Un couple fait son jogging matinal en remontant les escaliers qui mènent à l’hôtel Intercontinental. Comme indifférent à la cérémonie en contrebas, devant la statue d’un gisant où l’on commémore les meurtrissures d’hier. Savent-ils seulement qu’il y a 83 ans, tout autour d’eux, un monde disparaissait sous le joug nazi avec la complicité active de l’État français ?
La Ville de Marseille a commémoré en deux temps, ce dimanche 25 janvier, les rafles des 22, 23 et 24 janvier 1943. D’abord, sur la place Fortuné-Sportiello (2e) lors d’une cérémonie émouvante marquée par l’interprétation de Nuit et brouillard, de Jean Ferrat, par la chorale de Notre-Dame de la Major.
Pour témoigner de cette période, Francine Escalier, 82 ans aujourd’hui, six mois à peine le jour où elle fut expulsée de son logement, comme les 20 000 personnes qui habitaient le quartier Saint-Jean. 1 680 Marseillais seront déportés et tous les immeubles rasés. « Hitler avait de nombreuses raisons de détester Marseille, comme son cosmopolitisme, rappelait la présidente de l’Amicale régionale des déportés de Sachsenhausen. Il ne s’agit pas de ressasser le passé, mais de rester en alerte face à la résurgence du racisme et de l’antisémitisme. »
Un message lancé aux autorités civiles et politiques présentes : le préfet Jacques Witkowski, le maire Benoît Payan (DVG), les députés Laurent Lhardit (PS), Franck Allisio, Monique Griseti, Gisèle Lelouis (RN), Olivier Fayssat (UDR) et la sénatrice Marie-Arlette Carlotti (PS) notamment. Martine Vassal (DVD) et Renaud Muselier (Renaissance) étaient représentés.
« Pouvons-nous imaginer ce qui s’est perpétré ici ? »
Une heure plus tard, mêmes acteurs, autre décor. Et toujours ce passé qui ne passe pas. Sur le parvis de l’Opéra (1er), en cette année 2026, Caroline Pozmentier, présidente de l’Amicale fonds mémoire d’Auschwitz, jetait un regard circulaire autour d’elle : « Pouvons-nous imaginer ce qui s’est perpétré ici ? »
Installés principalement dans ce quartier, près de 800 Marseillais juifs arrêtés en ce mois de janvier 1943 furent déportés dans le camp d’extermination de Sobibor pour ne jamais en revenir. L’ancienne adjointe au maire prononçait les noms de ces familles, comme pour les faire revivre un instant. Tour à tour Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire, Lionel Stora, représentant du Fonds social juif unifié, Bruno Benjamin, président du Crif Marseille-Provence, faisaient part de l’actualité du devoir de mémoire et de la nécessaire vigilance face à l’antisémitisme.
En préambule, Benoît Payan avait remis la médaille de la Ville à l’ancienne déportée Renée-Louise Marcos, représentée par son fils Joseph. « Aucune cause, aucune situation internationale ne suffiront jamais pour qu’on s’en prenne à des juifs parce qu’ils sont juifs, disait le maire de Marseille, seul élu à prendre la parole. La lutte contre le racisme que je porte dans mes tripes ne pourra jamais servir d’alibi à un autre racisme. » Un message d’actualité.