Selon un sondage, plus d’un Français sur deux pense que la filière est réservée à une élite. Ce qui explique en partie le manque de bras dans le patrimoine et dans le luxe.
Des métiers « formidables » et constitutifs du patrimoine français, mais dont la pratique serait réservée à une élite. L’étude sur les métiers d’art, réalisé par Ipsos BVA pour l’Institut des savoirs faire français, donne une photographie claire d’un décalage que toute la filière perçoit au quotidien. Et qui explique, en partie, ses problèmes de recrutement.
Selon le sondage, présenté lors de la 3e édition des Rencontres économiques des Métiers d’art, jeudi 22 janvier à Paris, ces 281 métiers de production, de création ou de restauration de patrimoine, sont associés à des valeurs fortes
comme l’exigence ou l’authenticité. On les lie au patrimoine et au luxe, et ils sont perçus comme prestigieux, surtout chez les 50 ans et plus.
Mais en dehors de quelques fonctions bien en vue, comme les souffleurs de verre, les tailleurs de pierre ou les ébénistes, ils sont relativement méconnus. Métiers d’art ? D’artisanat ? Artistiques ? Les concours sont flous, dans un secteur tiré par les grandes maisons de luxe, mais largement tenu par des artisans à leur compte.
Plus de la moitié des sondés pensent par ailleurs qu’il faut un niveau d’études élevé pour les exercer. 53 % considèrent même qu’ils sont réservés à une élite. Une filière pour génies ? Bien que la communication des maisons tourne toujours autour de l’excellence et des grands noms du luxe, tous les intervenants des rencontres s’inscrivaient en faux contre cette idée de chasse gardée. Ce qui compte pour réussir, jugeait ainsi Jacques Cavallier, maître parfumeur chez Louis Vuitton, « c’est le travail et rien d’autre ». Marion Bardet, directrice des métiers d’excellence LVMH, estimait simplement que ces métiers « s’apprenaient ».
Rejet du travail manuel
Encore faudrait-il qu’un jeune ait l’idée de rejoindre le train des formations. Or, selon l’étude, elles sont, elles aussi, mal identifiées. Il existe pourtant une série de diplômes menant aux métiers d’art, majoritairement de niveau pré-bac et bac (CAP, brevets, bac pro…). Présentes sur tout le territoire (où sont implantées 80% des entreprises), avec des pôles spécialisés forts comme Limoges pour la porcelaine, Lyon pour la soie, ou le Doubs pour l’horlogerie, elles ne semblent pas faire le plein.
Une étude, conduite par le Comité Colbert et l’ISFF, et publiée en 2024, montrait d’autres freins, parmi lesquels le rejet par les parents ou l’Éducation nationale, du travail manuel, considéré comme moins glorieux qu’un emploi de bureau.
Toutes les entreprises rivalisent aujourd’hui de communication, de journées portes ouvertes et de rencontres entre les jeunes collégiens et les professionnels pour faire sauter les verrous. « Il faut absolument ouvrir nos portes aux stagiaires », glissait Hamdi Chatti, président de Christofle « souvent, on a de belles surprises ».
Il y a une forme d’urgence. Une génération entière d’artisans va partir en retraite et si l’on veut parvenir à restaurer le patrimoine français, ou à conquérir des marchés étrangers, il faudra bien trouver une relève.
Méthodologie
Enquête quantitative menée en ligne du 6 au 17 novembre 2025, auprès de 5 000 Français de 14 ans et plus, échantillon représentatif de la population (sexe, âge, activité, catégorie d’agglomération, département).Enquête qualitative menée du 23 juin au 1er août 2025 (communauté en ligne 14–18 ans; groupes parents CSP+ et CSP-, jeunes 20–25 ans CSP+ et CSP-; entretiens individuels auprès de prescripteurs d’orientation et de professionnels des métiers d’art en formation ou en reconversion).