Fareed Zakaria s’est rendu au Forum économique mondial de Davos cette semaine. L’éditorialiste décrypte comment le caractère impulsif et instinctif de Donald Trump oriente sa politique étrangère.

LA TRIBUNE DIMANCHE – Quelle était l’ambiance au Forum de Davos ? C’est une réunion mondiale et pourtant le monde entier avait le regard tourné vers un seul homme…
FAREED ZAKARIA – Oui, tout était centré sur un homme. Il était donc naturel qu’il soit au cœur de toutes les attentions. Donald Trump est en train de réorganiser l’ordre établi. Pire, il détruit l’ordre ancien. On essaie alors de comprendre quelle direction va prendre le monde à partir de maintenant. Que signifie le fait que la puissance hégémonique mondiale refuse de jouer le rôle qu’elle a tenu pendant quatre-vingts ans ? Nous vivons un moment inhabituel où le président des États-Unis a choisi de se comporter comme un acteur imprévisible sur la scène internationale.

Donald Trump suit-il une véritable stratégie ?
Honnêtement, je ne pense pas. C’est un homme très particulier, émotif et impulsif. Ses instincts et ses impulsions se manifestent dans sa politique étrangère. Tout le monde essaie d’en tirer des conclusions, mais il n’y a pas grand-chose à en tirer, si ce n’est qu’il ne respecte pas l’ordre mondial bâti par les États-Unis. Un ordre fondé sur des règles, un ordre ouvert, libéral, basé sur le libre-échange, avec un certain degré de gouvernance mondiale, incarné par des institutions comme l’ONU, la Banque mondiale et le FMI. Donald Trump n’a aucune patience pour tout ça car il estime que cela bride la puissance américaine. En revanche, il respecte la force, les dictateurs.