Ce moment groenlandais restera-t-il comme le point de départ d’une franche révolte européenne face à l’Amérique de Donald Trump ou comme un simple sursaut, vite englouti par le tumulte mondial ? La semaine écoulée a en tout cas marqué une rupture.
Rarement les Européens auront opposé une résistance aussi rapide, aussi coordonnée, aux oukases et aux coups de menton du président américain. Une résistance qui a payé, quoi qu’en disent les esprits chagrins. En affichant une opposition ferme et collective, les Vingt-Sept ont contraint – au moins provisoirement – l’impétueux occupant de la Maison-Blanche à reculer, tant sur ses velléités d’annexion du Groenland que sur l’instauration de nouveaux droits de douane punitifs. Comme l’a dit Lucie Aubrac, « le verbe “résister” doit toujours se conjuguer au présent ».
Rien n’est pourtant réglé. Donald Trump poursuit son entreprise de contournement de l’ordre multilatéral avec son nébuleux « conseil de la paix », sorte de club privé où l’on achète son siège à coups de milliards. La composition de ce Board of Peace dit tout : monarchies complaisantes, régimes autoritaires, alliés intéressés. Une structure pensée pour affaiblir, voire remplacer, le G7, le G20 et l’ONU. À défaut de paix, c’est bien la loi du plus fort qui s’y dessine. « La tyrannie maintenant » pourrait en être la devise officieuse.
Face à cela, à Davos, Emmanuel Macron est monté en première ligne. Il y a prononcé sans doute son discours de politique étrangère le plus abouti depuis le début de son second mandat. En opposant « l’État de droit à la brutalité », il a rappelé ce qui fonde encore de véritables relations internationales. Peu importe, au fond, les sarcasmes de cour de récréation sur ses lunettes de soleil.
Ce qu’il faut retenir, c’est la capacité retrouvée des Européens – avec le Canada – à faire bloc autour de valeurs simples : respect, liberté, dignité. Cette Europe-là, défendue notamment par Londres et Copenhague, parle à ses citoyens parce qu’elle ne sacrifie pas l’humain sur l’autel des seuls intérêts commerciaux. Elle s’incarne aussi dans la coalition des volontaires, prête à soutenir l’Ukraine face au prédateur russe.
Que le président français ait sonné le tocsin contre l’hégémonisme trumpien flatte une fibre nationale bien connue : celle de David face à Goliath, du pot de terre contre le pot de fer. Fait rare, Jean-Luc Mélenchon n’a rien trouvé à redire à ce discours de fermeté. Jordan Bardella lui-même, eurosceptique revendiqué et admirateur des méthodes expéditives de Trump, a appelé à l’aide… l’Europe.
La semaine fut donc paradoxale pour Emmanuel Macron. Président affaibli sur la scène intérieure, contraint à un budget à coloration socialiste, il s’est mué à l’international en héros des démocraties européennes. Panache, honneur, liberté. Peut-être, au fond, l’illustration de cette intuition de Milan Kundera : « Après avoir été longtemps le cerveau de l’Europe, Paris est encore aujourd’hui la capitale de quelque chose de plus que la France. »