Sous haute surveillance militaire, le pétrolier Grinch se trouvait dimanche au mouillage dans le golfe de Fos, à proximité du terminal pétrolier du port de Marseille-Fos. Escorté par la Marine nationale, le navire est maintenu « à la disposition du procureur de la République de Marseille » dans le cadre d’une enquête préliminaire pour défaut de pavillon, a indiqué la préfecture maritime de Méditerranée.
Le bâtiment est soupçonné d’appartenir à la « flotte fantôme » russe, un ensemble de navires utilisés pour exporter du pétrole en contournant les sanctions imposées à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine. Le parquet de Marseille, appuyé par la gendarmerie maritime, doit désormais procéder à plusieurs vérifications techniques et administratives. Selon une source proche du dossier, le capitaine et son équipage devraient être entendus.
Ancré à environ 500 mètres du rivage de Martigues, le Grinch est encerclé par un navire de la Marine nationale ainsi que par deux vedettes de la gendarmerie maritime, dont l’une effectue des rotations autour du pétrolier. Des zones d’exclusion nautique et aérienne ont été instaurées pour garantir « la sûreté et la sécurité » de l’enquête.
Le navire avait été intercepté jeudi matin dans les eaux internationales de la mer d’Alboran, entre l’Espagne et l’Afrique du Nord, avec l’appui de plusieurs alliés de la France, dont le Royaume-Uni. Emmanuel Macron avait salué l’opération sur le réseau X.
Des images diffusées par la Marine nationale montrent des commandos français déposés en rappel depuis un hélicoptère sur le pont du pétrolier, tandis qu’un second appareil assurait la sécurisation de l’intervention. Une fois sur la passerelle, les militaires ont pris le contrôle du bâtiment en lançant « French Navy, French Navy » aux membres d’équipage.
À la suite de l’arraisonnement, le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour défaut de pavillon. Conformément au droit maritime, l’équipage a été soumis à des mesures de restriction de liberté afin d’assurer la transition entre l’interception en mer et la remise aux autorités françaises, selon une source judiciaire.
Long de 249 mètres, le Grinch figure sous ce nom sur la liste britannique des navires sanctionnés dans le cadre des mesures contre la flotte fantôme russe. Il apparaît toutefois sous l’appellation Carl dans les registres établis par l’Union européenne et les États-Unis.
Il s’agit de la deuxième opération de ce type menée par la France en quelques mois. Fin septembre, le pétrolier Boracay – lui aussi visé par des sanctions européennes – avait été intercepté dans l’Atlantique avant d’être dérouté vers le port de Saint-Nazaire.
Dans ce précédent dossier, le commandant et son second avaient été placés en garde à vue. Le parquet de Brest avait finalement décidé de poursuivre le seul capitaine, de nationalité chinoise, convoqué devant le tribunal le 23 février pour « refus d’obtempérer ».
Emmanuel Macron avait alors expliqué vouloir « accroître la pression sur la flotte fantôme parce que ça réduit clairement la capacité de la Russie à financer son effort de guerre » en Ukraine.
Selon les autorités européennes, quelque 598 navires soupçonnés de faire partie de cette flotte clandestine font aujourd’hui l’objet de sanctions.