Pour ses productions, Angers Nantes Opéra réalise ses décors au sein de son atelier installé dans la cité des ducs de Bretagne. Immersion dans les coulisses de ce savoir-faire.

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Angers Nantes Opéra_décor
Les accessoiristes réalisent des moulages pour des éléments de décors. ©Thomas Bernard / actu Nantes

Par

Thomas Bernard

Publié le

25 janv. 2026 à 17h30

Dans le quartier du Perray, à l’est de Nantes, un hangar accueille un chantier pas comme les autres. Quotidiennement, on coupe, construit, peint, manipule et monte des petites pièces et des objets monumentaux. Ici, on fabrique des arbres, des mains, des masques, des armoires, ou encore des rideaux. Non, nous ne sommes pas dans les coulisses d’un projet immobilier. C’est une plongée au cœur d’un savoir-faire culturel et artistique.

Confectionnées à l’abri des regards pendant des mois, les créations prennent la lumière des plus grandes scènes théâtrales françaises et internationales. Chaque année, l’atelier de décors d’Angers Nantes Opéra réalise des pièces et accessoires pour ses productions.

Peintres, menuisiers, soudeurs, tapissiers, sculpteurs, électriciens ou encore accessoiristes sont les petites mains derrière ces décors. Immersion, au plus près de ces artisans de l’ombre.

De la production à la maquette

Autrefois, il y avait des décors pour les tragédies (des colonnes et des statues) et pour les comédies (des intérieurs de maisons et de chambres). À l’origine, les décorateurs étaient essentiellement des peintres puisque les décors n’étaient constitués que de toiles peintes. Au fil des années, l’apparition des décors en volume a permis l’intégration de menuisiers pour la construction d’éléments en bois, tandis que l’utilisation de matériaux tels que l’acier ou le métal a diversifié les activités.

Aujourd’hui, le processus de constitution des décors débute lors de la production de l’œuvre, entre le metteur en scène, le scénographe, l’éclairagiste, le vidéaste et le costumier.

« Ils vont travailler sur la façon dont ils présentent l’œuvre sur scène. Ils ne peuvent pas trop changer la musique, ni le chant, mais comment les gens perçoivent ce qu’ils voient sur scène. Cela peut permettre d’amener une autre façon de comprendre l’œuvre et de narrer l’histoire, précise Alison Bigeard, cheffe de l’atelier des décors d’Angers Nantes Opéra.

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Un décor en cours de conception. ©Thomas Bernard / actu Nantes

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Les metteurs en scène et scénographes présentent une maquette aux équipes du théâtre. La maquette doit être exhaustive afin que les techniciens choisissent les matériaux adéquats et que des intermittents du spectacle soient recrutés en fonction des besoins. « On n’arrive pas toujours, même avec la maquette, à dire si ça va vraiment marcher », sourit la cheffe d’atelier, installée à Nantes depuis près de 20 ans.

Une fois la maquette validée par la direction d’Angers Nantes Opéra, Alison Bigeard dessine les plans de la construction (avec l’aide d’un dessinateur technique pour les dessins de construction) pour le plateau (ou les plateaux dans le cas d’une tournée) qui recevra le décor. Les plans sont remis à chaque secteur de construction qui doit respecter les prérogatives techniques.

« Techniciens du spectacle »

Après la validation des échantillons et des prototypes des décors (essais de patines, de couleurs et d’effets), la conception du décor final peut enfin commencer.

Les volumes sont d’abord assemblés à l’atelier avant d’être montés sur le plateau du théâtre pour réaliser les finitions ou les éléments pratiques concernant la mobilité et la solidité.

Lors de notre reportage, les artisans confectionnent les éléments de décor de Robinson Crusoé, la nouvelle production d’Angers Nantes Opéra pour la saison 2025-2026. Marie, intermittente du spectacle, réalise une soudure dans une peinture tandis que Pascal réalise une moulure.

Nous sommes des techniciens du spectacle. Nous ne sommes pas des artistes, ni dans la création. Notre métier, c’est la technicité, et c’est très spécifique.

Alison Bigeard, cheffe de l’atelier de décors et d’accessoires d’Angers Nantes Opéra

Des missions illustrant l’éventail des possibilités dans le monde des décors. Ces derniers peuvent être monumentaux. « On a déjà fait un sol de 300 m2 ou un pendrillon (rideau de théâtre, N.D.L.R.) », se souvient Alison Bigeard.

Les éléments de décor sont également pensés pour s’intégrer à diverses scènes de spectacles, en particulier lors de coproductions entre plusieurs opéras. Chaque décor doit entrer dans chaque salle où le spectacle est joué. Il faut alors savoir s’adapter.

Adaptation du métier

Si les productions changent, les décors sont réutilisés d’un spectacle à l’autre. À l’instar des ateliers de costumes, les décors sont réutilisés pour différentes pièces et l’atelier nantais puise également dans des ressourceries, notamment celle de Montaigu, spécialisée dans les décors d’opéra.

À chaque production, la fabrication d’un décor représente « un nouveau défi » pour les équipes de l’atelier nantais. « C’est différent lors de chaque changement de décor. Le métier demande de l’adaptabilité », confie Marie.

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Une fausse main dans les réserves de l’atelier décors. ©Thomas Bernard / actu Nantes

Avec virtuosité et malice, les créations des artisans de l’ombre plongent le spectateur dans l’imaginaire pour contribuer au récit narratif de l’œuvre. « J’aime aussi le côté faussaire du métier. Parfois, on fait du faux en fait. « C’est du décor donc c’est de l’illusion », résume simplement Pascal, accessoiriste passionné.

Né dans les ateliers, le décor quitte ensuite « sa maison » pour partir en production où il prend véritablement vie sur scène.

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