Le Français a été remis en liberté vendredi, après 14 jours de détention provisoire en Suisse. Une décision qui a provoqué colère et incompréhension parmi les familles de victimes.

Il n’aura passé que deux semaines en prison. Jacques Moretti, le gérant du bar Le Constellation de Crans-Montana (Suisse), où quarante personnes sont mortes et 116 autres ont été blessées dans un incendie lors du réveillon du Nouvel An, a été libéré sous caution, vendredi 23 janvier.

La décision, prise par le Tribunal des mesures de contrainte (TMC) du canton de Valais, a suscité la colère des familles de victimes. Les autorités suisses assurent pourtant qu’il n’a bénéficié d’aucun traitement de faveur. En l’absence de risques de fuite ou de collusion, le « principe cardinal en procédure pénale suisse est que le prévenu reste en liberté jusqu’à son jugement », a déclaré le tribunal dans un communiqué. « La détention provisoire subie jusqu’à ce jour par le prévenu n’avait pas pour but de déjà le punir », a-t-il ajouté.

Visé par une instruction pénale pour « homicide, lésions corporelles et incendie par négligence », Jacques Moretti avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, à l’issue d’une audition par le ministère public valaisan. La justice réclamait alors qu’il reste incarcéré pour une période initiale de trois mois, justifiant ce choix par un possible risque de fuite. Son épouse, Jessica Moretti, copropriétaire du Constellation, avait pour sa part été laissée libre, la justice valaisanne estimant que les conditions légales n’étaient pas réunies pour justifier son incarcération.

La décision d’envoyer le gérant en prison a été validée trois jours plus tard par le TMC du canton du Valais, mais les magistrats avaient, dans le même temps, ouvert la possibilité pour le Français d’être libéré, « moyennant diverses mesures demandées subsidiairement ». Selon son avocat, Patrick Michaud, à franceinfo, ces mesures étaient de plusieurs ordres : d’abord, et avant tout, le versement d’un montant de sûreté d’une valeur de 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros), mais aussi le port d’un bracelet électronique, la remise de ses papiers d’identité ou encore l’obligation de pointer régulièrement dans un commissariat.

La libération de Jacques Moretti s’est faite en deux temps. Lundi, un proche du couple s’est porté garant et a remis à la justice la somme exigée pour une éventuelle libération sous caution du Corse. Le tribunal s’est ensuite chargé de vérifier l’identité et le profil du donateur, ainsi que d’examiner la provenance de ses fonds.

Vendredi, la libération de Jacques Moretti a finalement été octroyée, « après nouvelle appréciation du risque de fuite et après examen de l’origine des fonds et de la nature des relations entretenues entre le prévenu et la personne ayant versé ce montant, qui est un de ses amis proches », précise le communiqué du TMC. Sous contrôle judiciaire, le Corse a l’interdiction de quitter le territoire helvétique, a dû remettre ses papiers d’identité aux autorités, et doit pointer quotidiennement auprès d’un poste de police. Contrairement à ce qu’attendait son avocat, le port du bracelet électronique ne lui a finalement pas été imposé.

La décision a immédiatement provoqué colère et incompréhension parmi les familles de victimes et leurs avocats. « Sur le plan de l’enquête, mes clients relèvent qu’une nouvelle fois il n’est émis aucune considération sur le risque de collusion et de disparition des preuves, risque qui les inquiète fortement et compromet l’intégrité de l’instruction », a communiqué auprès de franceinfo Romain Jordan, avocat de plusieurs familles de victimes. « Un scandale et une honte à l’égard des victimes et de leurs familles », a réagi auprès de l’AFP Jean-Luc Addor, qui représente les proches d’un autre adolescent décédé.

« Nous voulons une transparence, mais correcte, juste, et ce n’est pas en libérant M. Moretti, avec le risque de fuite et de collusion qu’il y a, qu’on est juste à ce niveau-là », a également réagi Laetitia Brodard-Sitre, dont le fils Arthur a été tué dans l’incendie, sur BFMTV.

« C’est une décision inattendue et particulièrement sidérante pour mon client et les familles de victimes », a déclaré de son côté à l’AFP Christophe De Galembert, défenseur du père d’un autre adolescent tué. « Des soupçons très graves pèsent sur Jacques Moretti », a-t-il ajouté, évoquant un « risque de fuite en France, et particulièrement en Corse, où le prévenu a pourtant des attaches connues ». Il s’est lui aussi interrogé sur le « risque de collusion, que ce soit avec tiers ou même entre les époux Moretti eux-mêmes ».

L’indignation a même gagné l’Italie, dont sont originaires six des morts et une dizaine de blessés. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, et son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, ont rappelé l’ambassadeur du pays en Suisse, et lui ont demandé « de prendre immédiatement contact avec la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, afin de lui faire part de [leur] vive indignation », selon un communiqué.

Dans ce document, ils pointent du doigt « la gravité extrême du crime » dont est soupçonné Jacques Moretti, ainsi que « le risque persistant de fuite et le risque évident de nouvelle altération des preuves ». « Cette décision représente une grave offense et une nouvelle blessure infligée aux familles des victimes de la tragédie de Crans-Montana et à ceux qui sont encore hospitalisés », poursuit ce communiqué.

De leur côté, les défenseurs du couple Moretti ont expliqué, dans un bref communiqué, que leurs clients « prennent toute la mesure de la décision rendue et des obligations qu’elle impose » et continueront de « répondre à toutes les demandes des autorités ». « Leurs pensées constantes demeurent à l’endroit des victimes de cette tragédie », poursuivent les avocats.

Les époux Moretti ont été longuement entendus mardi et mercredi par la justice valaisanne sur le fond du dossier. Lors de ces auditions de plus de dix heures chacune, la trentaine d’avocats présents, représentant les victimes et leurs proches, n’ont pas pu poser toutes leurs questions, mais ils « seront en mesure de le faire lors d’audiences ultérieures », a assuré vendredi le ministère public du Valais, sans préciser quand celles-ci auraient lieu. Selon l’AFP, 70 des 116 blessés dans l’incendie restent hospitalisés, dont 26 en Suisse et 44 à l’étranger, en Allemagne, Belgique, France et Italie.