Dans le quartier de Saige à Pessac (Gironde), grand ensemble urbain dégradé des années 1970, la tour n° 8 est peut-être la première d’une nouvelle génération de tours « réenchantées ». Le concours Quartiers de demain, lancé en 2023 par Emmanuel Macron dans 10 villes de France, a retenu la proposition de Dominique Perrault et de l’agence MBL Architectes pour réinventer l’immeuble de 18 étages. Le premier, Grand prix national d’architecture 1993, a construit de nombreuses tours en Asie et à Lyon ; la seconde est spécialisée dans la réhabilitation. Sur ce projet, le duo entend « innover en conservant ».

Le quartier entier – 1 400 logements sociaux de Domofrance pour 4 000 résidents -est engagé dans une grande opération de rénovation urbaine d’un coût de 260 M€, qui devrait durer une dizaine d’années. Trois tours sont promises à la démolition et quatre autres seront réhabilitées. La transformation de la huitième, « avec un changement d’usage pour sortir de la monofonctionnalité d’habitation, était au cœur de la consultation. C’est une voie prometteuse mais encore inédite pour faire évoluer nos quartiers », expose Marie Huguet, directrice de l’aménagement chez Domofrance.

Volumes « proliférants »

Cette mixité programmatique se traduit par des bureaux dans les premiers étages et des activités commerciales ou artisanales dans des extensions basses à ossature légère en R + 1. Ces volumes « proliférants » permettront de cheviller la tour à un socle actif ancré dans la vie du quartier. Les étages supérieurs restent réservés à l’habitat : résidence étudiante, petites surfaces pour jeunes travailleurs ou seniors, logements sociaux pour mères isolées ou grands appartements familiaux.

Le pivot de cette réhabilitation est une « rue verticale » creusée au centre de la colonne de béton. A chaque étage, et sur toute la hauteur, un espace ouvert de 60 m2 sert de palier commun, « sorte de place de village utilisable comme buanderie, cellier, salle de jeux, terrasse partagée, cuisine d’été… » imagine l’architecte Sébastien Martinez-Barat, de l’agence MBL. Des escaliers relient ces plateaux de convivialité pour faciliter les échanges de voisinage tandis que des volets ou glissières permettent de les isoler des intempéries.

Enquête dans les archives

L’équipe de maîtrise d’œuvre a « mené l’enquête » dans les archives de Jean Dubuisson, l’architecte du quartier de Saige, jusque dans les devis des entreprises de construction, pour « comprendre les capacités d’évolution du bâtiment », indique Sébastien Martinez-Barat. Par leur projet, elle veut « redonner le désir d’habiter ces grands ensembles quand la tentation est grande de tout raser ».

Mais ce qui n’est encore « qu’une esquisse », comme le souligne Marie Huguet, « réinterroge la programmation et l’équilibre économique de l’opération ». Avant de déposer un permis de construire, il faudra « dimensionner la réalisation aux besoins et aux aspirations de l’écosystème local, avec des appels à projets aux entreprises, associations et investisseurs ».