Ils ont signé une charte « Autisme friendly ». Sur certains créneaux horaires définis, 44 commerces des Deux-Sèvres s’organisent pour accueillir dans les meilleures conditions possibles les personnes atteintes de troubles autistiques. Une initiative lancée par la ville de Niort et l’association GEM TSA.

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Depuis le 19 janvier 2026, chaque vendredi matin, le silence domine dans le magasin de Magalie Borlet, à Niort, dans les Deux-Sèvres. Pendant deux heures, son commerce s’adapte pour accueillir des personnes atteintes de troubles autistiques. « Nous sommes signataires d’une charte « Autisme friendly ». On accueille ces personnes dans des conditions les plus confortables pour elles. C’est-à-dire avec un minimum de lumière, une ambiance sonore la plus calme et la plus paisible possible », explique la commerçante.

Une quarantaine de commerces de la ville de Niort a signé la charte "Autisme friendly", permettant d'organiser des moments plus favorables pour l'accueil de personnes atteintes de troubles autistiques.

Une quarantaine de commerces de la ville de Niort a signé la charte « Autisme friendly », permettant d’organiser des moments plus favorables pour l’accueil de personnes atteintes de troubles autistiques.

© Cyril Paquier – France Télévisions

Comme elle, ce sont plus de 40 commerces de la ville de Niort qui ont adhéré à l’opération. À l’initiative de l’association GEM TSA et de la mairie de Niort, librairies, magasins de vêtements ou encore restaurants s’adaptent pour accueillir les personnes autistes sur une plage horaire bien définie. Car pour elles, fréquenter les commerces peut être une véritable épreuve. « Le problème, ce sont les foules, le monde, le bruit, les odeurs, les lumières fortes. Donc moi, par exemple, je ne viens plus au centre-ville depuis plus de 30 ans », témoigne Alain Pecquerie, atteint de trouble autistique et président de l’association GEM TSA de Niort.

Tout commence en 2020. Désireuse de rendre les commerces plus inclusifs pour les personnes atteintes de trouble autistiques, l’association GEM TSA à commencer à en démarcher. « Cela a commencé avec un supermarché qui nous a organisé un temps calme, une après-midi par semaine, en baissant les lumières, la musique, les bruits des caisses, raconte le président de l’association, Alain Pecquerie. J’ai sondé tous les clients, autistes ou non, et tout le monde a dit : « Oh, qu’est-ce que c’est agréable ! » Puis la municipalité nous a rejoint et on a déployé cela sur une quarantaine de commerces de Niort. »

Un site internet et une application mobile recensent les commerces signataires de la charte "Autisme friendly" à Niort.

Un site internet et une application mobile recensent les commerces signataires de la charte « Autisme friendly » à Niort.

© Cyril Paquier – France Télévisions

À ce moment-là, Lydia Zanatta, conseillère municipale déléguée à la lutte contre l’isolement et le développement de la fraternité, vient à peine d’être élue. « J’ai découvert un monde que j’ignorais : l’autisme. On en entend tous parler, mais on ne connaît pas leurs vraies difficultés. J’ai énormément appris avec eux sur l’isolement, ce qui implique de faire une démarche d’inclusion, se souvient-elle. L’objectif, c’est que dans le centre-ville et même au-delà, les autistes fassent des choses de la vie de tous les jours, naturellement. »

Car ce qui semble banal pour quelqu’un qui ne connaît pas ces troubles, peut-être une véritable épreuve pour ces personnes. « S’il y a une personne devant moi qui est parfumée, je change de caisse, parce que ça m’est insupportable. Nous avons une hypersensibilité sensorielle. Ce que vous entendez à une échelle de 5, pour moi ça va être 15 ou 20, par exemple », détaille Alain Pecquerie.

Il m’est arrivé plusieurs fois de laisser mon chariot et de me sauver, parce que je ne pouvais plus tenir.

Alain Pecquerie

Président de l’association GEM TSA et souffrant de troubles autistiques

Autant de difficultés qui mettent un frein pour les personnes atteintes de troubles autistiques à pouvoir vivre normalement. « Je vais relativement peu en centre-ville, surtout lors des périodes de grandes affluences. Cela peut être assez oppressant. C’est vrai que j’évitais d’y aller, parce que cela me rendait plus mal qu’autre chose », confirme Lola Courbon.

Désormais âgée de 22 ans, elle a été diagnostiquée trois ans plus tôt. Mais à présent, avec l’arrivée de la charte « Autisme friendly », de nouvelles perspectives sont possibles. « Avec ce label, je vais essayer d’y aller plus souvent. Maintenant qu’il y a des créneaux plus calmes, faits pour moi, je me dis que je me sentirai peut-être plus en sécurité et à ma place. Je vais aussi m’épanouir en tant qu’humain et personne dans la ville sans pâtir de ces problèmes », se réjouit-elle. 

 Lola Courbon a 22 ans. Dignostiquée il y a trois ans, elle se réjouit de la signature de la charte "Autisme friendly".

Lola Courbon a 22 ans. Dignostiquée il y a trois ans, elle se réjouit de la signature de la charte « Autisme friendly ».

© France 3 Poitou-Charentes

Ce jour-là, elle teste un restaurant qui adhère à l’initiative. Celui-ci a dressé une table spécialement pour accueillir les personnes autistes. « C’est un coin qu’on a essayé d’adapter qui est un peu plus calme dans le restaurant. Ici, on peut baisser les lumières, il y a aussi beaucoup moins de passage car c’est un petit peu à l’écart des autres tables », montre Bastien Lecointre, le restaurateur. Une première expérience plutôt réussie pour Lola Courbon, qui lui fait prendre confiance et lui donne envie de réitérer.

Pour aider les commerçants signataires de la charte « Autisme friendly » à accueillir ce public particulier, la mairie de Niort et l’association GEM TSA ont également fait éditer une brochure. « On évite de toucher les personnes. On fait en sorte de faire des phrases courtes, claires. L’objectif, c’était que les autistes puissent, comme tout un chacun, faire des courses », rappelle Lydia Zanatta. Des conseils qu’a bien assimilés Magalie Borlet pour qui s’adapter paraissait naturel car « c’est [son] métier d’accueillir les gens dans les meilleures conditions ».

Le centre-ville peut être assez oppressant. C’est vrai que j’évitais d’y aller, parce que cela me rendait plus mal qu’autre chose. Avec ce label, je vais essayer d’y aller plus souvent.

Lola Courbon

Personne atteinte de troubles autistiques

La commerçante énumère les préconisations qu’elle a reçues : « Il faut respecter la personne et la gêne qu’elle peut ressentir. Cela passe par une adaptation à son handicap. Cela passe peut-être par des paroles plus douces, plus calmes, une voix posée, une ambiance la plus zen possible. C’est une jolie opération qui se développe en France et je suis très contente d’y participer ! »

Avec l'aide de l'association GEM TSA, la ville de Niort a édité un guide de bonnes pratiques pour les commerçants désireux de mieux accueillir les personnes souffrant de troubles autistiques.

Avec l’aide de l’association GEM TSA, la ville de Niort a édité un guide de bonnes pratiques pour les commerçants désireux de mieux accueillir les personnes souffrant de troubles autistiques.

© Cyril Paquier – France Télévisions

Afin que les commerces participant à l’opération soit facilement identifiables, ces derniers ont collé des stickers sur la devanture, indiquant les horaires où l’accueil est adapté aux personnes souffrant de troubles autistiques. Mais ce n’est pas tout. Sous l’impulsion de la mairie de Niort et de l’association GEM TSA, une application a même été créée pour recenser les endroits « Autisme friendly ». « J’ai sollicité l’école Icssa à Niort, qui donne des cours en informatique et ses élèves ont travaillé un an à nous faire l’application qui recense les commerces inclusifs », indique la conseillère municipale, Lydia Zanatta.

De quoi permettre de s’organiser en quelques clics aux personnes atteintes de troubles autistiques. Une vraie révolution pour eux, qui envisagent à présent de pouvoir profiter normalement des services et commerces de leur ville comme tout le monde. Selon Alain Pecquerie, il suffit de pas grand-chose pour inclure les personnes souffrant de troubles autistiques.
Mais du chemin reste encore à parcourir, estime le président de l’association GEM TSA de Niort : « Dans les pays anglo-saxons, si vous arrivez dans un bar et que vous dites que vous êtes autiste, ils vous trouvent une table plus calme, avec moins de bruit et moins de lumière. C’est acquis chez eux. En France, ce n’est pas encore au point. » Mais de plus en plus d’initiatives voient le jour pour rattraper ce retard.