie réelle. Encore en décembre, un commerçant est venu me dire que quelqu’un, encagoulé, est venu lui poser 20 000€ en liquide sur le comptoir pour racheter son bail commercial. Il ne savait pas quoi faire et avait peur. Ça c’est le monde réel.

Quand on prend en compte tout cela, diriez-vous comme certains que Montpellier est une ville dangereuse ?

Je dirais que Montpellier est une ville qui, comme toutes les grandes villes, connait de l’insécurité. Bien sûr. Maintenant, c’est la 7e ville de France et, lorsque l’on regarde les classements, elle se situe entre la 15e et la 24e place en terme d’insécurité en fonction des statistiques, qui valent ce qu’elles valent et qui peuvent fluctuer. Donc, bien sûr que Montpellier connait un phénomène d’insécurité et qu’elle n’est pas épargnée par le narcotrafic, par les violences sexuelles et sexistes, par les violences intrafamiliales, par les cambriolages… Mais je ne dirais certainement pas que c’est une ville dangereuse. C’est une ville où on travaille de manière vraiment très coordonnée et très appuyée avec la police nationale. Un bon exemple, c’est les transports en commun. La gratuité et la police métropolitaine des transports, c’est moins 35% d’incivilités constatées entre 2019 et aujourd’hui, donc on améliore les choses. La place de la Comédie aujourd’hui, ce n’est pas la place de la Comédie de 2019 où les mineurs non accompagnés patientaient sur les fameux plots bleus devant l’opéra. Ça, c’est terminé, les choses s’améliorent. Maintenant, la sécurité c’est très difficile. Tous les matins, on remet le travail sur l’ouvrage. On continue. C’est juste une question d’opiniâtreté et de ne surtout rien lâcher sur la coordination et la coopération. C’est absolument fondamental. Mais, et c’est le propre des populistes, tout sera instrumentalisé, le moindre fait-divers est déjà instrumentalisé. Ce sont des gens qui surfent sur les peurs, ils en ont besoin, mais pas pour régler les problèmes. Toute l’extrême droite a besoin des peurs ,car c’est ainsi, politiquement, qu’elle prospère. Je prends un exemple. Où les CRS sont-ils intervenus en juillet dernier, car il y avait des émeutes urbaines ? À la Devèze ou à la Mosson ? À la Devèze, à Béziers, où pourtant on a quelqu’un qui en dit beaucoup sur la sécurité, mais il ne règle pas les problèmes, les quartiers populaires ne l’intéressent pas. À Montpellier, on a des difficultés dans nos quartiers, mais aujourd’hui on peut se promener à la Mosson. Parfois vous allez rencontrer des gens un peu bizarre, mais aucun quartier n’est interdit. Ceux qui veulent faire de Montpellier un tableau apocalyptique sont des populistes et ils ne rendent absolument pas service à notre ville, car ce n’est pas l’image que l’immense majorité des Montpelliérains ont de leur ville. Évidemment, on a des problèmes, on s’y coltine, mais surtout n’instrumentalisons pas les victimes. Essayons plutôt de les rassurer en leur apportant des solutions concrètes.

Si jamais Michaël Delafosse l’emporte en mars, vous repartiriez sur cette délégation ?

Cela ne m’appartient pas (rires).

Dans cette campagne, craignez-vous un rapprochement entre LFI, Le Printemps Montpelliérain et Cause Commune ?

Si je le crains ? Non. Je pense que le vrai rassemblement de la gauche et des écologistes, c’est le rassemblement derrière Michaël Delafosse. Nous avons réussi à élargir ce rassemblement à des personnalités, comme Muriel Ressiguier et à des organisations comme La Gauche Républicaine et Socialiste qui, il y a quelques années, n’étaient pas à nos côtés. Je pense que le vrai rassemblement de la gauche et des écologistes, la gauche qui transforme la vie des gens, est ici. Je ne veux pas une gauche de protestation ou de l’incantation, mais une gauche qui fait la gratuité, qui rend du pouvoir d’achat, qui traite les problèmes de sécurité pas en se voilant la face, pas en tortillant… Jean-Louis Roumégas dit qu’il veut faire un audit sur la vidéoprotection mais qu’il ne veut pas en supprimer. C’est du louvoiement. Nathalie Oziol dit qu’on lui fait un faux procès et qu’elle ne veut pas désarmer la police municipale. C’est même pire, puisqu’ils veulent fusionner au niveau local la police nationale et la police municipale, comme c’est écrit dans le programme présidentiel de la France Insoumise. Je ne crois pas à cette gauche de l’incantation, je crois en la gauche qui transforme et les Montpelliérains ne sont pas dupes. Ils savent très bien par exemple que les écologistes sont avec Michaël Delafosse. Aucune ville, y compris des villes écologistes n’a autant fait pour les pistes cyclables et les transports publics que Montpellier. D’ailleurs, ce qui est assez drôle, c’est de regarder aujourd’hui les programmes dans d’autres villes et vous verrez que l’on inspire. On le sait car depuis quelques mois, on a un pic de fréquentation sur le site internet du programme de 2020. Pour revenir à ces candidats, s’ils veulent se rassembler, il va falloir aussi qu’ils règlent quelques sujets entre eux notamment sur la question des déchets. Il y a des gens conscients comme René Revol, vice-président à la Métropole, qui essaye de régler les problèmes et ceux comme Jean-Louis Roumégas, responsable du fiasco d’Ametyst, qui vient maintenant nous expliquer qu’il a tout compris au traitement des déchets.

Sébastien Cote, délégué à la protection de la population et à la tranquillité publique, désormais directeur de campagne de Michaël Delafosse.
Sébastien Cote, délégué à la protection de la population et à la tranquillité publique, désormais directeur de campagne de Michaël Delafosse. (©CN / Métropolitain)

Diriez-vous que c’est plus facile d’avoir une opposition de droite ?

Je ne sais pas si c’est plus facile. C’est normal qu’il y ait une opposition de droite, mais, encore une fois, je souhaiterai une droite qui soit cohérente. Je n’ai pas de problème avec le débat politique, j’ai un problème avec les postures et les tartufferies. Quand vous venez comme Mohed Altrad en disant que l’on a explosé la dette et que c’est irresponsable, mais qu’il va garder la gratuité des transports… Mais si c’est tellement nulle comme mesure et que cela coûte aussi chère, il faut revenir en arrière. Isabelle Perrein a plus de consistance sur ce sujet. Et il dit qu’il va doubler le nombre de logements sociaux soit 140M€. Ce n’est pas cohérent. J’appelle la droite à être de droite. Elle a ses thèmes. Évidemment, elle ne veut pas de pistes cyclables, elle veut remettre les voitures en centre-ville et dans le tunnel de la Comédie, elle veut rouvrir l’avenue Albert Dubout… très bien, mais qu’ils assument ces positions.

Dans tout ce que vous voyez dans cette campagne, trouvez-vous qu’un candidat est juste dans les critiques ?

D’abord, tous les candidats ne sont pas encore déclarés. Michaël Delafosse avait un projet, un cap clair qui était les engagements de 2020 et les a respectés. Il a fait des choix et il est normal qu’il y ait des accords et des désaccords. Je n’ai aucun problème avec le débat politique mais, comme je le disais, j’en appelle à la cohérence, pas au louvoiement, pas à l’entre-deux, pas à essayer de ratisser le plus large ce qui donne de l’eau tiède et personne n’y comprend rien. Aujourd’hui, je vois beaucoup de dénigrements, beaucoup d’attaques et beaucoup de gens qui disent que rien ne va, que la ville est un coupe-gorge, que la ville est sale, qu’il n’y a plus de commerces en centre-ville… beaucoup de caricatures, beaucoup de mensonges et je vois assez peu de propositions percutantes ou qui s’intéressent à la vie des gens en essayant d’être dans la recherche de la nuance et donc dans le vrai.

Pour terminer, au-delà pour vous de la victoire de Michaël Delafosse en mars prochain, l’enjeu principal n’est-il pas la participation qui en 2020 était à 34% au premier et au second tour ?

C’est un vrai sujet. Et en 2014, elle n’était que de 52% et 56%, alors que l’élection municipale n’est pas l’élection la plus concernée par l’abstention. Il est vrai qu’en 2020, le covid a mis l’élection dans une situation exceptionnelle. Je crois que les gens se mobilisent quand il y a des enjeux. Il y a eu un regain de participation aux législatives quand il y a eu la dissolution, parce qu’il y avait de vrais enjeux avec le risque du Rassemblement National, la création du Nouveau Front Populaire, la reconduction de la majorité d’Emmanuel Macron et une attente des Français. Tout ça à remobilisé. C’est pour ça que Michaël Delafosse fait une campagne sur les idées, sur les choix, sur le cap. Il propose que le tramway sorte de la métropole. À chacun de se positionner pour ou contre, mais dites le. C’est ce genre de chose que l’on va faire pour remettre du débat d’idées et poser des enjeux. Je crois que ce qui désespère les gens, c’est pour ça que je crains qu’au niveau national je ne sois pas sûr qu’il y ait beaucoup de participation aux prochaines élections, c’est le spectacle permanent de l’Assemblée Nationale, les tirailleries, les insultes… que l’on a d’ailleurs au niveau local à Montpellier. On en a parlé avec les caricatures agressives, les insultes et la démagogie qui dégoutent les gens. Ce n’est pas comme ça que vous les faites participer. En tout cas, nous ce n’est pas comme ça que nous faisons. Michaël Delafosse dit souvent qu’il essaie de s’adresser à l’intelligence des gens et quand on s’adresse à l’intelligence des gens, elle répond. Je pense qu’il a raison, car c’est comme ça que l’on arrivera à réenchanter la démocratie. Projets contre projets. Encore une fois, je n’ai aucun problème avec le débat. On peut être en désaccord avec nous, considérer qu’il y a trop de vélos, que les transports gratuits ce n’est pas bien, que 100% de bio et local dans les cantines cela va trop vite… on peut dire des choses comme ça en étant cohérent, c’est la politique. Et si on avait un vrai débat sur le fond et pas des invectives, des rumeurs, de vieilles histoires mensongères… peut-être que cela ne dégouterait pas les gens de la politique. Donc, oui il y a un vrai enjeu de la participation, mais on répondra à cet enjeu par la mobilisation sur un projet, des idées et un cap très clair pour notre ville. C’est ce que Michaël Delafosse essaie, essaiera et va porter dans cette campagne.

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