Situé sur la Corniche Kennedy, à Marseille, le marégraphe, qui mesure le niveau de la mer, est aussi un indicateur du réchauffement climatique.
/ Photo Nicolas VALLAURI
Sur la Corniche Kennedy, il passe presque inaperçu. Accroché à la roche calcaire, il observe la mer depuis plus de 140 ans. Peu connu du grand public, le marégraphe de Marseille est pourtant une référence scientifique majeure.
L’instrument est le même depuis 140 ans. / Photo Nicolas VALLAURI
C’est en 2004 qu’Alain Coulomb, ancien membre de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), a découvert le lieu : « Il n’était pas rénové, il y avait de la végétation, pourtant j’en suis tombé amoureux. J’ai pris un dossier au fond de l’armoire, et là j’ai ouvert une vraie boîte de Pandore. Je me suis dit : ‘c’est un trésor' ». Entre 2013 et 2019, il y organise des visites pour le grand public avant de fonder l’association des Amis du marégraphe.
Construit entre 1883 et 1884, cet observatoire est l’un des points les plus essentiels du territoire. « Ce n’est pas qu’un objet patrimonial. Il a un intérêt scientifique majeur », explique Lionel Guyot, directeur adjoint territorial pour l’IGN.
« Toutes les cartes françaises se basent sur le niveau de la mer de Marseille »
Dans ce bâtiment de pierre, près de deux siècles d’histoire et de science sont soigneusement rangés dans les placards. Au sous-sol, un puits est creusé sous la Corniche où l’eau s’infiltre par un canal souterrain. Au fond, un flotteur suit les variations du niveau marin. Dans le silence, on entend seulement les vagues frapper la pierre et le bruit sourd de la ventilation. « Pour mesurer le niveau moyen de la mer, il faut éliminer la houle. Si le flotteur bouge trop, la mesure n’est plus fiable », ajoute le spécialiste.
Au sous-sol, un puits est creusé sous la Corniche où l’eau s’infiltre par un canal souterrain. Au fond, un flotteur suit les variations du niveau marin. / Photo Nicolas VALLAURI
À l’étage, le marégraphe mécanique récupère les données : classé monument historique et toujours en fonctionnement, il est inchangé depuis 140 ans. « Mesurer avec le même instrument depuis tant d’années garantit une continuité unique des données », précise Lionel Guyot. Et Marseille a été choisie pour la stabilité de sa côte rocheuse. « Toutes les cartes françaises se basent sur le niveau de la mer à Marseille », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, un marégraphe numérique complète le dispositif. Installé en 2008, il mesure le niveau de la mer par onde radar. Ensuite, les informations sont transmises au Shom (Service national d’hydrographie et d’océanographie) et à l’IGN. Désormais, les gardiens du marégraphe sont partis mais Stéphane Dimey, coordinateur du site, vient chaque semaine pour récolter les données : « Je les récupère sur le mécanique puis je compare avec le numérique. »
« Plus le marégraphe sera connu, plus les gens mesureront les enjeux du réchauffement climatique »
À la fin du XIXe siècle, l’objectif n’était pas climatique. Il s’agissait d’aménager le territoire, de construire des villes, de calculer des pentes. « Mais, depuis 1885, le niveau de la mer a augmenté d’environ 18 centimètres. Et l’enjeu du lieu est devenu différent », rappelle Lionel Guyot.
Discret, le marégraphe est aujourd’hui un véritable observatoire du réchauffement climatique. « Avec les satellites océanographiques, on peut mesurer le niveau de la mer sur de plus petites périodes. Et on se rend compte que la mer monte bien plus vite qu’avant », reprend Alain Coulomb.
En 2023, le marégraphe a été labellisé par l’Organisation météorologique mondiale. Aujourd’hui, il ouvre ses portes tous les ans au public pour les Journées du patrimoine. « L’objectif est de transmettre l’histoire du marégraphe à tous les Marseillais pour qu’elle perdure. Car plus le marégraphe sera connu, plus les gens mesureront les enjeux du réchauffement climatique », conclut Alain Coulomb.