L’Union européenne et l’Inde espèrent franchir cette semaine une étape décisive dans leurs relations commerciales. Le président du Conseil européen, António Costa, est arrivé dimanche à New Delhi, où il participera mardi au seizième sommet UE-Inde aux côtés d’Ursula von der Leyen. Tous deux sont également invités d’honneur des célébrations de la Fête de la République indienne, prévues lundi.
Sur le réseau X, le Conseil de l’Union européenne a indiqué que « le sommet sera l’occasion de renforcer le partenariat stratégique UE-Inde et d’intensifier la collaboration dans les principaux domaines d’action ».
La visite intervient alors que New Delhi et Bruxelles cherchent à conclure un accord de libre-échange qualifié par les responsables européens de « mère de tous les accords », au terme de négociations entamées il y a près de deux décennies.
L’Inde, devenue le pays le plus peuplé du monde, devrait accéder cette année au rang de quatrième économie mondiale selon les projections du FMI. L’UE y voit un marché d’avenir majeur, tandis que New Delhi considère Bruxelles comme une source essentielle de technologies et d’investissements pour moderniser ses infrastructures et soutenir la création d’emplois.
« Nous sommes au seuil d’un accord commercial historique », a déclaré Ursula von der Leyen cette semaine. En 2024, le commerce bilatéral de biens a atteint 120 milliards d’euros, en hausse de près de 90 % sur dix ans, auxquels s’ajoutent quelque 60 milliards d’euros d’échanges de services, selon les chiffres de l’UE.
Pour les deux parties, l’enjeu est aussi géopolitique. Bruxelles comme New Delhi cherchent à diversifier leurs débouchés dans un contexte marqué par la montée des droits de douane américains et par les restrictions chinoises à l’exportation.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a résumé mercredi la portée stratégique du rapprochement : « L’UE et l’Inde se rapprochent à un moment où l’ordre international fondé sur des règles subit des pressions sans précédent en raison des guerres, de la coercition et de la fragmentation économique ».
Malgré l’optimisme affiché, plusieurs dossiers sensibles restent à régler. Selon des sources proches des discussions, les négociateurs butent encore sur l’impact de la taxe carbone aux frontières mise en place par l’UE, notamment pour les importations d’acier indien, ainsi que sur les normes de sécurité et de qualité dans les secteurs pharmaceutique et automobile.
Au-delà du commerce, la visite s’inscrit dans une recomposition plus large des partenariats stratégiques. New Delhi cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance militaire vis-à-vis de la Russie, en diversifiant ses fournisseurs et en renforçant sa base industrielle nationale. L’UE, de son côté, s’efforce aussi d’affirmer davantage son autonomie stratégique, notamment face aux États-Unis.