Une vie comme un roman. Ou plutôt un roman-photo. Car c’est cette forme, expérimentée par la photographe elle-même avec Georges Simenon en 1931, entre fiction et documentaire, qui est ici choisie pour brosser le portrait de l’Allemande Germaine Krull (1897– 1985).

Incarnée par l’actrice Imogen Kogge, elle est interviewée par un journaliste venu à sa rencontre dans le palace de Bangkok qu’elle dirige dans les années 1970. La personnalité qui se cache derrière la célèbre série de clichés « Métal » de 1928 est pleine de surprises… Germaine Krull déroule alors à la première personne le fil extraordinairement sinueux de son existence, sa voix superposée à un diaporama sans artifices d’images en noir et blanc.

Inventrice de la Nouvelle Vision

Germaine Krull révolutionne le livre photo, s’essaie au cinéma, tire le portrait de Colette, Gide, Cocteau… et couvre même l’actualité mondaine à Monaco.

Jeune fille libre née dans une famille cultivée au crépuscule de l’Empire allemand, elle se mue très tôt en pasionaria de la révolution socialiste… et est envoyée à 24 ans dans les geôles bolcheviques. Sa vocation de photographe s’affirme dans les années 1920. Face aux grues du port d’Amsterdam, c’est la révélation : les structures métalliques saisies en gros plan ou en contre-plongée vertigineuse deviennent sa marque de fabrique. Elle invente, en même temps qu’André Kertész et Man Ray, la Nouvelle Vision. Un temps photographe de mode aux côtés de Sonia Delaunay dans le Paris des Années folles, c’est en contribuant à l’audacieux magazine Vu lancé par Lucien Vogel qu’elle connaît le succès.

Une grande photographe au parcours surprenant

Accompagnée de son apprenti et amant Eli Lotar, elle est « la » grande photo-reporter de la modernité, qui braque son appareil sur le petit peuple de Paris. Elle révolutionne le livre photo, s’essaie au cinéma, tire le portrait de Colette, Gide, Cocteau… et couvre même l’actualité mondaine à Monaco. Mais avec la Seconde Guerre mondiale, sa boussole morale s’affole, lui montre la voie : fichée rouge, l’Allemande exilée à Brazzaville devient responsable du service photographique de la France libre, immortalise de Gaulle, documente le débarquement de Provence, la Libération, le camp de concentration de Struthof…

Écœurée par l’Occident, Krull met le cap sur l’Asie. Après une prolifique carrière dans l’hôtellerie, elle se convertit au bouddhisme tibétain. Et rédige ses Mémoires. C’est grâce à ces mots que la journaliste Audrey Gordon redonne aujourd’hui vie à cette folle traversée du XXe siècle, dans une forme documentaire réjouissante, tout aussi surprenante et affranchie que son sujet.

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Germaine Krull, la photographie ou la vie

Documentaire d’Audrey Gordon

61 min • disponible sur france.tv jusqu’au 21 mai 2026