Par

Juliette Cardinale

Publié le

24 janv. 2026 à 17h32

Renommé à l’international, le vignoble bordelais fait face à une profonde crise de surproduction et d’une baisse mondiale de la consommation. En trois ans, 20 000 hectares de vignes ont été arrachés dans le Bordelais. Les résultats de l’étude commandée par les communautés de commune de Libourne et de Castillon-Pujols sont une preuve supplémentaire : la diversification des cultures est une des réponses pour surmonter cette crise. Mais de nombreux châteaux n’ont pas attendu 2026 pour trouver de nouvelles cordes à leurs arcs. Si certains ont anticipé les cultures soulignées par les dernières études comme le chanvre ou l’olive, d’autres ont fait des choix plus atypiques. 

S’adapter aux consommations

Adaptant leur savoir-faire millénaire, certains châteaux ont tourné leur attention vers les différences de consommation. Depuis 2021, Coralie de Bouärd commercialise sa cuvée du « Prince Oscar », un vin désalcoolisé élaboré à partir des vignes de son domaine de Montagne. Vendu partout dans le monde, le Prince Oscar était à l’origine une commande unique de pour les propriétaires qataris du Paris-Saint-Germain.

« J’ai fait 35 000 bouteilles pour le PSG et je pensais que ce serait tout. Ensuite, la médiatisation m’a fait prendre conscience qu’il y avait une demande, qu’il y avait quelque chose qui se préparait », expliquait-elle en 2024 à actu Bordeaux. Trois ans après cette première commande, sur les 220 000 bouteilles produites au château, 50 000 étaient du Prince Oscar. Un pourcentage considérable qui permettait de résister aux difficultés.

En octobre 2025, le château Guibeau a dévoilé La Folie rouge, un « cocktail pétillant, fruité et rafraîchissant » élaboré à partir de vin rouge.

Au château Lafleur Morange, un vin à la vanille est parti d’une discussion entre amis et s’est vendu en quelques semaines lors de sa première cuvée en 2024. L’or noir de Polynésie a fait un carton et permis aux propriétaires d’aller en contre-courant et… replanter des vignes, expliquait Mathilde Julien à actu Bordeaux en décembre 2024. 

D’autres cultures que la vigne

Mais certains viticulteurs sont allés chercher d’autres cultures que la vigne. À Fours, près de Blaye, les gérants du Château l’Haur du Chay ont aussi choisi l’or noir, mais celui du Périgord, pour « diversifier leur production » après avoir déjà transformé des logements d’ouvriers agricoles en gîte pour accueillir des touristes. En novembre 2024, ils ont planté 250 pieds de chênes truffiers

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Ils ont pour cela arraché hectare de vignes de leur propriété qui en compte 13. Un projet qui a demandé un investissement d’environ 3 000 euros, expliquaient-ils à actu Bordeaux il y a un an. Les premières truffes sont attendues au bout de cinq ans, et la production maximale devrait être atteinte après « 8 ou 10 ans ». Un « complément de revenu » espéré pour Sandrine Haure et Mickaël Drots qui dépendra de la « fructification » imprévisible des arbres plantés. 

À une cinquantaine de kilomètres de là, une collaboration inattendue rencontre déjà un très beau succès. Au château Coutet, c’est de la sauce soja que l’on produit depuis 2022, résultat d’une heureuse rencontre avec le maître japonais Toshiro Shinko.

Pas question d’arracher sur la propriété de Saint-Émilion. Adrien David Beaulieu et Madina Querre ont préféré racheter un domaine viticole de 4 hectares de vignes à Sainte-Terre, un peu à l’abandon. Ils y ont planté du blé et du soja après avoir arraché un hectare de vignes.

Adrien David Beaulieu et sa compagne Madina Querre se sont lancés dans la production de sauce soja au sein de leur domaine viticole en Gironde.
Adrien David Beaulieu et sa compagne Madina Querre se sont lancés dans la production de sauce soja au sein de leur domaine viticole en Gironde. (©archives actu Bordeaux / Nicolas Gosselin)

La production « a beaucoup de ressemblances avec le vin », expliquait Adrien David Beaulieu à actu Bordeaux l’an dernier, facilitant l’adaptation. Le résultat est un succès au Japon et en France – les ruptures de stock faisant foi. « Sur notre propriété à Saint-Émilion, on vend autant de sauce soja que de vin. Beaucoup de gens ne viennent que pour la sauce. Quand on voit la crise viticole, tant qu’à faire, ça donne des idées… », soulignait Adrien David Beaulieu qui ne compte pas pour autant délaisser le vin. 

Les agriculteurs girondins ne cessent ainsi d’innover, tout en restant profondément attachés à la viticulture.  En octobre dernier, le château Troplong Mondot dévoilait trois tablettes de chocolat élevé en barrique de vin. Un millésime de 250 tablettes, élaboré après plusieurs années de recherches par le directeur technique du domaine Rémy Monribot et Adrien Salavert, le chef pâtissier du restaurant étoilé Les Belles Perdrix.

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