Par

Laurent Fortin

Publié le

25 janv. 2026 à 21h50

Au cœur de l’été, celui qui vit boulevard Auguste-Priou, près du terminus du busway, à Vertou, avait fait l’objet d’un premier appel à la gendarmerie de Rezé de la part de son épouse : alors qu’elle « faisait la vaisselle », elle avait été prise à partie devant leur fils de 9 ans par cet homme au « caractère compliqué », avec qui elle était mariée « depuis 14 ans ». Elle avait alors « fui dans les escaliers » de l’immeuble et s’était pris « quatre ou cinq coups de poing » dans « les bras », avait-elle rapporté aux militaires.

Le lendemain, une seconde scène de violences avait éclaté : cette fois-ci dans la rue, entre cet homme de 49 ans et son beau-frère, mécontent qu’il s’en soit pris la veille à sa sœur. Le conjoint avait alors « essayé de donner un coup de batte dans la tête » dudit beau-frère mais ne l’avait touché qu’à « la cuisse », a-t-il été rapporté à l’audience. « Un voisin » avait dû « sortir une bombe lacrymogène » pour séparer « l’attroupement » qui s’était formé, a précisé le président du tribunal correctionnel de Nantes à la lecture des pièces du dossier.

Les gendarmes avaient pu constater par eux-mêmes que le prévenu « ne cessait d’appeler » sa femme, quand elle était venue porter plainte chez eux. Elle lui avait dit qu’elle allait « chez le dentiste ». Devant eux, cet homme qui admet être « caractériel » avait expliqué que cette épouse, autrefois « douce et docile », a commencé à « sortir » depuis qu’elle « voit une voisine », alors que pourtant il lui interdit.

Je ne tape pas ma femme en public.

Le prévenu avait cru bon de préciser cette phrase à propos de cette « querelle de famille » qui relève de « la routine ».

Il est reste dans le domicile conjugal

Ce magasinier « en CDI » – qui trouve que sa femme s’habille « comme une p… » – était déjà connu de la justice : son casier judiciaire portait trace de six mentions. Il est actuellement « en arrêt-maladie », depuis août 2025, et il ne s’est pas déplacé au Palais de justice de Nantes, où il était simplement représenté par son avocate. « Il m’a dit qu’il travaillait », a d’ailleurs fait savoir Stéphanie Recasens. Pendant son contrôle judiciaire, son client avait répété à son contrôleur qu’il allait être jugé pour « une affaire à deux balles ».

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Depuis ces faits, il est resté vivre dans le domicile conjugal : sa femme explique que « le bail est à son nom », que les deux enfants sont « scolarisés juste à côté » et que la « copine » qui l’héberge « ne peut pas les accueillir ». Cette femme ignorait en fait qu’un conjoint violent peut être évincé de chez lui, a regretté la procureure de la République.

Ça reste un bon papa.

La plaignante

Elle n’a « pas peur » de lui. Il a « lancé la procédure de divorce ». Elle compte récupérer la garde de ses enfants quand sa demande de logement social aura abouti.

Je les vois souvent, ils ne sont pas malheureux.

La victime

Quand on frappe sa femme devant ses enfants, on n’est pas un bon papa. Que vont retenir vos enfants de tout cela ? Que papa tape maman mais qu’il peut rester dans l’appartement parce que tout cela est normal ?

La représentante du ministère public

À deux doigts du mandat d’arrêt

La magistrate avait donc regretté que cette femme « peut-être mal conseillée » ait « accepté gentiment » de quitter le logement familial.

C’est lui qui, aujourd’hui, devrait être chez un ami.

La procureure

Ce dernier avait presque envie de requérir un mandat d’arrêt pour cet « énième pied de nez à la justice » de cet homme « déjà condamné.

Elle s’était finalement contentée de réclamer sept mois de prison ferme et cinq avec sursis probatoire : cette « peine mixte » supérieure à six mois de prison ferme « ne pouvait pas être convertie en jours-amende » en cas d’aménagement de peine. L’utilité de faire de la « pédagogie » était de toute manière « proche du néant » au vu de « l’absence » du principal intéressé.

Le tribunal correctionnel de Nantes a finalement prononcé un an de prison avec sursis probatoire, sans prison ferme, pour le mari violent. Pendant deux ans, il aura pour obligations de continuer à travailler et de se soigner. L’homme de 49 ans devra aussi accomplir à ses frais un stage de sensibilisation aux violences conjugales.

Il aura aussi interdiction de paraître chez elle et de détenir une arme pendant cinq ans. La constitution de partie civile qu’avait formée son épouse pour que leur fils ait le statut de « victime », a été acceptée, mais aucune demande indemnitaire n’avait été formée à ce titre. Le juge a enfin prononcé un « non-lieu » sur le retrait de l’autorité parentale du prévenu. Son jugement a été frappé d’exécution provisoire, ce qui signifie qu’il s’applique dès à présent, même s’il en faisait appel.

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