En couverture de l’édition hebdomadaire Argoumenti i Fakty du 21 janvier, l’Union européenne prend les traits d’un paquebot semblable au Titanic et filant droit vers un immense iceberg sculpté à l’image d’un Donald Trump impassible. “La folie des grandeurs”, titre le magazine russe, qui affirme qu’après l’intervention militaire menée par les États-Unis au Venezuela Trump engage désormais une confrontation avec l’Europe, notamment autour du dossier du Groenland.

Groenland, Danemark. Groenland, Danemark. PAUL GALLET/COURRIER INTERNATIONAL

L’article principal revient sur cette montée des tensions en donnant la parole au sénateur Konstantin Kossatchev, vice-président du Conseil de la Fédération. Il y décrit un Trump obsédé par l’idée de restaurer la domination américaine sur la scène internationale. “Il lui faut des résultats spectaculaires qui prouvent la toute-puissance des États-Unis.”

Le sénateur russe cite notamment l’opération contre le président déchu Nicolás Maduro, qui, selon lui, n’aurait pas pour but principal un changement de régime mais viserait plutôt à “assurer la domination exclusive de Washington dans le domaine énergétique”.

L’Europe, “à la périphérie du monde” actuel

Dans cette logique de puissance, le Groenland apparaît comme un autre levier stratégique. Trump, rappelle Kossatchev, s’était déjà intéressé à l’île lors de son premier mandat en tentant de l’acheter, et l’ambition n’a jamais disparu : “L’achat de territoires a fait partie de l’histoire américaine – rappelez-vous l’Alaska [vendu par la Russie en 1867] ou la Louisiane [vendue par la France en 1803]”. “L’acquisition de terres est une pratique courante dans l’histoire américaine”, affirme-t-il, ajoutant que le président américain ne fait que reprendre une idée nourrie par d’autres responsables politiques américains.

Cette tension autour du Groenland, qui avait conduit Trump à menacer d’imposer des droits de douane à plusieurs pays européens quelques jours plus tôt, a connu un rebondissement le 22 janvier, lors du Forum économique mondial, à Davos. Le président américain y a annoncé qu’un accord avait été trouvé et qu’il renonçait, pour l’heure, à ses menaces douanières contre l’Europe.

Publié avant cette déclaration, l’article d’Argoumenti i Fakty s’en prend néanmoins aux dirigeants européens, accusés de se faire des illusions sur leur propre poids face à l’Amérique de Trump. Selon Kossatchev, ceux-ci continuent de se comporter comme s’ils étaient encore au cœur d’un monde unipolaire, alors qu’“ils ne sont plus qu’à la périphérie” du monde actuel.

Le sénateur russe s’inquiète enfin de l’érosion du droit international face à la politique de force menée par Washington. Forcer la main à des partenaires, menacer d’annexer un territoire, contourner la souveraineté d’un État : “C’est une violation de l’esprit du droit international, dénonce-t-il. Donald Trump ignore sans doute encore où s’arrêtent les limites du possible et se contente de procéder par essais et erreurs.”