Elle est arrivée en France sans parler la langue et n’a commencé le stand-up qu’en 2021. Et pourtant, Elena Nagapetyan s’apprête à lancer une tournée de 29 Zénith. À Marseille, le public l’a déjà vue dans quasi tous les comédies clubs de la ville, puis dans un Cepac Silo complet l’an dernier. Ce samedi 31 janvier, elle s’attaque au Dôme avec son show Ça valait le coup. Une introspection au ton frontal et sans complexe que la comédienne d’origine arménienne assure être « à mon image : si on me cherche, on me trouve. Mais parfois je suis très généreuse et sympa. »
Son parcours de vie de l’Ouzbékistan à la France, en passant par la Russie, le quotidien des femmes, le divorce et la maternité rythment la partie écrite du spectacle. Et quand arrivent les interactions avec le public, qui cartonnent sur les réseaux sociaux, Elena Nagapetyan jongle entre provoc et bienveillance. En guise d’échauffement, le public pourra la retrouver quelques heures avant son show à la Fnac Marseille Centre Bourse, où elle dédicacera son premier livre La bible d’une Milf (« Mother I’d like to fuck », NDLR), paru ce jeudi 22 janvier aux éditions Michel Lafon.
Vous avez souvent joué à Marseille depuis vos débuts : simples opportunités ou relation spéciale à la ville ?
J’adore cet endroit, c’est un des rares où je me repose vraiment. Le mélange entre bienveillance et nonchalance rend à part cette ville où mon copain habite depuis des années, donc je passe beaucoup de temps ici. Mais c’était déjà le cas avant notre rencontre, je pouvais y passer un week-end seule pour écrire, me balader sur la Corniche et recharger mes batteries.
Vous revenez avec « Ça valait le coup », qui à travers vous aborde la vie des femmes, la maternité, la charge mentale. Pourquoi ces sujets, aussi portés par Marine Leonardi, ont tant d’écho aujourd’hui ?
Parce que c’est encore récent de voir des femmes en parler, nos mamans n’avaient pas cette habitude. Aujourd’hui, certaines ont la chance d’être avec quelqu’un qui les soutient, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Si on est seule à s’occuper de la maison et des enfants en plus de son travail, il ne faut pas s’étonner que le soir une femme n’ait pas envie de faire la courtisane. Et pourtant, on trouve encore des hommes qui disent « bah alors, elles se plaignaient pas avant ». Tant qu’on entendra ça, on en parlera. Pour autant, il ne faut pas tout mélanger : j’adore les mecs, certains sont extraordinaires et s’occupent très bien de leur foyer en plus de leur travail, ce qui n’est facile pour personne.
Vos interactions avec le public, qui cartonnent sur les réseaux sociaux, sont très attendues. Car certaines personnes avouent des choses très intimes…
Je pense que les gens se sentent à l’aise car je suis dans la bienveillance. Je peux taquiner, mais jamais je ne vais les juger ou les insulter, et je suis très heureuse de cette confiance qui s’est créée naturellement. Maintenant que je joue dans des grandes salles, certains sont un peu plus frileux mais on n’est jamais à l’abri d’une folie. De toute façon, il y a une bonne heure de sketchs écrits dans le spectacle, donc même si personne dans le public ne vient raconter qu’il a trompé sa femme avec sa cousine, il y a quand même de quoi rire. En revanche je peux déjà vous le dire, Il y aura une demande en mariage à Marseille : le monsieur m’a contactée et bien sûr la fille n’est pas au courant.
La dernière fois que vous vous êtes dit « Ça valait le coup » ?
Quand j’ai amené mon fils à l’école ce matin, j’ai encore vu à quel point il grandit vite, ce qui me rend triste. Mais chaque fois que je le vois, je me dis que ça valait le coup de faire un enfant.
Et « Ça valait pas le coup » ?
Difficile à dire, en général je n’ai pas de regrets concernant mes décisions, si je les ai prises c’est qu’il y avait une raison. Parfois je m’énerve trop peut-être, mais je redescends très vite et personne ne meurt. Je dois être un peu méditerranéenne ! C’est tout simplement lié à mes origines arméniennes. Mon père l’est et ma mère est arménienne-russe, et un peu ukrainienne. Nous ne sommes pas les gens les plus calmes.
Vous venez aussi à Marseille pour « La bible d’une MILF ». Écrire un livre était votre premier rêve artistique, est-ce le prolongement du spectacle ?
Oui car je ne mets évidemment pas tous les extraits du show en ligne, et ce format permet de parler autrement de la maternité, du divorce, de raconter mes conversations avec le psy. Tout ça amène de la profondeur, des émotions, un peu d’humour bien sûr. Avec les textes, il y a les illustrations de Mathilde Ducrest qui est vraiment excellente pour accompagner des mots. Je suis fière de présenter ce bouquin, il valait mieux d’ailleurs vu qu’il y a ma tête sur la couverture. J’ai maintenant hâte d’aller rencontrer les lecteurs.
Vous faites par ailleurs des chroniques sur RTL et avez d’autres projets d’écriture…
J’ai beaucoup de chance, d’autant plus que sur RTL je suis libre de choisir les sujets, alors qu’ils m’étaient imposés sur France Inter. Je travaille trois jours sur ces formats de trois-quatre minutes et j’aime beaucoup, c’est efficace. Par ailleurs, je suis en train d’écrire une comédie pour le théâtre, qui va parler des choses que les gens de 40 ans peuvent vivre, comme la séparation. Et je travaille aussi sur une série, chose dont je rêvais depuis longtemps.
L’Ouzbékistan, la Russie et la France depuis 2009
Elle n’a que 38 ans mais son parcours de vie pourrait inspirer un roman. Née en Ouzbékistan sous l’Union soviétique, Elena Nagapetyan y a grandi avant de s’installer en Russie pendant plusieurs années, où elle a exercé plusieurs métiers. Tombée amoureuse de Nice lors d’un voyage en 2009, elle décide de déménager en France sans parler un mot de notre langue, qu’elle a notamment apprise en regardant les émissions télé de Cristina Córdula, dictionnaire en main. Pendant son union avec un homme rencontré sur Tinder, et dont elle s’est séparée depuis, elle a donné naissance à son fils, David. C’est en commençant à écrire un livre, en 2021, que l’idée de monter sur scène est venue. Ce qu’elle a fait à Paris, et très vite partout en France. Car dans les comédie clubs comme sur internet, le succès fut immédiat.
En dédicace le 31 janvier 2026 à 15 h à la Fnac Marseille Centre Bourse. Puis en spectacle le soir même à 20 h 30 au Dôme, à Marseille. De 32 à 38 €, dome.marseille.fr