Par

Rédaction Normandie

Publié le

25 janv. 2026 à 16h55

Caroline Chasset a consacré sa vie aux jouets anciens. Depuis plus de 30 ans, elle tient la boutique Les Jouets anciens, rue Saint-Nicolas à Rouen. Une adresse historique qui va bientôt fermer. Dans sa boutique-refuge, elle a réveillé des âmes d’enfant et tissé des liens bien au-delà du commerce. 

Plus qu’un héritage familial, les jouets sont une passion inévitable 

Dans la boutique, le temps semble suspendu. Derrière la vitrine, entre les étagères chargées de figurines, de voitures miniatures et de jouets d’un autre âge tels que les mini mondes Pokémon. Caroline Chasset parle doucement, presque à voix basse, comme pour ne pas déranger les souvenirs. Ici, rien n’est tout à fait figé, mais rien ne disparaît vraiment non plus. Tout raconte une histoire, celle d’une passion familiale commencée bien avant Caroline.

Elle est tombée dans les jouets dès sa naissance : « Mon père baignait dedans bien avant ma venue au monde, rue Croix-de-Fer à Rouen. Il vendait avec moi dans les bras », raconte-t-elle. Une évidence familiale, presque charnelle. Les jouets anciens font partie d’elle : « Les manèges, les jouets, ça, c’est mon truc. C’est ma seule passion ».

Longtemps, elle n’a pas mesuré l’attachement que suscitait sa boutique. Et pourtant, pour beaucoup, l’enseigne est bien plus qu’un commerce. La boutique est souvent surnommée « le musée ». Un terme qui la faisait sourire autrefois, mais qui aujourd’hui la touche profondément : « Maintenant, ça me fait très plaisir parce que je sais que je pars à l’aventure », avoue-t-elle. Caroline a toujours eu à cœur d’instaurer dans ce « musée » une ambiance réconfortante. Atmosphère qui provoque chez beaucoup un véritable syndrome de la madeleine. 

Des objets qui réveillent l’enfance et qui suscitent des larmes

Chaque jour, Caroline commence par vérifier que tout est à sa place : « Je dis toujours que la boutique est vivante la nuit », sourit-elle. Ici, les clients ne viennent pas seulement acheter. Ils viennent se souvenir. Les yeux s’illuminent, les voix tremblent parfois. Elle se souvient de cette cliente bouleversée devant un jouet de la Poste : « Elle a pleuré. Elle m’a dit : ‘Je ne me souvenais même plus’. Ça l’a choquée. Je la réconfortais. C’était très touchant ».

Beaucoup racontent une enfance où les jouets coûtaient trop cher, où il était interdit d’y jouer pour ne pas les abîmer. « Ça leur rappelle des souvenirs. » Et parfois, ça répare un peu selon Caroline. Frédérique, cliente fidèle, en témoigne : « Ma fille a toujours ses squishies, elle a toute sa petite collection chez elle ». Elle ajoute : « Vous avez des choses en boutique que l’on ne trouve nulle part ailleurs ».

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Comme beaucoup, elle redoute la fermeture : « Ça va nous manquer que vous ne soyez plus là. J’espère pour vous que c’est juste la boutique qui ferme et que vous ferez autre chose en parallèle ». Au-delà de la boutique, c’est à Caroline que les clients se sont attachés, dont la présence et l’attention font toute l’âme du lieu.

Un métier de passion à l’épreuve du temps 

Caroline ne le cache pas, les temps sont devenus difficiles : « C’est un métier de niche. Les gens ont moins de moyens, c’est compréhensible. Je vois bien que je suis sur la pente descendante », explique-t-elle.  À cela s’ajoutent les épreuves personnelles. La perte de son père, puis la maladie de sa mère : « C’est très important, les parents. Je suis fille unique ». Selon elle, la motivation s’est peu à peu éteinte : « J’ai peut-être perdu ce feu sacré ».

Dans la boutique, un objet résume tout : une grande roue, héritée de l’ancien magasin : « On dit toujours que c’est le cœur de mon père. Elle a toujours été là. Elle n’a jamais été à vendre, et elle ne le sera jamais », livre-t-elle. 

Tourner la page pour écrire un nouveau chapitre 

La fermeture du magasin ne signe pourtant pas la fin de l’histoire : « Je continuerai normalement à vendre sur Internet », projette Caroline. Une nouvelle aventure, qui l’enthousiasme autant qu’elle l’effraie : « Je suis heureuse, j’ai peur, je passe par tous les sentiments. C’est excitant ». Les réseaux sociaux l’intimident. « Je vis dans la nostalgie, donc j’ai un peu de mal avec la nouveauté », confie-t-elle, mais elle avance tout de même, portée par un élan de solidarité qu’elle n’aurait jamais imaginé. « J’ai eu un soutien mémorable, inimaginable même. Des clients sont devenus des amis », s’émerveille-t-elle. 

Même si la boutique ferme, Caroline, elle, restera marchande de jouets. Et surtout, de souvenirs. Une page se tourne donc pour ce lieu chargé de mémoire, mais les jouets, eux, continueront de vivre, et la la passion, quant à elle, se poursuivra autrement.

Lou Damien et Jade Donnez

Suivez l’actualité de Rouen sur notre chaîne WhatsApp et sur notre compte TikTokCet article a été réalisé par des étudiants de l’IEJ Rouen

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