Des milliers de personnes ont manifesté ce samedi à Paris pour défendre le peuple kurde de Syrie et appeler la France à renforcer son soutien dans le nord-est syrien. 

« La situation des Kurdes est particulièrement préoccupante par les risques immédiats de massacres de civils, d’épuration politique et ethnique et destruction méthodique des acquis sociaux et démocratiques construits au Rojava », a déclaré la présidente de l’association France-Kurdistan Roseline Beriwan Kisa, ce samedi à Paris, devant de nombreux manifestants venus apporter leur soutien aux Kurdes. Selon la préfecture de police de Paris, 7 500 personnes ont pris part à la manifestation. La figure de la lutte pour la défense des Kurdes a dénoncé la passivité de la communauté internationale « autorisant de facto le massacre des Kurdes ».

Partis de la place de la République, les manifestants ont rejoint en milieu d’après-midi la place de la Bastille, scandant notamment « Les Kurdes vaincront » ou encore « Kobané ne tombera pas ». De nombreuses pancartes portaient également l’inscription « Defend Rojava » (« Défendre le Rojava » en français), du nom de ce territoire semi-autonome kurde théâtre de l’offensive de l’armée syrienne soutenue par le gouvernement turc.

Damas à l’offensive

Cette nouvelle manifestation intervient au moment où la communauté kurde en Syrie, qui dispose de sa propre administration, est engagée dans des tensions avec le pouvoir de Damas, déterminé à étendre son autorité sur l’ensemble du pays morcelé par la guerre. Ce samedi soir, le pouvoir de Damas a fait savoir que le cessez-le-feu avec les forces kurdes était prolongé de 15 jours. 

Dans le cortège qui a défilé dans le calme, Demet Sahin, 28 ans, dit se sentir « tétanisée pour l’avenir des Kurdes » dans la zone. « Aujourd’hui, il y a un consensus sur le fait de les aider, mais en réalité, il n’y a rien », dénonce cette avocate, dont la famille est originaire du Kurdistan turc.

« Sentiment d’impuissance »

La France a pourtant martelé jeudi qu’elle n’abandonnait pas les Kurdes, qui ont joué un rôle clé pour combattre Daech. Des déclarations qui peinent toutefois à convaincre les manifestants. « On a un sentiment d’impuissance face au silence général, face (au sentiment de) trahison que l’on ressent aujourd’hui profondément », déplore Laurine, 20 ans, une autre manifestante franco-kurde qui n’a pas souhaité donner son nom de famille. « On veut juste de la justice, notre liberté et nos droits légitimes en tant que peuple », dit encore la jeune femme, le visage entouré d’un drapeau jaune-rouge-vert aux couleurs du Rojava.

Mahir, qui a souhaité garder l’anonymat, demande lui aussi davantage de soutien de la France: « On ne comprend pas pourquoi aujourd’hui Emmanuel Macron prend la défense des jihadistes. Ce sont des intérêts géopolitiques, on suppose, mais c’est une haute trahison pour nous ».

Plus tôt cette semaine, 24 personnes ont été interpellées en France et 21 policiers blessés après des incidents en marge de rassemblements similaires. A Marseille, les autorités ont interdit une nouvelle manifestation prévue samedi, après plusieurs mobilisations similaires émaillées selon elles de « troubles à l’ordre public ». La communauté kurde de France compte entre 320 000 et 400 000 personnes, la deuxième d’Europe après l’Allemagne, selon une estimation de l’Institut kurde de Paris, la plus ancienne institution kurde d’Europe.