Cela fait longtemps que Bruxelles hausse le sourcil en regardant la place qu’occupent encore certains équipementiers chinois dans les réseaux 5G européens. Trop longtemps, même, à en croire la Commission européenne. Après avoir misé sur la bonne volonté des États membres, l’exécutif européen s’apprête désormais à changer de registre : les recommandations vont laisser place à des règles contraignantes, avec Huawei et ZTE clairement ciblés.
Nerfs à vif chez les opérateurs
« Je ne suis pas satisfaite de la manière dont les États membres ont appliqué la 5G Toolbox », reconnaît sans détour Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne en charge des questions technologiques et de sécurité. Traduction : trop de pays ont traîné des pieds, et trop d’équipements considérés comme à risque sont toujours installés au cœur des réseaux.
Tout commence en 2020, avec la fameuse « 5G Toolbox ». À l’époque, l’Union européenne appelle ses États membres à réduire leur dépendance aux fournisseurs jugés sensibles, sans jamais citer de noms — et surtout sans imposer quoi que ce soit. Résultat prévisible : certains pays avancent prudemment, d’autres préfèrent ne rien brusquer, souvent par crainte de représailles commerciales de Pékin.
En 2023, l’ancien commissaire européen Thierry Breton avait déjà tenté de remettre un peu de pression en affirmant que Huawei et ZTE présentaient « des risques matériels plus élevés » que leurs concurrents. Là encore, l’impact est resté limité. Cette fois, la Commission veut graver la règle dans le marbre juridique européen. Le projet de Cybersecurity Act ne se contentera pas de recycler les anciennes recommandations : il doit clairement établir que les fournisseurs classés « à haut risque » n’ont pas leur place dans les infrastructures critiques des réseaux 5G. Autrement dit, le choix ne serait plus laissé aux capitales.
Le texte ne se limite d’ailleurs pas aux télécoms. Il vise aussi d’autres secteurs sensibles (énergie, transports, équipements de sécurité, véhicules connectés) même si, pour l’instant, seul le terrain des réseaux mobiles est suffisamment balisé pour une application rapide.
Mais cette fermeté a un coût. La Commission prévoit une période de transition de trois ans pour permettre aux opérateurs de remplacer progressivement les équipements concernés. La facture est estimée entre 3 et 4 milliards d’euros. De quoi alimenter la grogne des opérateurs, qui rappellent régulièrement que les solutions de Huawei sont souvent moins chères que celles de leurs rivaux occidentaux.
Sur le plan politique, le dossier est tout aussi délicat. Plusieurs États membres voient d’un mauvais œil cette montée en puissance de Bruxelles sur des sujets qu’ils considèrent comme relevant de la sécurité nationale. Les négociations au Parlement européen et au Conseil promettent donc d’être animées.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.