PORTRAIT – Ses vidéos rencontrent un franc succès sur Instagram. La créatrice de bijoux aux airs bourgeois publie un livre dédié au savoir-vivre.

Hélène Les Précieuses. Le nom de son compte Instagram, qui tutoie les 90.000 abonnés, n’a pas été choisi par hasard. D’abord parce qu’Hélène Meillard, créatrice de la marque de bijoux Les Précieuses, aime «ce qui est précieux et ce qui brille». Mais aussi comme un clin d’œil à son cher «grand siècle», le XVIIe, celui où les précieuses tenaient salon.

Cette époque, héritée de l’amour courtois médiéval, est l’une de ses sources d’inspiration. Elle l’évoque dans son ouvrage Brillez ! – Par votre savoir-vivre*, publié ce jeudi 22 janvier aux éditions Robert Laffont. «Elle prouve qu’il est encore possible, au XXIe siècle, de conjuguer élégance, authenticité, distinction et bienveillance», écrit l’incontournable Stéphane Bern, qui a préfacé son livre dédié aux bonnes manières à connaître… sans pour autant devenir snob.


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Autodidacte

«J’ai consulté des livres de savoir-vivre et c’est souvent des copier-coller. Tout le monde se copie avec beaucoup de choses désuètes ou obsolètes», explique l’auteur (Hélène Meillard de son vrai nom) à propos de son travail. «Je ne me dis pas pleinement compétente dans le domaine. Il y a toujours des choses à apprendre, mais je pense qu’il y a des choses que je sais et que j’ai envie de dire avec mon filtre à moi», confie la quinquagénaire élégante jusqu’au bout des ongles.

Boucles d’oreilles perle, veste en tweed assortie à un pantalon de tailleur… C’est une femme aussi distinguée que sur les réseaux que nous rencontrons à Nantes, où elle habite depuis 2002. Avant de se lancer dans l’écriture, l’influenceuse s’est fait connaître grâce à ses vidéos à l’humour décalé. Dans une capsule de quelques secondes vue plus d’un million de fois, la voici par exemple chapeautée, s’exclamant d’un ton versaillais un brin caricatural : «D’aucuns vont penser que je vais encore à un mariage, mais il n’en est rien, je vais seulement faire des courses pour le dîner de ce soir». Une manière pour elle de sensibiliser ici à l’élégance vestimentaire. Dans un autre extrait, elle conte l’histoire des poires, tout en découpant délicatement son fruit avec des couverts. Une façon de transmettre des codes de manière indirecte.

Ambassadrice de l’élégance

Avec ce contenu, Hélène Meillard est devenue une vraie ambassadrice de l’élégance. Rien ne prédestinait cette titulaire d’une formation en histoire de l’art et en commerce à endosser un tel rôle. Tout commence vers 2019. Après s’être occupée de ses trois enfants pendant dix ans, celle qui laisse planer le mystère autour de son âge se lance dans la confection de lanières de montre interchangeables, puis de manchettes, bagues et autres accessoires de coquetterie. L’autodidacte les vend notamment sur le très convoité marché de Dinard. Les acheteurs sont au rendez-vous.

Son sourire et les tenues de cocktail qu’elle arbore lors de la vente l’aident à se faire remarquer. Le succès s’accélère avec Instagram, réseau qu’elle utilise pour faire sa publicité. Lassée des photos, elle se lance dans de courtes vidéos. Sur ce canal qu’elle apprivoise, elle confie des choses plus personnelles : un château qu’elle a visité, un livre qu’elle a apprécié… En somme, l’idée «est de parler un peu de tout ce qui [lui] passe par la tête».

Ces codes ne sont pas d’un autre temps

Hélène Meillard

Avec de l’autodérision, elle bâtit au fil du temps un personnage à part entière. Quand on lui demande de le décrire, elle hésite. «C’est étonnant parce que ça a un côté un peu bourgeois, classique, certes, mais qui touche tout le monde», énonce-t-elle, en référence à son audience hétérogène. «Je ne suis jamais aussi fofolle dans la vraie vie !», tempère celle qui a été éduquée aux bonnes manières. Elle cultive le goût du beau dès son plus jeune âge. Elle se souvient du temps où sa grand-mère la sensibilisait aux beaux tissus. Ce goût pour les belles choses, entretenu durant ses premières années professionnelles dans le milieu de la finance, reste le fil rouge de sa vie. «Quand on est dans la finance, on s’habille, on est reçu dans des beaux endroits. On reste un peu dans ce bien vivre.»


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Dans un monde où la bienséance tend à se volatiliser, Hélène Meillard rappelle l’utilité des règles de savoir-vivre. Qu’il s’agisse de mettre un téléphone en silencieux dans les transports, de dresser une belle table ou de remercier ses hôtes après un dîner, «ces codes ne sont pas d’un autre temps, ils nous permettent simplement de mieux vivre ensemble en donnant le meilleur de nous-mêmes». «On est quand même dans un monde de plus en plus déconstruit où la vulgarité prend souvent le pas», regrette l’entrepreneuse, qui ne désespère pas. Évoquant un «retour de balancier», elle croit dur comme fer à la renaissance de l’élégance.

* Brillez ! – Par votre savoir-vivre, Hélène Meillard, Robert Laffont, 224 p., 19,90 €.