Ses dessins illustrent, depuis plusieurs mois, les chroniques judiciaires de La Provence. Dès le 3 février et jusqu’au 28 mars, David Amblard présentera son travail à l’Alcazar, lors d’une exposition dédiée aux audiences qu’il a suivies dans les prétoires marseillais et aixois.

Arrivé à Marseille en septembre 2024, ce Parisien formé à l’Institut supérieur des arts appliqués (Lisaa) et aux Beaux-Arts, a posé ses pinceaux dans une salle d’audience il y a trois ans, pour la première fois. « Ce qui m’intéressait, c’est le récit complet. Dessiner ce qui n’est pas visible », explique-t-il. Un premier dessin vendu au Canard Enchaîné, il continue d’arpenter les prétoires parisiens, assiste au procès des attentats contre Charlie Hebdo puis s’installe à Marseille. Et découvre la salle des procès hors normes avec l’audience des effondrements de la rue d’Aubagne.

David Amblard a particulièrement marqué par le procès pour tentative d'homicide d'un homme sur son ex-compagne.David Amblard a particulièrement marqué par le procès pour tentative d’homicide d’un homme sur son ex-compagne. / Dessin David Amblard

Viendront ensuite des affaires de criminalité organisée instruites par la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, des dossiers de trafic de stupéfiants, mais aussi de blanchiment et autres meurtres et assassinats. « Techniquement, il faut aller très vite. Rien n’est fixe, tout est en mouvement et j’adore cette sensation de stress, souligne David Amblard. Ça demande énormément de concentration, d’énergie aussi. Mais une fois qu’on a dépassé ça, on s’oublie, tout devient calme et c’est comme être isolé au milieu de tous. »

« Le dessin humanise la couverture d’un procès »

Cette bulle créatrice ne préserve pourtant pas complètement le dessinateur, et même pour les professionnels, aucune audience n’est anodine. « Lors de certains procès, on côtoie la violence extrême, la violence pure. Il y a parfois une forme de rapacité… D’autres ont une certaine élégance », confie le dessinateur âgé de 39 ans, particulièrement marqué par le procès pour tentative d’homicide d’un homme sur son ex-compagne. « C’était l’expression de toutes les problématiques sociologiques, une vision traditionnelle qui se heurte au mode de pensée laïc, français… C’était à la fois très cruel et très révélateur », analyse David Amblard.

Denrée rare, les dessinateurs d’audience accompagnent les chroniqueurs judiciaires et constituent un partenaire essentiel pour compléter les propos et impressions d’audience retranscrits dans les articles. Ils sont, aussi, les seuls à pouvoir témoigner visuellement d’un procès, la captation d’images (et de sons) étant interdite. « Je pense que le dessin humanise la couverture d’un procès, estime l’artiste. L’écrit prend toujours le dessus, le dessin vient mettre des gammes de couleur au milieu de ces lignes noires. »

« Dessins d’audience, Traits pour traits – Dans les tribunaux de Marseille et d’Aix-en-Provence », du 3 février au 28 mars 2026 à l’Alcazar, 58, cours Belsunce à Marseille. Entrée libre.