À l’approche de la tempête Ingrid vendredi 23 janvier, par sécurité, patrons et marins de la pointe de Léchiagat avaient triplé les amarres des navires. Prévention qui n’aura pas suffi pour certains d’entre eux. Au pic du coup de vent, entre 18 h 30 et 22 h, la pression et les va-et-vient incessants de la houle se sont fait ressentir sur les navires, sur lesquels quelques amarres ont lâché.

« C’était incroyable ! Il y avait des geysers d’eau, je suis rentré trempé »

Grâce aux réseaux sociaux notamment, la solidarité maritime s’est mise tout de suite en place face à l’urgence. Alertés, gens de mer, armateurs, surveillant du port, huit bénévoles de la SNSM locale et une équipe de quatre pompiers de Cap-Caval se sont activés pour sécuriser les navires en difficultés. Au moment de la marée montante, les défenses et bouées devenues inefficaces, les coques frottaient le quai, une dizaine d’amarres et de taquets cédaient, des annexes s’envolaient.

Sous le vent, la pluie, chacun veillait au grain. « C’était incroyable ! Il y avait des geysers d’eau, je suis rentré trempé », raconte un professionnel présent.

« Il était temps d’intervenir, car à 15 minutes près, le navire se retrouvait au fond du port et aurait fait de plus gros dégâts »

Une catastrophe évitée de peu

Dans ce tourbillon, une catastrophe a été évitée de peu. La Pérousse, navire de la Scapêche amarré côté élévateur, a rompu ses amarres. Fort heureusement, des marins étaient à bord depuis peu, mais « il était temps d’intervenir, car à 15 minutes près, le navire se retrouvait au fond du port et aurait fait de plus gros dégâts », souligne un témoin de la scène.

« C’était plus fort que la tempête Ciaran, mais grâce au travail d’équipe, on a pu sécuriser notre outil de travail »

Un navire vite sécurisé par des amarres destinées aux cargos. Avec le vent et la houle combinés, « c’était plus fort que la tempête Ciaran ici, mais grâce au travail d’équipe, on a pu sécuriser notre outil de travail », remercie un patron-pêcheur à bord de son navire, en attente du prochain coup de vent annoncé.

Jusqu’à l’enclos des phares, la mer a rejeté sable, algues, détritus en forte quantité lors de la tempête Ingrid.Jusqu’à l’enclos des phares, la mer a rejeté sable, algues, détritus en forte quantité lors de la tempête Ingrid.Une grande inquiétude : les vents s’inversent

Car au lendemain matin de la tempête Ingrid, sur les quais du port du Guilvinec-Léchiagat, chacun s’interroge sur ces phénomènes climatiques de plus en plus fréquents et violents. À la pointe de Léchiagat, d’anciens marins à la retraite se replongent dans leurs mémoires de pêcheurs. De l’avis de tous, le vent a tourné.

« Les vents se sont inversés pour s’orienter plus au sud, et hier soir, la dépression a fait du sur place au lieu de remonter »

« À notre époque, les tempêtes étaient plus orientées noroît [nord-ouest, NDLR] », affirment d’emblée les pêcheurs. Mais depuis quelques années, les vents se sont inversés « pour s’orienter plus au sud, et hier soir, la dépression a fait du sur place au lieu de remonter », souligne un marin. Résultat : dans le bassin de la cité de la pêche, une forte houle accompagnée de vagues qui a mis en péril les navires amarrés aux quais. « Avec un vent du nord, la soirée n’aurait pas été la même », regrette un ancien.

« Cela va nous obliger à modifier nos habitudes »

Conséquence également constatée au fil des tempêtes sur la dune de Léhan. « La direction du vent, c’est la première chose qu’on regarde dans les prévisions », avance un habitant du secteur. Un avis confirmé par Hervé Drézen, réalisateur de documentaires, issu d’une famille de pêcheurs : « Scientifiques et marins ont constaté un changement dans le registre des vents depuis plus d’une dizaine d’années. Cela va nous obliger à modifier nos habitudes », souligne l’observateur du phénomène d’érosion marine sur le littoral bigouden.

Ingrid a secoué le port du Guilvinec-Léchiagat, mais cette fois, les vents venaient étaient orientés sud, plutôt que nord ou nord-ouest comme c’était plus le cas par le passé.Ingrid a secoué le port du Guilvinec-Léchiagat, mais cette fois, les vents venaient étaient orientés sud, plutôt que nord ou nord-ouest comme c’était plus le cas par le passé. (Photo archives Le Télégramme)

Des répercussions déjà immédiates sur le secteur de Léhan, avec un déplacement contraint des riverains menacés. Pour le port, difficile de le déplacer, mais « pour les jeunes, il faudra être plus vigilant à l’avenir », conclu un vieux marin.