PORTRAIT – Dans le cadre de ses engagements à la Jeune Chambre Internationale (JCI), la chef d’entreprise qui vit désormais à Nantes sera aux États-Unis en mars. Originaire d’une zone rurale d’Espagne, la trentenaire polyglotte présente un brillant CV.

Georgina Matamoros parle huit langues. À 33 ans, elle a déjà vécu en Espagne, son pays natal, en Allemagne, à Taïwan… Écrivain sur son temps perdu, elle a aussi publié un roman. Et demeure une chef d’entreprise épanouie. Son CV bien rempli ne s’arrête pas là. Du 9 au 20 mars, celle qui habite désormais à Nantes sera au siège de l’ONU, à New York, pour représenter la voix de la gent féminine. Dans le cadre de la 70e commission sur le statut des femmes, l’entrepreneuse viendra défendre le leadership féminin. «On a l’opportunité de faire partie de tous les débats sur le sujet du rôle la femme dans le monde», explique la dynamique trentenaire, avec un français quasiment parfait.

Une mission exaltante, qu’elle a l’opportunité de mener dans le cadre de ses engagements à la Jeune Chambre internationale. Cette instance fédère des jeunes de 18 à 40 ans dans plus de 100 pays à travers le monde. Elle permet aux adhérents de développer leurs compétences en leur confiant des responsabilités. Au sein de ce mouvement lancé en 1915, chaque bénévole peut se voir attribuer un mandat pour un an, au niveau local, national voire mondial. C’est ainsi que Georgina Matamoros a été nommée présidente de la nouvelle commission mondiale «Women in Leadership» pour l’année 2026.


Passer la publicité

Entrepreneuse à 24 ans

Cette nomination prestigieuse découle de sa force de travail, de son audace et de ses capacités relationnelles certaines. Fille unique d’un couple d’agriculteurs produisant du riz, Georgina Matamoros a vécu dans un territoire rural situé au sud de la Catalogne. Bonne élève, plus férue d’histoire et de littérature que de sport, elle est partie étudier à l’université de Barcelone, avec un pied en Allemagne. Pendant quatre ans, elle a effectué une sorte de double diplôme, alliant direction d’entreprise et commerce international. Après un master de marketing et communication en Allemagne et à Taïwan, elle est revenue sur ses terres natales espagnoles. À 24 ans, elle y a lancé une agence de marketing.

«Je savais que je pouvais apporter quelque chose de différent. Je voyais des entreprises avec un gros potentiel, qui n’avaient pas investi dans le marketing», expose-t-elle, ayant à cœur de valoriser les initiatives locales. En parallèle, elle s’est inscrite à des apéritifs de «networking», n’hésitant pas à revenir à Barcelone pour nouer des contacts. Ce travail de réseau lui a permis de faire la connaissance de la Jeune Chambre. Séduite par ce concept rassemblant des jeunes porteurs de projets d’intérêt général, elle l’a exporté dans sa région. La JCI Terres de l’Ebre est ainsi née en 2018 sous son impulsion.

J’aime la France, sa nourriture, son fromage, son vin et sa culture !

Georgina Matamoros

En 2023, gravissant au fur et à mesure les échelons, Georgina Matamoros a été élue présidente nationale de la Jeune Chambre de la Catalogne. Lors d’un séjour de préparation à Bruges, elle a fait la connaissance de son homologue français. Cette rencontre professionnelle s’est transformée en histoire d’amour, conduisant Georgina Matamoros à déménager à Nantes l’an passé. Elle donne maintenant des cours en école de commerce dans la cité des Ducs. «J’aime la France, sa nourriture, son fromage, son vin et sa culture !», sourit l’adepte des kouign-amann. Si elle gère toujours à distance son agence et ses quatre employés, elle retourne de temps en temps en Espagne. En février par exemple, elle y est attendue car son roman Luces de Taïpei (Les Lumières de Taïpei) a été sélectionné pour un concours national.

Face à ce parcours brillant, Georgina Matamoros reste simple dans ses échanges. «Elle a un leadership avec beaucoup d’humilité. Elle n’est pas dans une logique d’ego, mais de transmission», admire Thomas Guest, son compagnon, ancien président de la Jeune Chambre Économique Française (JCEF). «Je pense que c’est l’une des personnes les plus inspirantes que je connaisse», dit d’elle Audrey Brullon, vice-présidente exécutive nationale de la JCEF. «Même au niveau local, elle est très présente alors qu’en réalité, elle travaille à l’international. On en est très fiers», abonde l’ex-présidente de la JCE Nantes Métropole Sud Loire. Sa successeur pour 2026, Marie-Françoise Désigné, ne tarit pas non plus d’éloges envers une conférencière et «formatrice hors pair». «Georgina a une capacité à échanger avec tout type de profil, peu importe le territoire», souligne-t-elle, en écho à son plurilinguisme. Aussi, «elle reste accessible pour nous conseiller et nous accompagner». 

En 2025, alors qu’elle était vice-présidente de la commission marketing au niveau international, Georgina Matamoros a été distinguée par la JCI comme meilleure élue de l’année. De quoi lui donner envie d’être un jour désignée au prestigieux poste de présidente mondiale ? «Il faut d’abord que je sois présidente de l’Europe», s’est fixé comme règle à elle-même l’intéressée. Elle en a d’ailleurs déjà été vice-présidente en 2024. Et ensuite ? «Si je suis une bonne présidente, pourquoi pas», répond-elle sobrement. Depuis la création de la JCI il y a 111 ans, seules cinq femmes ont obtenu ce poste.