L’inflammation chronique est une problématique de santé majeure, souvent méconnue du grand public. Si elle joue un rôle clé dans la défense et la réparation de l’organisme, elle peut devenir problématique lorsqu’elle persiste dans le temps, augmentant les risques de maladies graves. Pourtant, les solutions alimentaires vantées sur les réseaux sociaux ou dans certains discours de santé sont souvent simplifiées, voire erronées.
Kim Lauper, médecin adjointe au service de rhumatologie des Hôpitaux universitaires de Genève, explique au micro de l’émission CQFD que l’inflammation est une réaction naturelle du système immunitaire. « Elle est essentielle à notre survie. Sans elle, on ne guérirait pas d’une coupure ou d’une infection », souligne-t-elle. Cependant une inflammation qui ne s’arrête pas ou qui se déclenche sans danger réel peut causer des dommages chroniques aux organes, augmentant les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète ou de cancer.
Souvent silencieuse, elle peut se manifester par une simple fatigue ou rester totalement asymptomatique, détectable uniquement par des marqueurs biologiques.
Alimentation et inflammation: des promesses à nuancer
Face à l’inflammation chronique, de nombreuses personnes se tournent vers l’alimentation, en quête de solutions naturelles. Cependant, Kim Lauper met en garde contre les régimes « miracles » largement diffusés sur les réseaux sociaux qui ne reposent pas sur des bases scientifiques solides.
Pedro Marques-Vidal, professeur en épidémiologie nutritionnelle et cardiovasculaire au CHUV, confirme que certains aliments peuvent influencer les marqueurs inflammatoires. L’excès de viande rouge transformée et de graisses saturées est associé à une augmentation de l’inflammation. À l’inverse, les fruits, légumes, fibres et graisses polyinsaturées contribuent à la réduire.
Les dangers des régimes restrictifs
Les régimes sans gluten ou sans lactose, fréquemment adoptés sans justification médicale, comportent des risques. Ils peuvent provoquer des carences en fibres, vitamines et minéraux essentiels. « Supprimer des produits laitiers peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires et d’ostéoporose », insiste Kim Lauper. Elle rappelle également que ces régimes peuvent rendre le rapport à l’alimentation anxiogène, transformant le besoin naturel de manger en source de stress.
Si l’alimentation ne remplace pas un traitement médical, elle peut améliorer le bien-être général. Pedro Marques-Vidal recommande de privilégier une alimentation riche en fruits et légumes variés, tout en réduisant la consommation de viande rouge et transformée. Il relativise cependant les effets thérapeutiques des aliments spécifiques : « Pour qu’il y ait un effet anti-inflammatoire significatif, il faudrait consommer des quantités irréalistes de certains aliments comme le poivre ou le curcuma. »
Malgré les défis méthodologiques, les experts s’accordent sur l’importance d’une alimentation équilibrée pour la santé publique. Une alimentation saine, inspirée des régimes traditionnels riches en végétaux, pourrait ainsi contribuer à réduire l’inflammation chronique et ses conséquences sur la santé.
Sujet radio: Arditë Shabani
Adaptation web: Laure Pagella