C’est une plongée dans les surprises de l’Art moderne et de l’Art contemporain. Le titre Dessins sans limite signifie que le dessin souvent s’émancipe du papier traditionnel pour créer un décor immersif (Le Bar de Gilbert & George) ou devenir la trace d’une performance (Men in the Cities de Robert Longo).
Stéphane Mandelbaum : Dr Goebbels (1980) ©photo:D.R.
Dans ce très vaste ensemble si varié, qui permet de revoir autrement plus d’un siècle d’art, voilà quelques dessins marquants.
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D’abord la bonne surprise d’y retrouver le Dr Goebbels (1980) du Belge Stéphane Mandelbaum (1961-1986), un grand portrait du Nazi avec une sorte de nuage nauséabond sortant de sa bouche hurlante.
Balthus: illustration des Hauts de Hurlevent (1933-35) ©Photo : D.R.
On se réjouit de retrouver Balthus avec une série à l’encre de Chine illustrant les Hauts de Hurlevent, à côté d’un tableau de Balthus sur le même thème.
Si parfois le dessin prépare une peinture, il a souvent sa vie propre comme dans la magnifique série Mixed Blood de Marlène Dumas, suite de portraits à l’encre.
Picasso : Femme à la tête rouge (détail) 1907-1907 ©Photo : D.R.
Un film montre Kentridge réalisant des dessins au fusain. On retrouve, de Picasso, sa belle Femme à la tête rouge.
On peut passer d’un dessin de Derain ou ceux – très drôles — de Dubuffet croquant les passagers d’une rame de métro, aux grands dessins presque vides de Roni Horn, Aurélie Nemours ou François Morellet. Sauter de dessins de Kandinsky et Delaunay à l’étonnant autoportrait que Louise Bourgeois dessina en 1942. Ou passer de Cocteau et Modigliani à Miriam Cahn.
Louise Bourgeois : Autoportrait (1942) ©Photo : D.R.
La leçon de cette riche expo qui parcourt plus de cent ans d’histoires est que le dessin est le terrain d’expérimentations par excellence de pratiques innovantes qui ont fait bouger l’art.
Les futurs vitraux de Notre-Dame dévoilés dans une expositionMickalene Thomas
La seconde exposition est radicalement différente. L’exposition Mickalene Thomas All About Love, montre une tout autre Amérique que celle de Trump. L’expo est passée déjà au musée Broad à Los Angeles, à la Fondation Barnes à Philadelphie et à la Hayward Gallery à Londres qui en réalise le commissariat. La voilà au Grand Palais à Paris. Mickalene Thomas est née en 1971 dans le New Jersey. Ses œuvres mettent en avant la femme noire, belle, queer, ses luttes contre les oppressions conservatrices et politiques comme son intimité domestique ou amoureuse. Avec de très grands montages mêlant peintures, morceaux de photographie, collage, strass qui donne le côté glamour à celles qu’elle appelle ses muses.
Mickalene Thomas : Déjeuner sur l’herbe; Three black women (2010) ©photo : D.R.
Des œuvres très colorées, très Pop Art, parfois proches des œuvres d’une Evelyne Axel mais avec une femme noire et ses combats émancipateurs.
Sortie d’une bourse d’étude à l’université de Yale, Mickalene Thomas soutient aussi les artistes émergents. Pour ses engagements, elle était pour 2025 dans la liste des cent personnalités les plus influentes choisies par le magazine Time.
On voit à l’exposition comment Mickalene Thomas réinterprète des monuments de la peinture comme le Déjeuner sur l’herbe de Manet, Matisse ou la Grande odalisque d’Ingres, mais chaque fois avec des femmes noires. Que ce soient des portraits, des scènes de groupe, ou des paysages ou des reprises de magazines, le sujet est alors découpé, éclaté en fragments figuratifs ou abstraits et assemblés à nouveau avec un art consommé du collage. Artiste totale, elle a aussi reproduit dans les salles du Grand Palais les salons très colorés, pop, kitsch, de sa grand-mère et de sa mère, salons dans lesquels elle a placé ses modèles. Elle veut que son exposition soit comme une exploration de l’art d’aimer.
Mickalene Thomas: Afro Goddess Looking Forward (2015) (détail) ©Photo: D.R.
On y entend aussi les chanteuses de gospel et un film noir et blanc où elle se scrute elle-même. « Mon art s’enracine, dit-elle, principalement dans la découverte de soi, la célébration, la joie, la sensualité et dans un besoin de voir des images positives des femmes noires dans le monde. »
Le Grand Palais veut devenir « The Palace to be »
Dessins sans limite (jusqu’au 15 mars) et Mickalene Thomas (jusqu’au 5 avril), au Grand Palais.